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Le management chez Marvel : du début jusqu’à Joe Quesada.
1ère partie.

Marvel est de nos jours une firme de comics majeure. C’est même la firme américaine qui est leader depuis la fin des années 60 et dont les personnages sont en passe d’être reconnus par le grand public mondial.
Aussi, il convient de se poser une question naturelle : est-ce le fruit d’une direction éditoriale sans failles qui a su prévoir et anticiper le marché ?
En outre, une fois la place de « numéro 1 » acquise de haute lutte face à DC, est-ce que la direction a su mettre en avant les atouts pour maximiser sa position de numéro 1 ?
Bref, est-ce que le hasard a eu sa place dans une firme qui a de beaux jours devant elle et qui va devenir, dans ce siècle, un géant du divertissement ?

Au commencement, dans la seconde moitié des années 30, l ‘« entrepreneur » Martin Goodman se lançait dans tout ce qui pouvait bien rencontrer du succès dans l’édition populaire. Ce domaine concernait essentiellement les pulps, mais depuis 1935, un nouveau support avait fait son apparition, nos fameux comics ! Un succès retentissant dans un genre particulier secoua le milieu des éditeurs et aiguisa des appétits : celui de Superman qui fut un coup de tonnerre !

Goodman lâcha donc ses associés pour devenir son éditeur à part entière. Il « obtint » finalement les droits de Human Torch et Namor, par un procédé tout en finesse. Puis vint son meilleur coup éditorial, à savoir l’embauche des grands talents que sont Joe Simon et Jack Kirby. Ainsi, les deux hommes devinrent l’essentiel de la rédaction et créèrent un personnage dont on parle encore : Captain America ! Mais Goodman fut fort indélicat sur les royalties de Captain America, et les deux hommes claquèrent la porte, bien que celle-ci leur fut montrée par le jeune auxiliaire nommé Stan Lee, dont le lien de parenté exact avec Goodman reste depuis toujours incertain.

Ce fut donc le tout jeune Stan qui prit la direction éditoriale, sauf durant son service dans l’armée de 1942 à 1945 où Vincent Fago assura l’intérim. Il continua pendant de longues années mais la firme faillit s’imposer et devenir bon numéro 3 pendant un moment, mais cette affaire capota de manière assez risible. Il s’ensuit donc un vrai marasme, avec une firme au bord de l’agonie qui ne survit que parce que Stan Lee est à la fois rédacteur en chef, principale scénariste et que les bureaux sont réduits au plus strict minimum ! Le premier coup de chance de la firme fut le retour de Jack Kirby. Bien que dégoûté par son séjour en 1941, il revint néanmoins à la suite d’un différent avec un éditeur de DC (qui perdit là un joyau inestimable).

Il y eut donc cette légende non avérée, quoique probable, qui postule que Martin Goodman soumis à Stan Lee l’idée de refaire du super-héros parce que la JLA était le succès majeur du moment. Stan s’exécuta, et un tourbillon créatif permit à la firme de s’imposer dans le chœur des lecteurs, ce qui permit à Marvel de sortir de l’obscure condition dans laquelle elle se trouvait, pour venir talonner plus tard la vénérable DC. La méthode Stan Lee est fort bien expliquée par Thierry M. dans la rubrique personnalité. Sachez quand même que le « script » ou plot détaillé tient en une page et peut être interprété de multiples façons. Mais Jack Kirby adopta la meilleure et il conféra aux FF personnalités et rebondissements de haute tenue.

Une fois la compagnie lancée après la grande vague de 1963 (Thor, X-Men, Daredevil, Iron Man…), Stan Lee se lassa un peu de tout mener de front. Aussi il se reposa sur une jeune recrue nommée Roy Thomas dès 1965, dont les fonctions devinrent plus importantes à mesure que Stan se détacha de la firme pour une position plus confortable.

