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La place de l’esthétique et des dimensions psychologique, morale,sociale et politique au sein de l’univers cinématographique de Marvel.

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Sommaire

Lexique

  • Blockbuster : Mot anglais. Production cinématographique à gros budget publicitaire, destinée à produire des profits record (larousse.fr).
  • Crossover : Mot anglais. Le cross-over est un épisode où le personnage d'une autre série fait une apparition. Un croisement entre deux séries (allocine.fr).
  • Low-key lighting : Procédé cinématographique consistant à ne pas exposer le sujet avec beaucoup de lumière.Ainsi, l'effet obtenu s'apparente à un clair-obscur.
  • Panel : Mot anglais désignant spécifiquement la "case" présente dans les comics.
  • Reboot : Nouvelle version d'un film, d'une série télévisée, d'un jeu vidéo dans le but de proposer quelque chose de nouveau et non une prolongation d'une œuvre antérieure (remake) (linternaute.com).
  • Spin-off : Un spin-off est une série parallèle créée à partir d'une série à succès. Un personnage récurrent dans une série peut donner naissance à un spin-off (allocine.fr). Exemple -> Stargate SG-1 qui donna naissance à deux spin-off : Stargate Atlantis et Stargate Universe.
  • Trailer : Mot anglais désignant la bande-annonce d’un film, d’une série télévisée ou d’un jeu vidéo.
  • Teaser : Mot anglais désignant la phase initiale d'une campagne publicitaire se présentant sous forme d'énigme, destinée à susciter et à maintenir l'attention du public (larousse.fr).

Abréviations:

  • MCU : Marvel Cinematic Universe.
  • DC : Le surnom de la maison d’édition DC Comics.

Notes:

A travers ce mémoire, j’ai choisi d’employer le nom anglais des super-héros dans la mesure où ils sont également largement utilisés en français. Pour les timecode, j'utilise la version Blu-Ray des films. De plus, sauf mention contraire, j'utilise les dialogues issus de la version française des films.

Introduction

Le 31 juillet 1998, Marvel Enterprise vit le jour sous la forme que l’on connaît actuellement. Après plus de 70 ans d’activité, trois changements de noms et une faillite, les deux nouveaux propriétaires de Marvel, Ike Perlmutter et Avi Arad, vont mettre en place les prémices de ce qui deviendra la stratégie de Marvel encore utilisée de nos jours puisque Ike Perlmutter est à l’heure actuelle toujours président de Marvel Entertainment.

La maison d’édition décida de se lancer à la conquête d'Hollywood pour faire connaître ses créations à un public plus large. Après le succès de X-Men et de Spider-Man, Marvel décida de fonder son propre studio suite à la frustration de n’avoir touché que 75 millions du 1,6 milliard des bénéfices de Spider-Man.

A la vue du retour en grâce de Marvel Comics et de la popularité des super-héros sur le grand écran, la banque Merrill Lynch, Pierce, Fenner & Smith, Inc. accorda, le 6 septembre 2005, un prêt de 525 millions de dollars au studio. Cet événement va marquer le point de départ de Marvel Studios. A ce moment, la nouvelle maison n’avait ni studio, ni infrastructure, il ne s’agissait que d’un projet à long terme et d’un nom. Néanmoins, grâce à cet argent, Avi Arad pouvait commencer à produire des films et plus précisément deux : Iron Man et L'Incroyable Hulk.

Grâce à ces deux premiers films et à leur succès, Marvel Studios apparaît comme un studio aux allures de nouvel outsider de l'industrie cinématographique. Ce récent statut, acquis grâce à leurs films, attira tous les regards dont un en particulier, celui de la Walt Disney Company. C’est pourquoi, en 2009, Disney racheta Marvel pour un montant de près de 4 milliards de dollars. Une somme conséquente pour une entreprise ne comptant que deux films à son actif. Cependant, comme Avi Arad le déclara "Spider-Man à lui seul vaut un milliard de dollars[1]". Disney arriva à la même conclusion en acquérant le catalogue de près de 8 000 1 personnages que compose l’univers Marvel. Un bénéfice qui pouvait atteindre des sommets avec une bonne dose de médiatisation et une gestion judicieuse. Deux domaines que Disney maîtrise depuis de nombreuses années avec ses propres productions. L’association avec le premier groupe de divertissement au monde, avec 45 milliards de dollars de chiffre d'affaires, ne pouvait qu’être bénéfique et mener à la consécration.

Ainsi, suite au rachat de Marvel par Disney, de nombreux changements s’imposèrent au niveau du studio. Kevin Feige prit la présidence de Marvel Studios. Un poste qui devait logiquement lui revenir de droit après des années passées à travailler sur les premiers films de Marvel. Une fois encore, on remarque que les leçons du passé ont servi puisque l’expérience et la connaissance des comics sont des critères désormais prioritairement pris en compte dans les nominations des dirigeants. A la manière de Mark Zuckerberg et Steve Jobs en son temps, Kevin Feige ne porte pas de smoking, loin de là. Sa seule signature, une casquette, souvent siglée du film Marvel du moment, qu’on attribuerait plus à un réalisateur qu’à un dirigeant de studio.

Depuis la sortie remarquée d’Avengers en 2012, Marvel Studios est devenu une attraction majeure à Hollywood transformant tout ce que le studio touche en or. Ce statut apporte une nouvelle vie pour l’entreprise. Désormais, Marvel Studios bénéficie de ses propres locaux situés à Burbank, près du siège de la maison mère Disney. Une opulence qui permet à la Maison des Idées, surnom de Marvel, de mener son projet à bien. Mais quel projet ? Un pari fou : la mise en place d’un arc narratif jamais réalisé auparavant dans l’histoire du cinéma. Plus qu’une franchise, l’Univers Cinématographique de Marvel est devenu une vraie série, utilisant les mêmes ingrédients que les feuilletons alliant suites, cross-over, spin-off

La mise en place de cet arc narratif ne fut pas décidé en hâte mais résulte au contraire d’une réflexion complexe qui nous livre un univers, jusqu’à présent cohérent et surtout qui séduit petits et grands.

C'est cette fascinante entreprise que je me suis chargée, lors de ma première année, de découvrir. Ainsi, j'ai étudié la stratégie de Marvel Studios des points de vue historique, économique et marketing. Cette étape était nécessaire pour comprendre le succès du studio et déterminer les raisons de sa fulgurante renaissance et domination sur l’industrie cinématographique. Néanmoins, il est à noter qu’en me consacrant à la stratégie marketing et économique du studio, j’ai mis entre parenthèses leurs longs-métrages. C’est pourquoi, j’ai décidé, dans une suite logique, pour mon deuxième mémoire, de continuer à enquêter sur le studio de la Maison des Idées et de me consacrer cette fois à ses créations et tout particulièrement aux treize films qui composent actuellement l’Univers Cinématographique de Marvel Studios, le MCU. J'ai choisi de mettre de côté les séries télévisées Marvel car ces dernières sont réalisées en collaboration avec d'autres studios (ABC et Netflix). Par conséquent, cela donne un résultat différent des productions cinématographiques. Malgré tout, je les évoquerai brièvement parce que nous constaterons qu'elles constituent une sorte de terrain de test au niveau des scenarii.

Il sera très intéressant d'analyser ces films et de se focaliser selon un point de vue esthétique mais également psychologique, morale, social et politique pour découvrir l’intérêt que le spectateur trouve à ces derniers. Au vu du nombre de films présents, j'ai choisi de ne pas faire d'analyse filmique de chacun des films, à l'exception des Gardiens de la galaxie qui est un film à part dans le MCU. Une analyse filmique poussée de chaque film aurait condamné ce mémoire à être une sorte de listing de chaque film et, par conséquent, à les séparer les uns des autres. Or, le MCU est un seul et même univers et peut donc être vu comme un seul et même film. Ainsi, il sera plus intéressant de regrouper les éléments présents dans chaque oeuvre et de les développer dans les parties concernées.


Peu de recherches universitaires françaises couvrent ce sujet. Beaucoup de chercheurs se concentrent uniquement sur les comics Marvel. D'autres étudient les films de super-héros en général, mélangeant DC, Marvel et les autres compagnies et, ce faisant, effleurent un sujet trop vaste. Parmi les articles publiés sur Marvel, bon nombre le furent avant ou pendant l'année 2012 et se concentrent sur le premier opus Avengers.

Parmi les chercheurs, le Dr. Arnold Blumberg, professeur à l'université de Baltimore, interviewé pendant mon M1, dirige un séminaire aux USA sur Media Genres : Media Marvels, un cours qui se penche sur les productions du studio.

Philippe Guedj et Philippe Roure, réalisateurs français, se concentrent sur les films Marvel et ont deux documentaires sur le sujet à leur actif (Marvel Renaissance et Marvel Universe). J'interviewerai M. Guedj, qui a accepté ma demande, dans ce mémoire afin qu'il m'apporte son point de vue et son expertise. J'ai sollicité Louis Leterrier, réalisateur du deuxième film Marvel Studios L'Incroyable Hulk, mais également Peyton Reed, réalisateur d'Ant-Man. Malheureusement, si les deux ont reçu mes questions, je n'ai pas toujours pas eu de réponses, malgré les nombreuses relances.


Le Marvel Cinematic Universe étant une saga en constante évolution, il est difficile d’être "à jour" avec le sujet car, chaque année, un ou deux films viennent compléter cet univers. Ainsi, comme lors de mon premier mémoire, il sera intéressant de pouvoir être au cœur de l’actualité Marvel et de réagir à la sortie des nouveaux films et, notamment, avec celle du treizième opus, Civil War, en avril 2016.

Pourquoi se concentrer sur l'esthétique des films de super-héros et, qui plus est, des blockbusters ? Premièrement, l'esthétique est une "partie de la philosophie qui se propose l'étude de la sensibilité artistique et la définition de la notion de beau[2]". L’aspect esthétique constitue un enjeu aussi important que l’histoire. En effet, la qualité de la mise en scène joue un rôle crucial pour le film. Il est intéressant de constater chez Marvel que même si tous les longs-métrages peuvent être classés dans le registre des films de super-héros, ils sont bien différents les uns des autres. Par exemple, Iron Man s’apparente au film d'action tandis que Thor relève du genre fantastique. La temporalité et la situation géographique jouent des rôles essentiels dans la détermination du genre. En effet, plus l'époque et le lieu s’approchent de notre réalité, plus le genre cinématographique choisi pour le film est "réel".

Grâce à cette variété, la compagnie peut toucher des publics variés et du coup plaire au plus grand nombre. Mais il ne faut surtout pas oublier que les films sont directement inspirés par les comics. En effet, ces personnages ne sont que des dessins avant d’être incarnés au cinéma. Il faut donc toujours avoir à l’esprit cette parenté car elle est déterminante pour comprendre le studio.

Malgré tout, de nombreuses questions se posent. Comment le Marvel Cinematic Universe peut-il produire des genres filmiques diamétralement opposés tout en constituant un univers linéaire et interconnecté ? Mais également, comment les réalisateurs passent du papier aux images ? Nous verrons s'il y a, ou non, une influence des réalisateurs. Laissent-ils leur trace en adaptant ces comics au cinéma ?

Cette partie aura pour ultime but de répondre à la question : ces films ont-ils réellement un intérêt esthétique ? Ou sont-ils de simples inventions commerciales combinant des codes visuels attirants, plaisant au plus grand nombre de spectateurs ?

La deuxième question majeure à laquelle il sera essentiel de répondre concerne le message transmis par ces longs-métrages. On abordera cette question en balayant trois aspects : le contexte social qui est "l'étude des processus d'interaction: interactions entre les individus, entre l'individu et les groupes, entre les groupes eux-mêmes.[3]". Mais également, le point de vue moral qui "concerne les règles ou principes de conduite, la recherche d'un bien idéal, individuel ou collectif, dans une société donnée[4]". Et enfin, l'aspect psychologique qui "relève de la connaissance du comportement, des pensées, des sentiments humains, de l'aptitude à les connaître[5]".

Les super-héros sont pour beaucoup un modèle à suivre. Ils montrent la bonne conduite à adopter et veulent notamment inspirer le jeune public. C’est pourquoi, il est important d’analyser la morale relayée par ces histoires. Y est-elle vraiment présente et a-telle un impact fort ?

De plus, ces films reflètent pour beaucoup un point de vue sur le monde actuel notamment en ces temps de menaces terroristes. Il va donc sans dire que l’aspect politique sera une partie essentielle à soulever afin de déterminer le point de vue que ces films portent sur notre société. Nous déterminerons également les enseignements et valeurs que les réalisateurs ont essayé, ou non, de nous transmettre.


Ces réflexions mènent alors à un plan articulé en trois grandes parties soulevant plusieurs points d’études. Tout d'abord, une analyse esthétique de plusieurs créations du studio. Cette analyse comportera une partie majeure, celle des Gardiens de la galaxie. Nous évoquerons également les autres titres du studio comme Captain America, Thor et Iron Man.

Nous procéderons ensuite à une étude sur les personnages eux-mêmes. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Nous étudierons leurs genres, leurs origines et les liens qui les réunis ou ce qui les oppose.

Enfin, dans un dernier temps, nous nous pencherons sur l'aspect politique des longsmétrages Marvel. S'impliquent-ils en donnant un avis sur la vie politique ou restent-ils neutres ?


Mon but, grâce à ce mémoire, sera de montrer que malgré l’aspect "blockbuster" de ces œuvres, ces dernières méritent d’être reconnues car elles amènent par leur qualité et leurs thèmes un renouveau aux films de super-héros. En effet, la proximité que les films entretiennent avec les comics leur assure une richesse et une diversité de contenus rendant l'aspect esthétique des films intéressant. Les équipes créatives étant pour beaucoup dans le succès des films (effets spéciaux, choix des acteurs, musique, etc.). Ce lien leur assure aussi des positionnements modernes sur la plupart des problèmes sociétaux. Les positionnements politiques ne sont peut-être pas des plus progressistes mais ils n'ont pas à rougir des comparaisons.

Ces films méritent mieux qu'être réduits à un simple succès populaire ou une réussite économique. Ces oeuvres méritent d’être reconnues car elles amènent par leur qualité et leurs thèmes un renouveau aux films de super-héros. !

Partie I : L’esthétique, un enjeu majeur des ?lms Marvel ?

Au fil de cette partie, nous allons nous pencher sur l’esthétique des films Marvel. Nous commencerons par décortiquer le processus derrière l’adaptation des comics au cinéma. Puis nous rentrerons dans le vif du sujet avec l’analyse des différents genres qui composent le MCU ainsi que l’esthétique des films. Nous verrons ensuite si, et comment, les réalisateurs apportent leur expertise dans leurs longs-métrages. Malgré tout, nous pouvons d'ores et déjà discerner une "patte" Marvel Studios notamment lorsque l’on compare leurs productions à celles de leur concurrent DC Comics/Warner.

Enfin, lorsque l’on assimile tous ces aspects, on peut alors se demander si le MCU n’est pas en fin de compte construit à la manière d’une série télévisée.

L’adaptation des comics aux films

L’adaptation est un sujet assez délicat car elle doit respecter plusieurs règles. Néanmoins, il reste toujours une part de liberté dans la mesure où l’œuvre passe d’un média à un autre. Ici, nous assistons à l’adaptation de bandes dessinées en films. Tout d'abord, déterminons comment les scénaristes, et les réalisateurs, choisissent les œuvres à adapter pour établir le scénario des films.

Le choix des comics

Marvel a commencé à produire des comics en 1939 lorsqu'ils n'étaient encore, à cette époque, que Timely Comics. En 2009, pour fêter les 70 ans de la Maison des Idées, Joe Quesada, l'éditeur en chef, décida de sortir un guide, Official Index to the Marvel Universe, ayant pour but de répertorier tous les comics de la société. Ainsi, en 2009, on pouvait dénombrer près de 32 000 comics publiés par Marvel[6]. Un chiffre qui n'a continué de croître ces dernières années.

La première immersion dans le monde des comics peut être assez déroutante pour des novices. En effet, si l'on prend Iron Man, par exemple, sa vie éditoriale a connu plusieurs itinéraires. Entre sa naissance en 1963, dans Tales of Suspense #39 et avril 2016, il y eut plus de 633 numéros consacrés à l'homme de fer[7]. Au total, il fit plus de 8 117 apparitions dans les différents comics Marvel[8]. C'est pourquoi, face au nombre de comics, les éditeurs et scénaristes, ont classé les publications en volume marquant un changement d'arc narratif. Ainsi, le premier volume d'Iron Man, Iron Man Vol.1, qui compte 332 numéros, narre une histoire radicalement différente d' Iron Man Vol. 5, dont les fascicules sont parus en 2013 et 2014.

Ce classement par volumes permet aux jeunes lecteurs de mieux s'y retrouver et d'avoir des portes d'entrée faciles dans cet univers.

Comment les scénaristes choisissent-ils leurs comics ?

Paradoxalement, les scénaristes ne se réfèrent pas forcément à un comics précis. Prenons l’exemple du dernier opus d’Iron Man, Iron Man 3. Ce film fut adapté en prenant inspiration sur cinq volumes de l'homme de fer : Tales of Suspense #50 (1964), The Mask in the Iron Man (Iron Man Vol.3, #26-30, 2000), Extremis (Iron Man Vol.4, #1-6, 2006), Haunted (Iron Man Vol.5, #21-28, 2008) et World's Most Wanted (Invincible Iron Man Vol.1, #8-19, 2009).

Il y a un intérêt certain à combiner plusieurs histoires. Tout d’abord, cet amalgame permet d'aborder plusieurs aspects de la vie narrative du héros. Cela donne ainsi un contenu plus riche aux films et permet une évolution plus rapide des personnages dans la mesure où ces derniers ont beaucoup moins de temps de présence à l’écran qu’ils n’en ont dans les comics. En effet, un comics paraît environ toutes les semaines, alors qu’il n’y a au maximum que deux films Marvel chaque année. Une fois les recueils choisis par le réalisateur et les scénaristes, ces derniers s’attèlent à l’adaptation pure.

Les avantages de l'adaptation

Ce sont ses choix d’adaptation qui détermineront la griffe du réalisateur. En effet, parmi ces options, le metteur en scène doit considérer autant l’aspect scénaristique que, si nécessaire, les dessins.

Tout d’abord, du point de vue de l’histoire, le réalisateur procède nécessairement à l’ajout de détails par rapport aux comics. En effet, entre chaque bulle, il y a une ellipse temporelle qui se produit. Par conséquent, dans un comics, entre chaque panel, le lecteur est mis à contribution car il doit s'astreindre à imaginer les actions du personnage d'une bulle à l'autre.