En 1968, Goodman vend à Cadence industries sa firme mais exige que son fils Chip en soit le patron. Ce qui est amusant, c’est que Cadence et Stan Lee eurent une entente secrète pour que, une fois la vente conclue, Stan prenne de fait la place réservée à son parent. Ceci provoqua la colère de Goodman, qui pour se venger, tenta de torpiller Marvel en créant une firme concurrente qui adopta certaines caractéristiques de ses personnages, ou alors les thèmes porteurs du moment. Ce fut bien sûr Atlas comics qui fut quand généra une intéressante génération de personnages et de concepts !

Pour en revenir à Roy Thomas, cet homme vient du fanzinat, alors qu’il était en parallèle professeur, et c’est surtout un fin connaisseur des comics et de leur évolution. Aussi, il se dit que les super-héros, c’est bien, mais que leur temps peut s’achever pour une autre mode. Alors, il décide de prospecter d’autres horizons possibles et il s’attache notamment à une de ses lectures favorites : Conan de Robert E. Howard ! Sauf que la direction financière ne croyait pas dans l’aventure, alors il proposa aux ayant-droits d’Howard une somme fort maigre, bien inférieure à la location d’un autre barbare qui s’inspirait de Conan et que le créateur refusa !

Aussi, le budget pour le lancement fut faible, et Thomas ne put avoir John Buscema. Il dut se contenter d’un jeune anglais nommé Barry Smith, qui accepta un salaire moindre. Contre-toute attente, ce fut un succès modeste qui s’amplifia jusqu’à devenir un hit. Ce fut donc le rare cas où un éditeur « sentit » le marché et put créer puis imposer du sang neuf sur le marché. Aussi en 1972, Roy Thomas fut éditeur en chef et Stan Lee fut publisher de la firme.

Ce fut quand même un progrès spectaculaire pour une boîte moribonde, avec le minimum en bureau et en personnel administratif, qui connut un sursaut inespéré et rattrapa en moins d’une dizaine d’années DC, le numéro 1. Ceci est dû à la créativité d’une poignée réduite de quelques hommes (Kirby, Dikto et Stan Lee). Hélas, nous verrons plus tard que les temps vont bien changer…

Seconde partie

Donc en 1972, Roy Thomas est éditeur en chef. Il est à la fois éditeur et scénariste, a écrit de fort bonnes histoires que ce soit le genre super-héros (les Vengeurs) ou de l’adaptation littéraire tel Conan. Stan Lee demeure le publisher, son supérieur direct, lui-même est supervisé par le directeur qui rend des comptes aux dirigeants de Cadence Industries. Mais Roy Thomas va-t-il rester aussi longtemps à ce poste et marquer l’histoire de la firme de manière aussi définitive que Stan Lee ?

La réponse est non, Roy Thomas ne restera que deux ans à ce poste et Marvel demeure nettement moins intéressant que pendant la décennie précédente. L’apport de Roy Thomas aura été la révolution nommée ultérieurement « Midnight Sons ». Des personnages d’horreur ou maléfiques (Ghost Rider, le fils de Satan, Man Thing…) sont crées et demeurent voués à une tendance éphémère dans les comics. Elle fut accompagnée d’une vague de comics d’arts martiaux qui sera provisoire, due à l’importance posthume de Bruce Lee, mais qui nous léguera Iron Fist !

A noter que tous les éditeurs ont eu peur en 1954 pendant l’inquisition des pouvoirs publics envers les comics. La plupart ont rasé le mur et certains ont jeté l’éponge, dont Joe Simon et Jack Kirby. Seul Bill Gaines de la firme EC comics a eu le courage d’aller dans la fosse aux lions, c’est à dire le Sénat américain. Ainsi, il demeure ironique que la mouvance horrifique aille sur ce créneau qui a subit les foudres des pouvoirs publics et qui a nécessité l’institutionnalisation du comic code. Mais les modes passent, et vers 1975 une nouvelle vague de SF point pour s’imposer en 1977 avec l’adaptation de Star Wars.

Mais dans l’intervalle, Roy Thomas quitte la firme en 1974, essentiellement car la charge de travail devient trop importante, il n’y a plus 8 titres comme dans les premières années du silver age mais beaucoup plus. Il va redevenir free-lance. Il sera remplacé par d’autres créateurs/scénaristes qui prennent le flambeau, ce sera une grande période d’instabilité qui en verra plusieurs se succéder.

Donc se succèdent Len Wein, Marv Wolfman, Gerry Conway et Archie Goodman. Comic Box nous a offert une fort belle interview de Gerry Conway, qui est assez savoureuse. Il raconte que Marvel à cette époque est fort peu cohérent, que le poste est très exigeant et usant, et que le quitter demeure un soulagement. Son contentieux avec une secrétaire qui fait partie d’un cercle satanique est des plus amusantes !

Que remarquons-nous ?

Marvel est une société qui se débrouille avec des moyens assez pauvres : il règne un certain flottement, il y a des luttes de pouvoir, l’éditeur en chef a du mal à lire les scripts avant le dessinateur (ce fut alors une grande liberté pour les scénaristes) mais surtout, les droits ou royalties ne sont pas au goût du jour.

En voilà un problème majeur chez Marvel, le grand Kirby n’a jamais reçu ses justes rétributions alors qu’il a créé 70 % des personnages de la firme. Martin Goodman le lui avait promis, mais s’est bien gardé de tenir cet engagement. Len Wein doit bien se mordre les doigts d’avoir créé Serval/Wolverine. Il n’y a guère que Stan Lee qui n’ait eu qu’un contrat convenable qu’il a lui-même négocié. Le principal intérêt de la firme en terme créatif demeure ces nouveaux X-men, qui représentera pour la firme une manne incroyable, essentiellement due au talent d’un homme majeur pour la firme, Chris Claremont.

Tous se plaignent sensiblement de la même chose : charge de travail immense, il faut composer avec les financiers, juger et trancher des litiges avec des créateurs, l’éditorial lui même n’en fait qu’à a tête, les auteurs sont en pilotage automatique. Pour en revenir à nos éditeurs en chef, le très respectable Archie Goodwin clôt le bal en 1978. Archie Goodwin est quelqu’un qui jouissait d’une réputation excellente dans le monde des comics. Tous parlent de quelqu’un d’humble, de fort respectueux et qui donnait sa chance en conseillant au mieux les jeunes. Il débuta chez la firme Warren (Vampirella) où il fut à la fois éditeur et scénariste. Il finit sa carrière chez DC où il était infiniment apprécié grâce à sa loyauté envers les créatifs. Mais il mourut d’un cancer en 1998, et nombreux sont ceux qui lui doivent le coup de pouce déterminant au début de leur carrière. Pour cette période de deux ans, Goodwin n’était là que de manière provisoire en attendant que soit trouvé l’homme providentiel, qu’il vienne de l’extérieur des comics ou qu’il soit déjà dans les rangs.

Mais il est notoire que la firme souffre d’un certain flottement en terme d’organisation, que les décisions créatives se font au hasard dans le coin d’un bureau, parfois au hasard d’une rencontre et que le bateau avance, davantage porté par le vent plus que par une vision ambitieuse d’un visionnaire. Celui-ci va venir en 1978, et il va bouleverser pas mal d’habitudes, il se nomme Jim Shooter et il laissera son emprunte.

Troisième partie.

L’ère Archie Goodwin est finie, un nouveau venu prend le poste. Il se nomme Jim Shooter et il a déjà un parcours étonnant, mais il va marquer son emprunte dans l’entreprise pour des bons aspects, mais aussi d’autres qui seront plus contestés.

Jim Shooter a eu un parcours absolument incroyable dans le monde des comics. Il envoie de lui-même des dessins et des scénarios à l’éditeur qui avait le titre en charge de la légion des super-héros chez DC. Le dessinateur nommé Curt Swan, le vétéran sur le titre Superman de DC pendant plus de vingt ans, va être séduit et étonné par la qualité des dessins. Stimulé, l’éditeur accepte de collaborer avec ce nouveau dessinateur, mais les échanges ne se passent que par courriers. L’artiste tarde à se dévoiler, et pour cause, il a juste 14 ans ! Jim Shooter parvient à bluffer les professionnels de DC. Non seulement il réussit à rester sur le titre mais il va laisser des épisodes fort appréciés qui constituent une période de référence sur le titre.