Nous pouvons le voir ci-dessous avec l'exemple d'Iron Man et Captain America qui s'emploient à recruter différents super-héros pour rejoindre les Avengers.

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Comme le comics doit se concentrer sur les éléments les plus importants, il y a un grand saut dans le temps et l'espace entre chaque bulle.


Les ellipses y sont beaucoup plus longues et beaucoup plus nombreuses qu'au cinéma. C'est pourquoi, dans son adaptation, le réalisateur est contraint d’ajouter ces transitions pour rendre l'action plus fluide et plus détaillée.

C’est lors de ces ajouts que le réalisateur choisit de se concentrer sur certains éléments, parfois anodins, qui n’auraient pas été conservés dans le comics.

Ainsi, dans l'univers Marvel c'est lors de ces passages que les réalisateurs y insèrent certaines répliques humoristiques qui nous donnent de plus amples informations sur la relation qu'entretiennent les personnages.


L’adaptation joue encore un autre rôle : celui de surprendre le spectateur. Lorsque l'on regarde, par exemple, la saga Harry Potter, le public s'attend à ce que le film soit fidèle au livre. En effet, comme l'œuvre de base a été mondialement diffusée, acclamée et appréciée, les spectateurs souhaitent que le long-métrage en reste le plus proche. Alors que dans le cas des comic books, il y a beaucoup moins de lecteurs qui les lisent. Par exemple, en 2015, le comics le plus vendu s’est écoulé à environ un million d'exemplaires[9], cependant, il s'agissait d'un numéro de Star Wars coïncidant avec la sortie du film et marquant le retour de Star Wars chez Marvel. Or, lorsque l'on examine le deuxième numéro le plus vendu, on voit qu'il ne s'est écoulé qu'à 500 000 exemplaires. En moyenne, un comics tiré à 100 000 exemplaires est considéré comme un succès. Ce qui reste un chiffre dérisoire par rapport à un livre best-seller. Ainsi, le réalisateur a une plus grande marge de manœuvre pour adapter l'œuvre car il ne risque pas de choquer beaucoup de fans.

Bien sûr, les comics sont un art complet. L'aspect essentiel de ces publications réside dans les dessins. Les dessins sont peut-être encore plus importants que les bulles dans la mesure où ils traduisent l'esthétique du personnage et son action. En 1998, Jim Steranko, dans Nick Fury : Agents of SH.I.E.L.D. #1, réalise pour la première fois trois pages sans bulles. Une première qui montre que l'histoire peut très bien fonctionner sans dialogue. Ce même créateur introduisit une dose "d'expressionnisme, de pop art, d'art psychédélique, de surréalisme et d'art optique[10]". Ces ajouts attirèrent un public nouveau, amateur d'art et notamment les élèves des Beaux-Arts.

Mais alors comment les réalisateurs ont-ils appréhendé ces dessins pour les passer sur le grand écran ?

Les comics, un storyboard ?

Les réalisateurs peuvent avoir, grâce aux illustrations, un point de départ pour déterminer l’allure qu’ils donneront à leurs personnages. Cependant, ils doivent adapter leurs héros à l’ère moderne car, entre l’année de leur création et aujourd’hui, presque 75 ans se sont écoulés.

Les costumes

Même si, dans les livres, les costumes ont évolué au fil des ans, il reste de nombreux changements à apporter pour les adapter au grand écran, notamment au niveau des matières et des couleurs. En effet, ils doivent rester réalistes tout en attirant l'œil pour être captivants et les repérer rapidement dans l'image. !

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Ci-dessus, on voit sur la colonne de gauche les premiers costumes d’Iron Man, de Thor et de Captain America dans les comics. A droite, on observe les costumes retenus pour les films. On remarque que l'esthétique et les éléments principaux (capes, accessoires, etc.) sont conservés. Le travail d'actualisation s'est fait au niveau des matières avec des tissus aux couleurs moins criardes, aux textures plus robustes et plus épaisses. Ce nouveau look colle plus avec l'image du héros du 21e siècle qui est un Homme de l'ombre qui ne se met plus en valeur contrairement à ce qui se faisait dans les années 60.

Encore une fois, il ne faut pas oublier que Marvel est à l’origine des comics comme des films. Le personnel créatif est donc le mieux placé pour adapter les super-héros. Avant que la Maison des Idées ne possède son propre studio, ces derniers confiaient leurs créations à d’autres studios pour les adapter au cinéma, comme en 1944 avec le serial Captain America. Ce programme mettait en scène un héros complètement différent des comics comme on peut le voir ci-dessous.

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Outre le nom, Grant Gardner, et le métier, procureur, qui diffèrent, le costume comporte également de nombreux changements par rapport à l’original. C’est notamment le port de l’arme à la place du bouclier qui choqua l’exécutif Marvel. En effet, l’emblème de Captain America est son bouclier, qu’il utilise justement en remplacement d’une arme. Or Grant Gardner utilise un pistolet.

Le bouclier est un symbole pacifiste alors que le revolver, tenu par le procureur, est potentiellement mortel. Il renvoie donc un mauvais exemple pour les jeunes. Ces derniers étant le principal public du justicier à l’époque, cette adaptation fut très mal accueillie par Marvel. Suite à cet écart, la maison d’édition retira tous les droits à Republic, la société productrice.

Et c’est pour cette raison que Marvel s’emploie, depuis quelques années, à faire revenir ces personnages sous son joug car la société, mieux que personne, sait adapter ses super-héros au cinéma.

Pour les costumes, les réalisateurs sont donc restés globalement très fidèles aux comics car il s'agit de l'essence même du super-héros. En effet, lorsque Steve Rogers met le costume de Captain America, il devient le soldat aimé de toute l'Amérique. Si le costume venait à être trop différent, le justicier ne serait plus le même.

Ainsi, les comics agissent comme une base référence pour certains éléments du film. Cependant, ils n’agissent pas comme un storyboard.

Le storyboard

Dans aucun film Marvel, nous n’avons trouvé de preuve qui atteste de l’utilisation des comics comme storyboard, dans le sens où le réalisateur prend un recueil complet de comics et adapte chaque bulle à l'écran.

DC Comics/Warner sont plus enclins à suivre fidèlement le scénario (et certains dessins) de leurs comics dans la mesure où l'histoire et l'origine de ces super-héros ne changent pas. Quelle que soit l'adaptation, Superman vient toujours de Krypton et Batman perd toujours ses parents dans une allée sombre. Surtout dans le cas de ce dernier, comme on peut le voir ci-dessous. D'un media à l'autre, cette partie est la même.

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Dans cette scène en particulier, on retrouve les mêmes codes, le collier de la mère dont les perles tombent sur le sol, gros plan sur le pistolet, cris des parents, etc.

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Cependant, même s'ils utilisent beaucoup plus la source d'origine que Marvel, le comics n'est toujours pas exploité comme un storyboard. Ce n'est simplement qu'une référence pour établir la scène car le cadrage, la lumière, les dialogues, etc. sont différents.

Pour Marvel, non seulement le cadrage, la lumière, les plans diffèrent mais également le scénario. En effet, si l'on se concentre de nouveau sur ces derniers, on constate que leur fonctionnement est à part.

Pour l'adaptation en film, les créatifs de la Maison des Idées ont inventé un nouvel univers, le fameux Marvel Cinematic Univers, que l'on dénomme parfois aussi Terre-199999. Ce nom, un peu barbare, est utilisé pour déterminer les différents univers créés par Marvel que ce soit dans les comics, les films, les dessins animés, etc.

Ainsi, le plus grand univers est celui existant actuellement dans les comics, à savoir Terre-616 (Earth-616 en anglais). Ce terme sert à désigner l'arc narratif principal des comics de 1939 à aujourd'hui. On dénombre environ trois grands arcs narratifs. Tout d'abord, Terre-616 dont nous avons parlé, puis Terre-199999, l'univers des films, et Terre-1610. Ce dernier représente le deuxième arc narratif des comics aussi connu sous le nom d'Ultimates. Il fut créé en 2000 avec pour objectif de réactualiser toutes les publications pour que les novices en comics puissent accéder facilement aux publications Marvel grâce à ce nouveau départ. Il fut "détruit" en 2015 dans la publication Secret Wars.

Il est à noter qu'outre ces trois grands univers, il existe un nombre impressionnant de Terre. Elles sont recensées en partie sur la page marvel.wikia.com dédiée[11].

Le but, en créant cette nouvelle base, avec Terre-199999, fut pour Marvel de créer un univers avec un trajet précis qui ne leur imposait plus de suivre les comics. C'est pourquoi, Tony Stark créa Iron Man dans une cave afghane et non pas au Viêt Nam.

Comme Marvel s'éloigna des comics en mélangeant plusieurs histoires et en les adaptant, il ne fut pas nécessaire de s'aider de ces publications en tant que storyboard.

D'ailleurs, James Gunn, réalisateur des Gardiens de la galaxie, nous a confirmé, via Twitter, qu'il dessinait lui-même ses storyboards Annexe 1. Il a d'ailleurs pour habitude de poster plusieurs extraits de ceux-ci sur le réseau social comme on peut le voir ci-dessous :

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Une autre ébauche d'un croquis venant de mon storyboard privé pour les Gardiens vol.2.

Malgré tout, cela n'empêche pas les réalisateurs d'extraire les poses les plus iconiques appartenant à chaque super-héros pour les inclure dans leurs longs-métrages.

Certains metteurs en scène ont rajouté des petits clins d'œil. Ces évocations agissent comme un cadeau pour les fans qui y retrouve un peu leur BD. C'est notamment ce qu'a fait Joss Whedon avec Hawkeye dans Avengers.

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Comme nous l'avons vu, les storyboards ne sont donc pas basés sur les comics car les plans ne correspondent pas à ceux rencontrés dans ces derniers.

Malgré tout, les réalisateurs se doivent de respecter les œuvres originales mais aussi les codes qui y sont inclus, notamment l'univers entourant chaque justicier. C'est pourquoi, le genre filmique est crucial pour restituer l'atmosphère propre à chaque personnage.

La variété des genres et leur esthétique

Le Marvel Cinematic Universe, fidèle aux comics, s’est doté de personnages aussi variés que semblables. S’ils sont tous réunis derrière un même but, celui de sauver l’Humanité et ses valeurs, les périodes et les lieux de l'histoire diffèrent grandement. Ainsi, si l’action de Captain America se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, ce n’est pas le cas pour Thor. C'est pourquoi, la temporalité et la situation géographique jouent un rôle essentiel dans la détermination du genre. En effet, on constate que plus la temporalité et le lieu s’approchent de notre réalité, plus le genre cinématographique choisi pour le film est "réel".

Il était donc logique que Captain America : First Avenger soit un film de guerre dans la mesure où le personnage principal fut vraiment créé pendant la Seconde Guerre mondiale dans notre réalité. A l’opposé, Les Gardiens de la galaxie se déroule dans un univers très coloré, lointain et surtout surréaliste imposant ainsi l’usage de la science-fiction.

Il est important de souligner qu'originellement tous les films de super-héros mêlent l'action à la science-fiction. En effet, le super-héros impliquent un pouvoir ou une particularité plus ou moins réels, d'où l'usage de la science-fiction. Le côté action vient de la lutte entre le bien et le mal et la bataille qui s'ensuit. ?

Les longs-métrages Marvel ont deux particularités Premièrement, contrairement à leur concurrent de chez DC, ils incluent beaucoup plus l'humour pour retranscrire l'aspect léger propre aux comics. Secondement, chaque film possède un deuxième (voir un troisième) genre filmique, comme on peut le voir dans le tableau ci-dessous, qui le rend encore un peu plus particulier.

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Cette politique fut voulue par Kevin Feige qui "ne croit pas au genre des films de super-héros[12]". Ce qui est cohérent avec ce qui existe dans les films américains depuis le 12 cinéma classique où un film participe le plus souvent à plusieurs genres en en distinguant un dominant.

En créant des films aux genres différents basés sur les super-héros, le P.-D.G. offre à son studio la possibilité de se diversifier et de proposer aux spectateurs des divertissements de natures éclectiques.

Explorons à présent les différents genres que compose l'univers Marvel en commençant par le registre le plus "réaliste", le film de guerre.

Captain America, entre guerre et politique
Le film de guerre

Impossible de différencier Captain America de la guerre pendant laquelle il fut créé. C'est pourquoi, logiquement, Captain America : First Avenger fut créé sur les bases d'un film de guerre et labellisé comme tel.

Le film de guerre agit un peu comme un documentaire et est donc plus réaliste que d'autres genres. Ainsi, au niveau de l'histoire, ce film nous permet de suivre la guerre sous tous ses aspects.

L'action du film se déroule, en grande partie en Europe, dans les années 40. Tout d'abord, on suit Steve Rogers dans sa quête de contribution à l'effort de guerre, puis à l'entraînement, avant de le voir, enfin, déployer ses talents au front.

Les longs-métrages de guerre ont de nombreux codes. Ils doivent faire figurer certains éléments permettant de retranscrire le conflit le plus fidèlement possible. Ainsi, Bucky, le meilleur ami du soldat, meurt dans cet opus symbolisant le nombre de tués pendant le conflit mais permettant aussi de transcrire le deuil que les militaires ressentaient suite à la perte de membres de leur unité.

Le film évoque aussi l'envie du retour à la maison, la terreur de la guerre, le désespoir. On y voit les soldats, le conflit, les prisonniers de guerre comme les citoyens restés à l'arrière et enfin les ennemis : les nazis.

Au niveau esthétique, de nombreuses scènes furent filmées dans une teinte sépia. Ce procédé permet de renvoyer à une esthétique bien connue des anciens films, comme c'est le cas aussi pour le noir et blanc. Ainsi, le spectateur est capable, grâce à ses connaissances cinématographique, de percevoir le côté "ancien" du long-métrage.

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De plus, les costumes et les décors sont reproduits comme du temps de la Seconde Guerre mondiale renforçant cette atmosphère.

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Enfin, certains inserts reprennent des images d'époque.

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Lors des scènes de batailles, on a l'impression que le "Captain" affronte une force surhumaine grâce à des plans larges qui traduisent ce sentiment d'immensité. Et c'est en effet à une force colossale qu'il va se mesurer dans la suite de ses aventures puisqu'il va devoir s'attaquer au gouvernement. !

Le thriller politique

Le thriller politique met en scène un héros faisant face à une conspiration au sein même d'un État ou d'une organisation. C'est le cas dans Captain America : Le Soldat de l'hiver et Captain America : Civil War (dont nous verrons les détails plus tard dans ce mémoire).

En l'occurrence dans Captain America : Le Soldat de l'hiver, on assiste à l'intrusion d'Hydra, une organisation nazie, au sein du S.H.I.E.L.D. et du gouvernement américain. L'histoire se doit d'être crédible et réaliste. Dans le même temps, comme dans un thriller, le film se doit de cultiver le suspense. C'est le cas notamment lorsque le sénateur Stern susurre à l'oreille de l'agent Sitwell, "Heil Hydra". C'est la dernière chose qu'on imaginerait entendre de la bouche d'un sénateur américain.

Évidemment, la mission de Captain America est d'assurer la pérennité du bon fonctionnement de la démocratie américaine tout au long de cet opus.

Esthétiquement, le film est beaucoup plus froid que son prédécesseur.

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Tourné dans des tons bleus et gris. Ces couleurs renvoient à des périodes comme la guerre froide. Elles accentuent également la solitude que ressent le personnage. Impossible pour lui de faire confiance à qui que ce soit.

On voit que dans une scène où apparaît la nièce de Peggy Carter, Sharon, qui deviendra une amie très proche du soldat, les couleurs redeviennent chaudes.

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Les scènes d'action sont tournées dans des endroits clos comme celle de l'ascenseur ou la scène de fin qui se déroule sur une passerelle. Ces lieux exigus renforcent la tension et mettent l'accent sur le côté privé de la mission qui incombe à Steve Rogers.

Ce rôle privé et discret n'est certainement pas celui de Thor qui, lui, œuvre à travers toute la galaxie.

Thor, film fantastique

L'intrigue de Thor' se déroule dans plusieurs mondes. Outre la Terre, Thor voyage à travers neuf royaumes dont Asgard, dont il est le prince. Le film fantastique s'imposait donc pour ce super-héros. En effet, dans un film fantastique, au contraire de la science-fiction, rien ne semble surnaturel, tout est permis et devient "normal". Ainsi, dans Thor, la magie est la norme. Et si, on trouve dans Thor des éléments propres à l'heroic fantasy (comme des batailles épiques semblable à celles du Seigneur des anneaux), il n'en reste pas moins un film fantastique car contrairement à la fantasy qui "présente au contraire un moment qui est toujours sans histoire[13]", Thor évoque la politique et son histoire. De plus, Jane, la petite amie du dieu, est astrophysicienne et, à ce titre, défend la rationalité.

Esthétiquement, dans Thor et Thor : Le Monde des ténèbres, les spectateurs voyagent entre 965 après J.-C. et le présent. Ainsi, de nombreux effets spéciaux furent nécessaires pour le film, un des premiers éléments de base pour concevoir un film fantastique.

Ces derniers furent utilisés notamment, pour le monde d'Asgard qui est présent tout au long des films. On peut d'ailleurs observer une similitude avec un autre film fantastique bien connu, Le Magicien d'Oz.

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Outre le royaume d'Asgard, on jongle entre différents mondes grâce au Bifrost (un pont arc-en-ciel reliant les différents mondes) qui vient compléter les critères requis pour le film fantastique à savoir la couleur. C'est une des spécificités de ces longs-métrages qui par l'abondance de couleurs, vont renforcer le côté magique. Un trait que l'on retrouve d'ailleurs beaucoup dans les films d'animation et les parcs Disneyland.

On découvre également d'autres mondes de la mythologie nordique, comme Jötunheim (le royaume des glaces), Vanaheim, etc. Ceux-ci sont peuplés de créatures et de monstres ce qui vient encore une fois compléter le panel des déterminants du film fantastique.