Des années plus tard, il est reconverti dans l’éditorial et, quand Archie Goodwin jette l’éponge, il apparaît comme le candidat naturel. Mais que se passe t-il chez Marvel à cette période, en terme créatif ? Et bien les avis ou les témoignages relatent un certain laisser-aller où chacun fait un peu ce qu’il veut. Bref, même si ce n’est pas une ambiance 68, Marvel ne produit pas de grands titres et n’a plus l’éclat créatif de la décennie précédente. Jim Shooter n’est pas un tendre. Il a dû lutter très tôt, s’imposer et affronter les luttes de pouvoirs propres aux entreprises. Il devra justement gérer ces luttes à un niveau élevé. Il met peu à peu en place une surveillance éditoriale (du point de vue créatif) et il donne son avis aux créateurs directement. Il se permet même de renvoyer des scripts aux scénaristes pour qu’ils soient améliorés, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. Il convoque même certains scénaristes pour leur expliquer de manière didactique ce qu’il attend au minimum d’un scénario : une intrigue claire, une caractérisation des personnages et un sens basique de la péripétie. Cela ne plaît pas la plupart du temps, les habitudes sont bousculées, mais la boîte reprend une direction guidée par un chef qui a une vision globale.

Sur le plan de la structure, Jim Shooter et ses supérieurs rationalisent la boîte avec des éditeurs qui structurent la firme : un responsable pour la famille X-Men, un autre pour les titres Spider-Man, et ainsi de suite pour avoir une vision structurée de tous les personnages Marvel en « gammes » ou « familles de titres ».

Les succès sont-ils dus à un hasard ou à une vision de génie ?

Voilà un débat intéressant, mais les grands succès créatifs deviennent presque toujours des succès commerciaux. En revanche, le contraire est une anomalie. Donc Daredevil explose avec Frank Miller, les X-men connaissent leur heure de gloire avec Claremont/Byrne, les Fantastic Four connaîtront un long run mémorable de Byrne. Bref, certains résultats doivent se retrouver en bonne place sur vos étagères… Mais si on prend l’exemple de Daredevil, Frank Miller était sur le titre et comme il n’y avait pas de scénariste en vue, on lui a laissé une certaine latitude, sachant que le titre connaissait des ventes faibles. Jim Shooter a aussi exigé que Jean Grey soit tuée parce qu’elle a annihilé une planète Shia’r. Byrne a même du refaire des planches car le chef avait tranché, et on lui obéit. Pour anecdote, Byrne lui garderait quelque rancœur…

Maintenant les impairs, ils sont nombreux et laissent des regrets manifestes. Jim Shooter annule le crossover Avengers/JLA dont le scénario était réellement prometteur. En tout cas bien meilleur que la version de Kurt Busiek qui est une redite de son Avengers forever. Il se fâche définitivement avec certains artistes, et la « belle ambiance » de jadis est un lointain souvenir. Il se fâche également, vers la moitié des années 80’ avec les exécutifs de Marvel, ceux qui tiennent les cordons de la bourse, et le conseil d’administration. Il aurait essayé d’instituer des meilleurs droits d’auteurs, le cas de Jack Kirby est une honte, et DC a déjà fait cela pour pouvoir attirer et garder de meilleurs talents. Cela ne plaît pas aux dirigeant de la firme, la boîte de cinéma New World Pictures, qui est là pour faire des bénéfices et rien d’autre. Quant à la loi américaine, et bien les politiques sont quand même plus à droite que chez nous et c’est un problème qui ne semble pas les concerner. Pour illustrer mes propos, veuillez vous documenter sur la grève des scénaristes à Hollywood qui est assez édifiant. Bref, Jim Shooter a mis la pression d’entrée aux créatifs, mais il a structuré la société dans une forme rationalisée. Mais ce job appelle une réelle pression et il quitte à son tour la place, ou plutôt, il y est aidé !

Donc adieu Jim Shooter qui saura rebondir en créant Vaillant, qui va vraiment fonctionner un temps, puis Défiant, et enfin Brodway pour revenir plus récemment dans la Légion des Super-Héros chez DC. La boucle est bouclée !

Son successeur sera un de ses bras droits, le nommé Tom De Falco qui va profiter d’une des meilleures périodes en terme de vente de la société, où la firme paraît se développer pour une croissance interrompue, presque sans limites…

Quatrième partie

En 1988, Jim Shooter est congédié de chez Marvel. Les créatifs respirent, de même que les éditeurs, et certains rentrent au bercail comme John Byrne. Le remplaçant se nomme Tom De Falco. Il s’agit d’un New-Yorkais pur jus qui a commencé dans les comics d’Archie. Puis il intègre le giron comme éditeur de Marvel et accède enfin à Spider-Man, la figure de proue de Marvel qui n’est dépassé en popularité que par les X-Men.

De Falco arrive donc pendant 2 ans aux destinées d’Amazing Spider-Man. C’est un grand titre, un des deux « grandes » premiers avec les F.F qui ont assis la notoriété de Marvel. Le problème est que depuis l’ère Gerry Conway/Ross Andru, il n’y a rien de vraiment passionnant. Certes, il y a eu l’époque Roger Stern/John Romita Jr de bonne facture, mais rien de vraiment haletant. De Falco ne va pas relever le niveau non plus, il va faire du moyen (ce qu’il sait faire au summum de ses capacités), mais cela reste moins pénible que ce qu’il fera par la suite. Son meilleur travail demeure le Machine Man 2020 dessinée par Herb Tremp et Barry W. Smith. Cette mini-série propose une anticipation intéressante du futur ainsi que l’introduction d’un descendant indirecte d’Iron Man : son neveu Aaron Stark. Je vous recommande de lire cette mini-série qui recèle une certaine imagination et un enjeu intéressant.

Il bénéficie de l’« aura » Secret Wars, c’est à dire un costume symbiote dont il ne fera rien de bien précis, preuve qu’il n’a pas d’idée géniale. Il nous intéresse au personnage nommé Puma mais celui-ci ne survivra pas au changement de scénariste. Mais comme il n’y a pas grand monde sur la place, que Marvel ne sait guère attirer les créateurs, concevoir en terme de sang neuf, alors Tom De Falco est considéré comme bon. Notons que la période MacFarlane/David Micheline sera elle, assez excellente et fort savoureuse, et donnera naissance au dernier grand personnage de Marvel :Venom !

De Falco bénéficiera d’une aubaine incroyable, le marché explose pour atteindre certaines pointes à 1 million d’exemplaires ! Les leaders sont les X-men et le Punisher. Tous les deux sont les œuvres de vrais créatifs, Chris Claremont et le pas assez estimé Mike Baron ! Le marché explose et une nouvelle génération de stars arrivent : il s’agit de noms magiques comme MacFarlane, Jim Lee, Rob Liefield et Silvestri qui relèvent des stars comme George Perez et John Byrne. Ils sont installés à des séries phares et les tirages sont historiques pour les X-men 1, X-force 1 ou le premier Spider-Man. Au-delà du million d’exemplaires ! Bref, le marché semble être tiré par le haut, de manière automatique et quasi-exponentielle. Il est vrai que DC semble à la traîne depuis le renouveau de Crisis. Le sensationnel se trouve chez Marvel et la nouvelle génération précitée apporte un buzz ainsi qu’un nouveau souffle aux comics. C’est même l’intrusion d’un merchandising qui se développe de manière décomplexée : on a 5 couvertures pour un même comics, certaines couvertures sont « glow-in-the dark » (pour ma part, j’aime beaucoup !) et même l’invasion des trading cards dans les comics. Tout va bien chez Marvel qui est au summum, et De Falco fait l’unanimité. Ainsi on peut être un créateur moyen, voire médiocre, et un éditeur qui capitalise le potentiel de son staff en ne le bridant pas trop, tout en paraissant visionnaire. Mais cette faculté va prendre deux coups dans l’aile, deux gros.