Thor : Le Monde des ténèbres se déroule, quant à lui, en grande partie sur Terre, à Londres. Cet opus, plus noir, d'où son titre, suit la continuité esthétique de la Phase 2 qui se veut plus sombre. Même s'il appartient toujours au registre fantastique, le réalisateur Alan Taylor, qui officiait notamment sur la célèbre série Game of Thrones, a apporté un côté plus "dégradé" à Asgard. On découvre les cachots de la cité pendant que, dans le même temps, celle-ci est en proie à la destruction. La mort qui n'était pas présente dans le précédent est un thème récurrent dans cet opus. On y apprend que les Asgardiens vivent des centaines d'années, apparaissant à nos yeux de spectateur "humains", comme des êtres presque immortels. Ainsi, le royaume nous semble infaillible. Ce qui n'est pourtant pas le cas dans cet épisode. En effet, suite à la bataille dans la cité, on découvre celle-ci jonchée de corps des gardes.

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La mère de Thor meurt, Loki meurt (brièvement) et on peut présumer que c'est également le sort qu'a connu son père puisque Loki prend sa place sur le trône. Loki a-t-il tué son père adoptif ? On peut le supposer.


Plus tard, Jane et ses collègues se rendent dans un building désaffecté où leur voiture est taguée et ses vitres brisées (photo ci-dessous en haut à gauche). Londres et Asgard (dont l'or ne brille plus du même éclat) sont les victimes du super-vilain et même Loki apparaît vulnérable et va jusqu'à s'auto mutiler suite à la mort de sa mère adoptive.

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De nos jours, les films (ou les séries) fantastiques mettent en scène des environnements dépeignant un cadre de vie plus proche de nos difficultés avec des conditions plus rudes et plus précaires. Et il est moins fréquent d'y rencontrer des endroits idylliques.

C'est aussi pourquoi, les batailles sont récurrentes permettant d'inclure un peu d'action propre aux films de super-héros.

Des films au coeur de l'action

Tous les films de super-héros sont par définition des films d'action. Cependant, trois long-métrages du MCU, n'ont pas été créés avec un genre aussi atypique que celui de fantastique ou de guerre. Il s'agit des trois premiers films de la Maison des Idées : Iron Man, Hulk et Iron Man 2.


A cette époque, il fallait avant tout définir une histoire et mettre en place en priorité l'Univers. Le genre fut d'ailleurs crucial pour le choix du premier protagoniste. En effet, Iron Man est le seul super-héros sans pouvoirs, avec seulement son intelligence comme arme. C'est pourquoi, il n'impose pas d'effets spéciaux coûteux, comme ça aurait été le cas avec Thor. Ainsi, les éléments de science-fiction y sont quasiment absents puisque même l'armure d'Iron Man devient aujourd'hui presque une réalité avec la technologie développée par l'armée américaine[14]. Avant le film de 2008, le super-héros n'était pas parmi les plus connus. Ce dernier a permis au personnel créatif de partir avec une nouvelle histoire alors que ça n'aurait pas pu être le cas pour un personnage comme Captain America qui, par ailleurs, était trop "américain" pour pouvoir plaire tout de suite à un public mondial.

L'action se déroule aux USA, de nos jours, ce qui la rend plus proche de la nôtre et donc plus réelle que tous les autres films du MCU.

De ce fait, les deux épisodes d'Iron Man peuvent être classés comme les deux plus "neutres" de l'univers Marvel.


Outre le manque d'effets spéciaux, on y retrouve tous les ingrédients d'un film d'action : courses poursuites, explosions, fusillades, bagarres, etc.

C'est également les clés qu'on retrouve dans L'incroyable Hulk qui est majoritairement un film d'action. Ainsi, même si le personnage principal peut être vu comme une créature monstrueuse surnaturelle, on a constaté, avec notre propre histoire, que les nombreux accidents nucléaires qui ont touché la Terre pouvaient engendrer des malformations suite à l'exposition à des radiations.


Louis Leterrier, en plus d'avoir ajouté un filtre vert sur l'image dans plusieurs scènes du film, fait figurer de nombreux éléments verts comme la forêt, la boisson gazeuse verte... Cela a pour but de faire écho à la peau de Hulk, elle-même verte, mais aussi à l'uniforme du corps militaire.

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Ces trois films ont été les premiers, et les derniers, à ne pas pouvoir être affiliés à un genre spécifique. L'univers Marvel devenant plus populaire et familier, les créateurs ont commencé à prendre plus de risques, se permettant de développer leurs films dans des genres moins en vogue de nos jours.

Les autres genres filmiques
La particularité d' Iron Man 3

Le film noir est un genre qui s'est développé après la Seconde Guerre mondiale, dans les années 50[15].

Le film noir classique, traduit une sorte de peur, de pessimisme propre à cette période. Utilisation du noir et blanc, du flash-back et de la voix off sont parmi les critères esthétiques identitaires[16]. Du point de vue narratif, on a le plus souvent à faire à une corruption. En l'occurence, dans Iron Man 3, il s'agit du vice-président.


A partir des années 60, on assiste à l'émergence d’un nouveau style, le film néo-noir. Ce style se différencie de son prédécesseur par le détachement à la période. En effet, les techniques ont évolué tout comme les thèmes abordés.

Bien sûr, Iron Man 3 ne peut pas être crédité à 100% de film noir et reste avant tout un film d'action. Néanmoins, le long-métrage est grandement influencé par ce style. Ainsi, la dépression et la remise en question du statut de super-héros sont les thèmes proéminents de cet opus. Nous sommes plongés dans les doutes de Tony Stark. Ainsi, outre la bataille contre le Mandarin, le millionnaire doit également surmonter ses propres démons résultant de son expérience de mort imminente.

On voit clairement que le film se concentre sur l'homme sous le masque car Tony Stark passe les trois quarts du film hors de son armure. Il s'agit d'une bataille personnelle et non de celle d'Iron Man. C'est pourquoi, on a tout d'abord beaucoup de gros plans sur les personnages. !

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Ceux-ci, comme une grande partie de l'opus, sont filmés en Low-key lighting, qui est une technique caractéristique du film noir.

Du film noir découle d'ailleurs un autre genre qui sera aussi repris par Marvel : le film de casse.

Ant-Man, film de casse et comédie

De la même façon que Captain America : Le Soldat de l'hiver fait référence au thriller politique des années 70, Ant-Man s'inscrit quant à lui dans un nouveau genre pour le studio : le film de casse[17].

Le film de casse "constitue un véritable genre, tant pour le cinéma américain que pour le cinéma britannique[18]". Ce genre apparaît dans les années 50 en même temps que le film noir. Même si les intrigues de ces œuvres sont multiples, il y a toujours un moment ou un petit groupe d'individus, souvent en marge de la société, cherche à dérober un bien (de l'argent, des bijoux, etc.). Bien sûr, pour que la morale reste respectée, les ennemis sont bien souvent un gang rival ou, par exemple, une institution corrompue. De plus, ce qui sépare les films de casse des autres films traitant de crimes (comme le thriller) c'est le héros, qui est à la fois un criminel, souvent bourré de charme, mais également un défenseur d'une cause juste car il faut que le crime perpétré puisse être justifié par un motif qui soit conforme à la morale.

Ici Ant-Man ne déroge pas à la règle, puisqu'il va s'agir pour le petit groupe, dont les membres sortent pour la plupart de prison, de dérober le contenu du coffre-fort de Hank Pym qui recèle, non pas de l'argent, mais son ancien costume de super-héros que ce dernier va, suite au cambriolage, léguer à Scott Lang.

Tout au long du film, on assiste à la préparation du braquage de la maison de Hank Pym puis, par la suite, à l'élaboration d'une stratégie pour faire tomber le méchant de l'histoire.

Mais ce long-métrage n'a de commun avec le film de casse que le sujet car, comme nous le mentionnions, le film de casse est un sous-genre du film noir. Or, Ant-Man n'a pas de point commun esthétique avec le film noir comme Iron Man 3 peut en avoir. Cela est dû au fait que le long-métrage peut être également catégorisé comme une comédie. Bien que tous les films Marvel comportent des éléments comiques, celui-là intègre tous les ingrédients propres à la comédie et notamment des parties esthétiques.


La comédie est un des plus vieux genres du cinéma hollywoodien. Du temps du cinéma muet, la comédie passait par le visuel créant ainsi les situations les plus célèbres du cinéma. Avec le parlant est venu l'humour que l'on associe naturellement à la comédie.

Dans Ant-Man, l'humour est présent autant visuellement que dans les dialogues. C'est pourquoi on retrouve de nombreux gags visuels faisant référence au comique de gestes. Comme lors de la formation de Scott Lang, où ce dernier doit réussir à courir, réduire sa taille pour pouvoir passer à travers la serrure d'une porte. Malheureusement pour lui, il ne parvient pas à accomplir cette action et finit par se heurter à la porte.

Le comique de langage trouve son écho à travers le personnage de Luis.


On voit que presque tous les genres filmiques sont abordés dans le MCU. Avengers, étant ce point culminant des phases rassemblant les héros comme les genres.

Avengers, un melting-pot

Les deux plus gros succès de la Maison des Idées sont un cas à part entière car ils compilent les quatre franchises et les six super-héros. Ils se doivent donc de mêler tous les genres. S'ils restent avant tout des films d'action, on y retrouve beaucoup de science-fiction et de l'humour avec des rappels à chaque genre.

Dans Avengers, ces différents genres apparaissent dans les scènes d'introduction des personnages. Ainsi, celle de Captain America se passe dans un vieux gymnase au climat des années 50 qui traduit, en couleur, l'aspect des films de boxe d'après-guerre comme par exemple Chair et fury (1952). Nous plongeant une fois de plus dans le passé.