Tout d’abord, la bande des 7 va chez Malibu, l’explosion du marché va susciter plein de firmes (Vaillant, Malibu…) qui veulent devenir calife... Je rappelle que les 7 sont quand même Jim Lee, Todd Mac Farlane, Marc Silvestri, Portacio, Eric Larsen, Rob Liefeld, ou encore Jim Valentino. Les 7 vont créer Image avec en filigrane une revanche sur les droits d’auteurs que Marvel spolie depuis des décennies. L’excitation est à son comble, et des légions de fans vont attendre le renouveau du comics ultra-hot qui connaît une croissance jamais vue !

Et pour Marvel sous la tutelle de De Falco, comment on résiste ?

Mal, très très mal. On a laissé filé Chris Claremont qui a développé et façonné les X-men depuis 1976 pour en faire un volume de vente vraiment incroyable dans de nombreux titres avec une cohérence unique. Sur un motif idiot et l’entêtement d’un autre éditeur, Bob Harras, l’étoile créative de Marvel s’en va. Celui qui a insufflé une vie ou un semblant d’existence à ces personnages (voire ses personnages) n’a pas la moindre reconnaissance de la part du staff, édifiant ! Idem pour le Punisher qui devient subitement moins intéressant après la défection de Mike Baron après 5 ans, on revient à un personnage mal caractérisé et à une formule sans âme… Mais la formule magique dictée à De Falco est la multiplication des titres par familles, comme les petits pains. Mais vous savez ce qu’on dit de la confiture et de la culture, plus on l’étale moins on en a… Or il n’y pas de plus-value créative mais juste un clonage maladroit des titres, des personnages et des concepts. C’est ainsi qu’on a le droit à US agent, War Machine, Thunderstrike. Que les X-men sont rationalisés jusqu’à la moindre parcelle de personnages laissée en jachère par Claremont pour recevoir son titre et augmenter les profits. En clair, la réponse de Marvel est quantitative pour occuper la place sur les étals des marchands que convoitent ses concurrents. Elle est loin la période de créativité la plus intense de la firme en 1963. Les résultats commerciaux sont mauvais, de plus en plus. La politique est au crossover à foison, à l’indigestion même. On aboutira à des sagas qui, à mon sens, sont de violents poisons contre l’intérêt ou la substance des personnages, comme la saga des clones mais surtout Maximum Carnage, qui ruine le côté sain et innocent des comics.

Notre brave Tom est pris dans la spirale car nul n’a de vision à long terme. Lui-même se pique à l’essai créatif car il reprend les F.F avec Paul Ryan. Voilà une équipe qui est rigoureusement identique en terme artistique, l’un dessine comme l’autre écrit : en incarnant à eux seuls la notion de médiocrité. Les péripéties sont nulles, les dessins pénibles et datés, le juste alliage du MacDonald et du comics. C’est à mon sens le symbole de la patte De Falco : la médiocrité vendue comme évènementiel qui fait fuir les lecteurs et contracte l’attrait des personnages. Le problème, c’est que De Falco était fier de son « œuvre » où il pensait rendre hommage à son maître Stan Lee. C’est comparer une bonne sauce à un bouillon sans saveur dont on doit finit péniblement tout le bol. Superman meurt en 1992 et tout le monde pense un moment que c’est pour de vrai, De Falco « supprime » Red Richard dans une histoire si pauvre que personne ne doute qu’il va revenir. Vous pensez que Steve Rogers est vraiment mort ? Ne craigniez rien. Un film en préparation et il reviendra vaillant pour l’occasion. Mais le marché s’effondre subitement car les petits génies qui achètent en masse pour faire des profits vont voir ailleurs et le marché implose violemment pour se transformer un crack.

Je vous recommande très chaleureusement une excellente interview parue dans Scarce où l’interviewer lui pose des questions fort judicieuses que Tom élude en disant ne pas voir le problème. Un interviewer visionnaire qui prédit à Tom qu’un iceberg est devant lui mais le capitaine regarde ailleurs, un grand moment !

En ce qui concerne les ères ou les époques, celle de Tom est passée et c’est Bob Harras qu’on appelle à la barre pour redresser le navire dans un contexte où des centaines de milliers de lecteurs s’en vont chaque année.