On retrouve ce concept au sein de la "scène des visions" dans Avengers : L'Ère d'Ultron. Chaque héros se voit plongé dans son propre univers. Ainsi Steve est au bal avec Peggy, juste après la guerre, dans son costume d'époque.

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On voit Thor, sur sa planète natale, parcouru soudainement par la foudre.

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Natasha Romanoff, elle, a une vision à l'esthétique de films d'horreur qui correspond au traumatisme qu'elle a subi au sein de la chambre rouge. Une des images de cette scène n'est pas sans rappeler le poster de Silent Hill.

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En choisissant ce genre, le spectateur a une vision de la peur qu'à pu vivre la jeune femme au coeur de cette chambre rouge. En effet, en incorporant ce genre, on fait écho à la propre peur que le spectateur subit quand il regarde un film de ce type.

Cette scène confirme, au passage, que Marvel est loin d'être destiné avant tout aux enfants.

Tout ces codes font appel aux connaissances cinématographiques des spectateurs qui vont par eux-mêmes comprendre les références que le réalisateur a ajoutées aux longsmétrages. !

Seul un film n'a pas été encore inclus dans les Avengers et plus largement dans la continuité narrative de l'univers Marvel. Il s'agit des Gardiens de la galaxie. Ses cinq protagonistes, seront amenés à terme à rejoindre les autres super-héros dans le troisième opus d' Avengers qui sortira en 2018. En attendant ce jour, le long-métrage se distingue par son originalité esthétique très éloignée des autres films Marvel.

Les Gardiens de la galaxie

L'influence de James Gunn

Tout d'abord, commençons donc par évoquer le parcours de James Gunn.

Dès son jeune âge, le réalisateur se passionna pour les films indépendants et tourna des films d’horreur en super 8 avec son frère. Il fut donc logique qu’il s’oriente vers des études cinématographiques. Ainsi, suite à son diplôme obtenu à l'université Columbia, il commença sa carrière au côté de Lloyd Kaufman dans la société Troma Entertainment. Pendant 5 ans, il collabora avec cette compagnie connue pour être spécialisée dans les films de série Z (un film de tellement mauvaise qualité qu'il en devient comique). Au sein de ce studio, il apprit à "écrire un scénario, à produire un film, chercher des lieux de tournages, diriger les acteurs, à distribuer le film dans les cinémas, créer le poster du film, tout de A à Z[19]". Une formation très complète qui est devenue plus rare chez les réalisateurs d’aujourd’hui.

Son parcours cinématographique est jalonné de films divers et variés mais concentrés surtout dans le domaine des films de série B et d’horreur. Il est notamment l'un des scénaristes de Tromeo et Juliet et le réalisateur des films Horribilis, Super et My Movie Project.

Il fut choisi par Marvel, en 2012, pour réaliser le nouveau film de l’Univers cinématographique Marvel, Les Gardiens de la galaxie. Une surprise puisque l'on ne pensait pas que la firme soit intéressée par le milieu des films indépendants surtout quand on voit le CV un peu éclectique de James Gunn.

Ce dernier a complètement façonné son film. Il a notamment écrit entièrement le scénario mais également réalisé le storyboard comme nous l'avons vu plus haut. Il déclara d'ailleurs au magazine Empire : "Le ton venait totalement de moi. Il n'y avait pas vraiment d'humour dans les ébauches d'origine. [...] Je n'avais pas beaucoup de règles qui m'était imposées[20]."

Grand passionné de comics, il a également choisi de faire aussi des références à Marvel comme avec la présence de Howard le canard.

Howard... une nouvelle race de héros, était un long-métrage mettant en scène ce dernier. Cette production est reconnue comme étant un des pires films mettant en scène un personnage Marvel. Il a été produit par Lucasfilm et Universal. Son échec a été autant critique que commercial. L’apparition du canard est donc à la fois un clin d’œil humoristique, un clin d’œil aux puristes mais également une façon de réintroduire le personnage sous la "marque" Marvel Studios et donc de lui redonner une nouvelle vie conforme aux standards de la firme.

Comme le cinéma est un art audiovisuel, il faut également prendre en compte la musique. Cette dernière a été peut-être l'aspect le plus important des Gardiens de la galaxie. Le réalisateur ne s'est pas arrêté en si bon chemin et a choisi les pistes à incorporer au film. La bande originale est composée de 12 morceaux, issus des années 1967 à 1979, qui contribuent à donner le rythme au long-métrage. L’album a été la deuxième meilleure vente de 2014 et a reçu une nomination au Grammy Awards pour meilleure bande originale de film.

Dès le début du long-métrage, le film s'ouvre par la chanson I'm Not In Love interprété par 10cc. Ce qui nous donne un indice sur l'importance de la musique dans le film, que nous allons étudier à présent.

Analyse du film

Les Gardiens de la galaxie est la dixième production du studio et la première à être située hors de la planète Terre, dans une autre galaxie. Ce changement de lieu a permis à James Gunn de sortir du joug des films d’action et des films de super-héros traditionnels que nous avons évoqués plus haut. Ici, le réalisateur nous livre un space opera et même une comédie avec des influences d'autres genres cinématographiques. Des influences qui sont grandement similaires à son parcours.

Les différents genres

La science-fiction y tient évidemment une place primordiale. En effet, ses couleurs ne sont pas sans rappeler les films de science-fiction des années 50 et 60 comme Barbarella (photo de droite), opposé à Star-Lord, le protagoniste de notre objet d'étude.

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Cependant, Les Gardiens de la galaxie est avant tout un space opera. L'opéra dans l'espace, en français, est un sous genre de la science-fiction. Il se distingue par ses aventures souvent épiques qui se déroulent à une échelle interplanétaire. En l'occurrence, ici, il s'agit de la galaxie d'Andromède où l'on conte l'histoire des Gardiens de la galaxie.

Il faut également un contexte géopolitique tumultueux qui donnera du fils à retordre aux héros. Ce qui est le cas ici puisque l'équipe s'est donnée pour mission, peu modeste, de sauver la galaxie.


Deuxième genre prépondérant, la comédie. La comédie est un genre aussi vieux qu'Hollywood. Bien sûr, la comédie dans ce film n'est pas aussi subtile qu'elle a pu l'être au temps de Lubitsch. Malgré tout, on peut la qualifier d’inattendue. En effet, James Gunn reprend certains codes comme des regards méchants, des pauses, des comptes à rebours, etc. et en modifie la conclusion rendant ainsi la chute toujours surprenante. La comédie tient donc un rôle prépondérant dans le film qui, encore une fois, n’est pas le seul genre invoqué.

Étudions un des derniers genres cinématographiques à se manifester dans la production : le western. !

Yondu (ci-dessous à droite) n’est pas sans rappeler Eli Wallach (Tuco Benedicto Pacifico Juan Maria Ramirez) dans le film Le Bon, la brute et le truand. Les deux ont en commun d'incarner "le truand" comique au caractère attachant lorsqu'on en apprend plus sur eux.

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On peut d’ailleurs faire directement le rapprochement avec une scène des Gardiens de la galaxie et les westerns de Sergio Leone. En effet, la position des ennemis (ligne verte) par rapport à Yondu (cercle jaune) est semblable à celle de Charles Bronson dans Il était une fois dans l’Ouest, seul face à ses ennemis.

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Enfin, Yondu dégaine sa flèche qu'il manipule en sifflant. Il y a donc un parallèle entre le thème musicale d'harmonica du film susmentionné et le sifflement. Mais aussi la façon de sortir son arme comme lors du duel.

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D'ailleurs, James Gunn a reconnu être grandement influencé par les films de Sergio Leone[21]. En faisant ces références, le réalisateur raconte plus qu'une histoire puisqu'il fait également appel aux connaissances cinématographiques du spectateur. En reconnaissant ces allusions, le spectateur se dote d'un élément supplémentaire pour découvrir des aspects de la personnalité du personnage. En l'occurrence ici, Yondu.


Lorsque l'on se penche sur le titre du long-métrage, Les Gardiens de la galaxie, on observe que ce titre sonne comme celui d’un film de série B. De plus, il devient une sorte de blague lorsque l'on découvre que les Gardiens de la galaxie ne sont en fait qu’une bande de gentils ratés. Il n'est pas non plus sans rappeler un autre film : La Guerre des étoiles qui devait également être à la base un projet beaucoup moins ambitieux que celui que nous connaissons. Il y a d’ailleurs de nombreux rapprochements entre les deux productions notamment le genre car Star Wars est également un space opera.


Comme nous le disions plus haut, le space opera se déroule sur une échelle intergalactique. Dans ce film, le spectateur voyage beaucoup, dans l'espace et le temps. La seule constante étant l'équipe toujours présente peu importe le lieu.

Un film intemporel à la localisation changeante

Ce film a une temporalité assez étrange. Le personnage de Star-Lord, Peter Quill, fait constamment le lien entre le passé terrien et une sorte de futur.

On le constate dès le plan d'ouverture qui consiste en un titre fixe sur fond noir nous plaçant dans un lieu et une période : Terre 1988.

Puis suite à la mort de sa mère, le garçon s'enfuit dehors au milieu de la brume. Cette dernière aide à faire la transition d'un univers, et d'un temps, à l'autre. Comme sortant d'une sorte de rêve, le personnage va émerger de la brume adulte, 26 ans plus tard, apprend-on grâce à un titre incrusté dans l'image. Cette fois, nous n'avons donc plus de date précise, juste "26 ans plus tard". Ce changement entraîne une difficulté à dater la période.

Peter Quill incarne cette transition qu'il a lui-même subie. En effet, le personnage vit, plus ou moins, dans le passé. Il cherche des artéfacts comme un archéologue qu'il débusque grâce à un appareil lui permettant de voir les planètes telles qu'elles étaient auparavant. Il utilise donc un objet sophistiqué et futuriste pour chercher des objets anciens tout en écoutant sa musique des années 60 grâce à son Walkman Sony des années 80.

La scène de fin montre le héros en train de découvrir la deuxième cassette que lui avait enregistrée sa mère avant la mort de cette dernière. Nous avons donc là aussi le passé qui rejoint le présent.

On remarque d'ailleurs que chaque période utilise des couleurs bien spécifiques.

L'importance de la couleur

Le passé s'apparente à des couleurs fades. La première scène, nous présentant la mort de la mère du protagoniste, a lieu dans un hôpital au décor impersonnel, froid et lugubre. La mère est malade, blanche comme un cadavre.

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Tout ce qui n'est pas coloré s'apparente à la mort, à la souffrance.

Lorsque Peter cherche la cité antique à la recherche de l'Orbe, l'objet de toutes les convoitises, la ville ne se projette que dans une seule couleur, le bleu, une couleur froide.

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C'est aussi le cas des super-vilains. Ils vivent dans un lieu sombre. Thanos, Ronan l'exécuteur, ainsi que ses proches, ont tous un teint sombre (bleu foncé, violet foncé...)

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Et finalement, on constate qu'ils se ressemblent tous.

A contrario, la planète Xandar est aux antipodes de celle contrôlée par leurs ennemis. On note la présence de beaucoup d'espaces paysagers renforçant le côté écologique et la symbiose entre la vie végétale, la vie animale et la vie humaine. !

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La population de Xandar est composée de personnes aux couleurs multiples et vives.

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Renforçant l'idée que le bien vient du mélange des cultures tandis que le mal est incarné par le clanisme et le repli sur soi. En effet, Thanos, le super-vilain, délègue la mission de récupérer l'Orb à ses filles et à ses proches. Or, les Cohortes de Nova (la police de la planète Xandar) font confiance aux cinq individus qui ne sont pas de Xandar et qui, de plus, sortent de prison.

Et c'est finalement, au sein d'un univers coloré généré par la pierre d'infinité (l'Orbe) que les cinq super-héros (ou plus exactement quatre suite à la "mort" de Groot) vont émerger soudés. Prouvant que la paix vient du mélange des genres, des origines et des personnalités.

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C'est le message principal du long-métrage : rassembler les héros comme les spectateurs.

Des références populaires qui fédèrent

Le long-métrage de James Gunn regorge de références populaires. Ces dernières sont un moyen pour le spectateur de s'identifier au personnage principal, Peter Quill (Star-Lord) qui, on le rappelle, a été kidnappé alors qu’il n'était qu’un enfant. Toutes les références faites tout au long du film sont un moyen pour Peter de se sentir un peu plus proche de ses origines. Elles permettent également au public de s’identifier à lui puisque les clins d’œil évoquent autant des films des années 80 que des jouets des années 90 comme le fameux Walkman. Cette référence est destinée aux trentenaires et aux quadragénaires qui eux-mêmes avaient l’âge de Peter lors de la sortie du Walkman Sony.

Nous l'avons vu avec l'usage du Walkman, des musiques mais on peut le voir également (ci-dessous) avec les fameux Trolls, le sac JanSport (le sac de tous les collégiens et lycéens des années 80/90), les nombreux patchs et les cartes à collectionner.

Ces clins d'oeil correspondent également à un témoignage sociologique car ces objets témoignent d'une appartenance à une mode, à une société et à une génération.

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Tout comme le titre du film, on attend du protagoniste, Star-Lord, d'apparaître comme quelqu’un de responsable mais on se rend compte en fin de compte qu'il n'a jamais grandi et qu'il n'est en fait qu’un gosse. Puis, avec l'arrivée de ses compagnons vont arriver les responsabilités qui incombent au leader dont il assume le rôle. Enfin, on découvre que son pseudonyme, qu'on croyait issu de son imaginaire d'enfant, prend une connotation tragique lorsque l'on apprend que c'est en réalité le nom que lui donnait sa mère emportée par le cancer dans son enfance.

Le nom de Star-Lord, dont le personnage fut créé en 1976 n'est pas sans rappeler également une personne semblable : Ziggy Stardust. Le chanteur David Bowie dévoila au monde cette nouvelle facette de sa personnalité au début des années 70.

Une de ses chansons fait d'ailleurs partie de la bande originale du premier opus des Gardiens. Il était prévu qu'il fasse une apparition dans le deuxième opus; ce ne sera hélas pas le cas du fait de sa mort. James Gunn lui rendra donc hommage en incluant à nouveau une de ses chansons dans le deuxième volume des Gardiens de la galaxie.


Au vu de tous les éléments présentés, on peut affirmer que James Gunn est le réalisateur de Marvel ayant le plus influencé son film. Il a contribué à introduire différents genres cinématographiques au sein de son film mais également il a donné une vraie âme au long-métrage qui selon Steven Spielberg lui a "laissé le sentiment d'avoir vu quelque chose de nouveau dans les films[22]".

Cette contribution peut-elle se retrouver dans les autres productions Marvel ?

Une patte Marvel Studios

Il est incontestable qu'il y a une patte Marvel Studios. Ainsi, même si à première vue tous les films sont différents, les ingrédients qui les composent sont les mêmes. Comme nous l'avons vu plus haut, les genres varient mais sur la forme et la création, de nombreuses redondances s'opèrent.

Comme nous le verrons plus tard la forme est très particulière et permet au studio de se distinguer des autres productions.

Sur le contenu, l'humour est le trait majeur des longs-métrage Marvel par rapport à leurs concurrents de chez Warner/DC Comics, le ton est beaucoup plus léger et plus proche des comics d'époque.


Il y a une autre particularité dans les films MCU, il s'agit de la scène post-générique, autrement dit, la scène située à la toute fin du générique.

Il faut noter que techniquement ils ne sont pas les créateurs de ce procédé. En effet, cette scène bonus est apparue pour la première fois en 2006, soit deux ans avant Iron Man, dans le film Fast & Furious : Tokyo Drift.

Malgré tout, Marvel a contribué à donner une nouvelle dimension à ces scènes puisqu'elles sont maintenant quasiment aussi attendues par le public que le film lui-même. Dans la majeure partie des cas, il ne s'agit pas que d'une scène bonus mais d'une séquence qui va informer les spectateurs du prochain projet.

Si dans les premiers films il n'y avait qu'une scène post-générique (à la toute fin des crédits), dans les productions de la Phase 2, le personnel créatif a choisi d'en ajouter une supplémentaire située à la fin du générique principal. Ainsi, ces deux séquences montrent généralement au spectateur une scène cruciale du film vu et un extrait du prochain film. Il est donc important pour le spectateur de rester jusqu'au bout du générique.


L'autre particularité du MCU réside dans les apparences de Stan Lee. Le créateur vedette de Marvel Comics a fait naître les nombreux super-héros comme Iron Man, Hulk, Spider-Man, etc. C'est pourquoi, Marvel lui rend hommage en lui donnant une petite apparition dans chacun des films. Ces dernières sont devenues un rituel pour les fans qui doivent le repérer.

Stan Lee et ses apparitions font partie de cette stratégie Marvel de constituer un univers avec la même équipe technique et créative pour avoir un résultat cohérent et uni et une connivence avec le spectateur.

Une équipe gagnante ?

Lors de la création de l'univers Marvel, ceux-ci ont fait appel à de nombreux acteurs inconnus ou marginaux. Ainsi, Chris Evans, Chris Hemsworth, Tom Hiddleston, etc., sont tous devenus des stars suite à leurs prestations dans le MCU.

Maintenant, les stars veulent à tout prix figurer dans les Marvel. C'est pourquoi, on peut voir Robert Redford, Glenn Close, Michael Douglas... apparaître au casting.

Et des figures comme Robert Downey Jr. sont maintenant indissociables de la firme Marvel et surtout de son personnage.

L’influence des réalisateurs

Les réalisateurs ont une grande importance dans le MCU. On remarque que les films les plus acclamés sont ceux que les metteurs en scène ont le plus influencé. Pour certains, ils jouissent d'une grande liberté mais cela dépend beaucoup du projet.

Nous venons de le voir avec le cas de James Gunn qui s'occupe de la réalisation, du scénario, de la musique mais également du storyboard. Les Gardiens de la galaxie fut une production relativement risquée pour le studio, dû notamment à l'originalité et la singularité des personnages. Le réalisateur fut un choix tout aussi osé, à qui Kevin Feige donna carte blanche pour réécrire le scénario et à qui il n'imposa aucune contrainte.


Si James Gunn eut carte blanche, ce ne fut pas toujours le cas pour Joss Whedon. Ce dernier reste le réalisateur le plus emblématique du studio dans la mesure où il fut le réalisateur des deux films Avengers, qui donnèrent à Marvel sa notoriété.

Il fut choisi suite à sa collaboration avec Marvel Comics pour écrire un chapitre important de l'histoire narrative des X-Men, Astonishing X-Men.