Cinquième partie

Les comics sont en pleine déconfiture, les titres étaient nombreux mais la qualité est, elle, rare. Les ventes chutaient à un point tel qu’on se demandait si le média allait mourir. Pour redresser la barre, et d’urgence, les actionnaires misaient sur l’homme qui éditait la famille de série qui avait toujours la côte : les X-Men. Et ils s’attendirent à ce que Bob Harras fassent aussi bien en appliquant la même recette à l’ensemble des autres titres Marvel. Nous allons voir en détail la composition de la recette, et franchement, elle est indigeste.

Tout d’abord, Bob Harras est l’homme de l’exploit, celui d’avoir déboulonné Chris Claremont de son poste de 16 ans sur les X-men. Non seulement Claremont a développé un univers incroyablement florissant, avec plein de personnages attachants, mais il a toujours répondu présent quand il fallait créer un nouveau titre X pour multiplier les achats des fans, et faire fructifier la franchise pour devenir à-elle seule le pivot de Marvel (on écrivit même qu’elle pouvait être aussi conséquente un temps que les ventes de DC !).

Mais Harras est directif et il personnifie l’éditeur qui est capable de rejeter un script sous prétexte qu’il ne correspond pas « aux attentes de la firme et à l’essence du personnage ». Aussi il réécrit les scénarii de ses auteurs, ils les modifient sans prévenir, ce qui provoque des clashs. Ainsi Marvel perd sa seconde étoile majeure après Kirby (Stan Lee est toujours dans le circuit pour faire sa promotion) et on renouvelle la confiance à Harras. Il occupe donc en 1995 le poste d’éditeur en chef et les pires catastrophes s’abattent sur les personnages de Marvel.

Tout d’abord, c’est le règne des auteurs/éditeurs où les histoires se font en interne, presque dans une famille consanguine. Les Jo Duffy, Howard Mackie, Tom De Falco, Danny F., Louise Simonson et Bob prirent les rennes pour donner leur vision des personnages. Si des éditeurs ou des gens issus de leurs rangs furent parfois bon, citons Anne Nocenti, Claremont, Peter David ou Mark Waid, on allait avoir dans cette période des sacrés catastrophes en termes d’inspiration et de créativité.

La pire est la saga des clones où cette pénible histoire allait durer sur deux années. Pire, le Spider-Man que l’on connaissait n’était pas le bon mais le clone de l’ère Gerry Conway ! Idéal pour les vieux lecteurs qui gardent de bons et solides souvenirs et qui furent attachés affectivement à Spider-man pour apprendre que leur personnage est finalement bafoué. Fantastique également pour les nouveaux lecteurs qui doivent assimiler de telles scories qui rend métaphysique et alogique toute approche rationnelle de l’univers Marvel. Le serpent se mord la queue et il approche de sa tête. De plus, Stan Lee arrive et clame que finalement, une année dans la réalité correspond à six années dans le Marvel Universe ! Le coup de grâce ! C’est donc la pire des périodes Marvel où les décisions les plus folles sont prises comme le rachat de Malibu pour que les personnages du catalogue soient finalement mis de côté. Marvel achète un réseau de distribution et oblige ses acheteurs à leur régler plus vite, c’est un naufrage pour les boutiques indépendantes (beaucoup vont mourir) et Marvel devra revenir sous le giron de Diamond qui devient l’unique distributeur de comics depuis lors !

On est content des nouvelles numérotations des comics à 0, des Heroes Reborn par un Rob Liefeld assez faible, puis le Heroes Return. Quand les personnages sont à ce point utilisés pour servir l’éditorial, ils perdent de leur substance et de leur aura auprès de leurs lecteurs qui se détournent, prennent leur distance, consultent les œuvres des auteurs plus matures ou même, jettent l’éponge ! On est loin du charme de l’ère Stan Lee avec des histoires denses et fraîches. La fusion Marvel/Mac Do est totale et ma foi, Marvel occupe le terrain de l’événementiel. Ce sera une des caractéristiques de Marvel, une communication d’enfer sur le tout nouveau projet à la mode qui se doit d’être super hot, prenons 1602 par exemple, et qui au final se révèle être moyen une fois le buzz passé, puis carrément dispensable une fois relu les années écoulées. C’est à mon sens la méthode Marvel qui, pour un très bon Ultimates, survente des comics dispensables (Ultimate X-men, les FF hors M.Millar).

Pour revenir sur la période Harras, la firme tombe en banqueroute en 1996, et c’est très ironique. Personne ne sait quoi faire au juste, alors on confirme Bob aux manettes. Et c’est reparti pour des histoires parfois dénuées de substances qui grève notre attachement aux histoires. Le renouvellement créatif de 1998 avec Heroes for Hire, Alpha Flight, Deadpool (celui-ci connaît un bon début), Maverick, Kazar et autres joyeusetés est un échec sans appel. Quasiment aucun des ses titres ne survit, alors que Claremont revenu sur les X-men est plus proche de l’éditorial. Il nous promettait du sensationnel et de nouvelles idées fraîches. Il n’en sera rien si ce n’est que quelques comics lisibles et variablement sympa mais pas comparables avec le DC post-Crisis. Il y a bien John Byrne qui s’amuse tout seul avec ses relaunch dispensables de Hulk (où il sabote l’origine en touchant aux fondations du mythe), Spider-Man (tout le monde s’accorde à le trouver enfin lisible mais guère plus) et les premiers X-men dans la période manquante entre la première mouture et la seconde de Giant X-men (vive le vent nouveau !).

Bref, Marvel entame la côte d’amour de ses personnages auprès du cœur des lecteurs et beaucoup se lassent et peu de nouvelles troupes ne viennent pour compenser. On en arrive à un tirage maximum de 100.000 exemplaires, ce qui est ridicule pour 300 millions d’américains ! Le vent frais et nouveau vient de Joe Quesada et ses Marvel Knights, qui est un prestataire de service extérieur qui apporte enfin de la qualité sur Daredevil et les Inhumains. L’aura est plus grande que le résultat lui-même, les autres titres seront passés sous silence critique, et il sera retenu en 2000 au poste d’éditeur en chef. Comme toujours Marvel clame là qu’une nouvelle ère de qualité va illuminer les comics ! J’en doute…

Pour conclure, Marvel est davantage une boîte où le média comics n’est plus qu’une partie de l’empire (un tiers, le plus négligé). Il rapporte moins que les licences et que le cinéma puisque Marvel devient un acteur à part entière. La firme est née de la créativité de quelques créateurs en pleine possession de leur moyen. Mais qu’en est-il désormais ? D’abord, depuis l’affaire Kirby, la firme a une sale réputation pour les créateurs : Kirby a été spolié, Len Wein ne touche rien sur Wolverine, Les royalties que touchent Claremont sont floues et les créateurs du Ghost Rider ont-ils été célébrés ? Rien n’est moins certain… Le dernier personnage majeur est Venom. Il faut remonter encore plus loin pour dénicher Elektra. Qui ferait cadeau d’un personnage à potentiel à une firme qui ne vous reverserait que dalle alors que des producteurs prolixes en déclaration empochent des millions de dollars ? Ni vous, ni moi…

Je vous renvoie pour des explications détaillées et fort intéressantes au livre de Stan LEE aux éditions de l’hydre. Un ouvrage absolument immanquable !

Il révèle bien des surprises sur des personnages qui sont des extrapolations des principales têtes d’affiches chez Marvel ! Pour le commander, veuillez adresser 8 euros + 1.5 pour le port à Mr Francis Saint Martin, 1 avenue du docteur Dehrs, 64300 Orthez.

Pour une fiche détaillée et complète des artistes cités, veuillez consulter les fiches encyclopédiques.

Bibliographie :
Edition française de Wizard, article sur Jim Shooter.
Scarce no 47 et 48 avec interview des plus savoureuses sur Jim Shooter, un must.

Par Bastien AyalaDossiers - Le management chez Marvel - Marvel-World.com


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