Alors que son frère et sa belle-sœur gèrent la série Marvel : Les Agents du S.H.I.E.L.D., Joss Whedon quant à lui, supervisa tous les autres projets, en plus des deux films les plus lucratifs du studio, en donnant des conseils aux autres réalisateurs.

Grâce à sa grande connaissance des comics, il introduisit de nombreux cadeaux pour les fans mais apporta également une vision de professionnel qu'il traduisit dans le scénario et dans la réalisation des films Avengers.

Pour Avengers 2, le réalisateur eut beaucoup plus de restrictions notamment avec Ike Perlmutter qui réduisit le budget et qui imposa son mot au scénario comme nous le verrons plus loin.


Jon Favreau a eu également beaucoup d'influence chez Marvel. Passionné de comics, c'est lui qui a insisté pour voir Robert Downey Jr. dans le rôle de l'homme de fer. En plus, d'être le réalisateur des deux premiers opus d' Iron Man, il tient un rôle au sein même des films (Happy, le chauffeur). Outre la réalisation, il prend en charge également la production de nombreux films du MCU.


Pour le troisième opus, il céda sa place à Shane Black qui apporta une dimension plus noire au récit comme nous l'avons vu plus haut. Le film noir est un genre que le réalisateur connaît bien. En effet, ce dernier est le réalisateur de Kiss kiss bang bang (dans lequel figurait déjà Robert Downey Jr.), un film noir, mais également le scénariste de l'Arme fatale (1 et 2) qui, par ses thèmes et son esthétique, contient des références au film noir.


Les frères Russo, Joe et Anthony, sont très attachés à retranscrire au mieux la réalité de la société et à lier leurs intrigues avec le milieu politique. Leur père est un ancien juge très impliqué dans la politique locale.

Ainsi, ils ont été familiarisés très tôt avec ce milieu et ça se retrouve dans leurs films (Captain America : Le Soldat de l'hiver et Captain America : Civil War) qui tournent beaucoup autour de ces questions et qui finalement s'éloignent le plus des films de superhéros. Ils s'attirent l'ire de certains critiques qui n'hésitent pas à condamner le dernier film Marvel, Civil War, pour sa trop grande réalité et son éloignement du film déluré que devrait être le film de super-héros.


Kenneth Branagh (réalisateur de Thor) a réalisé, et figuré, dans beaucoup de films shakespeariens (Henry V, Beaucoup de bruit pour rien, Othello, Hamlet). Ainsi, dans Thor, on retrouve une mise en scène semblable à celle d'une pièce de théâtre. En effet, on constate notamment qu'il y a de nombreux angles néerlandais. Ce type de prise de vue consiste à incliner la caméra. L'image, penchée, fait esthétiquement penser aux anciens théâtres qui possédaient une scène inclinée pour permettre aux spectateurs de pouvoir voir tous les personnages présents sur la scène. Ces plans incorporés par Kenneth Branagh sont une traduction de son passé théâtral.?

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Grâce également à ce type d'angle de prise de vue, le réalisateur transmet plusieurs sentiments : inconfort, malaise, un conflit émotionnel ou la tension entre les personnages. Or Thor tourne autour de ce problème de famille, entre Loki et son père, comme on peut le retrouver dans une pièce de théâtre.


Louis Leterrier s'est engagé avec Marvel à condition d'écrire le scénario, de choisir les acteurs et de s'entourer de son équipe. C'est pour cette raison qu'il fit appelle à son monteur Vincent Tabaillon. Jusqu'à ce jour, il reste le seul réalisateur étranger à avoir officié dans le MCU. Le réalisateur français déclara avoir apporté un petit clin d'oeil au public français avec Hulk qui se sépare de son ennemi en lui donnant un coup de tête ce qui renvoie au geste asséné par Zidane en finale de la coupe du monde de football.

Louis Leterrier a eu le final cut puisqu'il a dû obtenir en amont l'accord des producteurs pour pouvoir déclencher la réalisation des effets spéciaux qui prennent un certain temps.

Comme nous l'avons vu, Alan Taylor a beaucoup influencé Thor 2 grâce à son parcours dans la série Game of Thrones.


Peyton Reed comme beaucoup d'autres réalisateurs chez Marvel a grandi avec les bandes dessinées. Ce dernier, qui ne fut pas le premier choix de Marvel (Edgar Wright s'étant retiré du projet), ne s'est chargé que de la réalisation en ayant néanmoins apporté quelques détails au scénario.

En ayant travaillé sur Bye Bye Love et sur Yes Man, le metteur en scène a de l'expérience dans le monde des comédies tout comme ses scénaristes. En effet, Joe Cornish est un acteur anglais qui oeuvre dans le duo comique, bien connu, Adam et Joe. Mais aussi Adam McKay qui a travaillé pendant plusieurs années sur Saturday Night Live, une émission comique américaine. Paul Rudd, qui joue le rôle principal, participa également à l'écriture du scénario, pour apporter un esprit de plus à l'élaboration des meilleures blagues possibles. On voit donc que ce film fut un vrai travail d'équipe.

Malgré le petit score au box-office américain pour l'homme fourmi, le réalisateur fut reconduit pour le prochain opus ce qui montre que les profits ne font pas tout. Il est donc intéressant de voir que Marvel fait confiance à la majeure partie de ses réalisateurs en les sollicitant de nouvel épisode en nouvel épisode.

Les mêmes réalisateurs reviennent.

Commençons par étudier un petit tableau récapitulatif des différentes franchises et des principaux metteurs en scène.

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Seuls cinq réalisateurs n'ont pas été renouvelés, ou n'ont pas souhaité revenir, dans leur fonction. Le cas est un peu à part pour Louis Leterrier et Shane Black. Pour le premier, la franchise Hulk n'a toujours pas eu le droit à une suite. Impossible donc de savoir s'il pourrait être sollicité de nouveau.

Shane Black, quant à lui, fut le réalisateur d' Iron Man 3; même si des rumeurs font état d'un possible quatrième opus, il est peu probable que celui-ci voit le jour. A noter également que Jon Favreau réalisateur des deux premiers fut le producteur exécutif de ce volet (il y conserve également son rôle de chauffeur Happy) et il le sera également pour les deux prochains épisodes d' Avengers. Il y a donc toujours une très grosse supervision de ce dernier sur le MCU.


Alan Taylor, Kenneth Branagh et Joe Johnston sont les trois qui n'ont pas vu leur contrat renouvelé.

Joe Johnston a réalisé le premier Captain America. Au vu de la différence avec le suivant il n'est pas surprenant que Kevin Feige ait simplement décidé de faire appel à un autre point de vue.

C'est en particulier avec les films Thor que la fidélité blesse car aucun des deux films n'a particulièrement convaincu et la franchise est donc toujours à la recherche de son réalisateur fétiche.


Malgré tout, on constate que les projets les plus importants, et les plus couronnés de succès, sont ceux qui ont su s'entourer d'un réalisateur qui a non seulement réalisé mais également écrit le scénario et qui s'est impliqué dans le film.

Il est intéressant de voir que les réalisateurs reviennent d'épisode en épisode imitant ce qui se passe pour les séries télévisées. De plus, ils se consultent les uns les autres pour pouvoir créer un univers cohérent qui ressemble également fortement à celui d'une série télévisée.

Le MCU fondé sur les bases d’une série télévisée
Une série sur la forme…

Le studio Marvel, dès sa fondation, s’est basé sur un principe novateur qui jusqu’à ce jour a grandement participé au succès de la franchise. La Maison des Idées a en effet construit son arc narratif sous forme de "Phase". Ainsi le Marvel Cinematic Universe s'apparente grandement au fonctionnement d'une série télévisée. Chaque épisode contribuant à enrichir et à faire évoluer l’univers dans son ensemble. De plus, un parallèle peut être créé entre une saison et une "Phase" même si cette dernière se déroule sur plusieurs années. A ce jour, il existe trois phases. La Phase 1, contenant cinq films, s’acheva avec le premier opus d’Avengers.

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La Phase 2 s'est conclue en juillet 2015 avec les aventures de l’homme fourmi, Ant-Man.

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La suite de l’aventure a commencé le 27 avril 2016 (en France, le 4 mai 2016 pour les USA) avec la sortie du très attendu Captain America : Civil War, déclenchant le début de la Phase 3. Elle s’étendra sur trois ans et sera la plus productive de l’univers Marvel avec dix films.

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Cependant, ce calendrier reste sujet à modification. Dans un premier temps, la suppression du film Inhumains, initialement prévu pour le 2 novembre 2018, a été annoncée. Actuellement, on ne sait pas ce qu'il adviendra de ce film qui est plus ou moins lié à l'avenir d' Agents du S.H.I.E.L.D. puisque la série devrait introduire l'histoire de ce long-métrage et peut-être reprendre quelques acteurs. Ne sachant pas quel sera l'avenir de cette série d'ici 2018, il est impossible de prévoir l'avenir du long-métrage. Cependant, c'est le seul cas de figure comme celui-ci. Pour tous les autres films, les projets sont prévus à l'avance et vont jusqu'au bout.

D'ores et déjà, Kevin Feige a confirmé quatre films supplémentaires dont les noms restent encore inconnus. Ces quatre films feront très probablement partie de la Phase 4. Cette phase devrait être radicalement différente des précédentes avec un concept également différent. Donnant ainsi un nouvel élan au studio qui pourrait repartir sur de nouvelles bases. Tout en gardant un ancrage dans les succès précédents, puisque, parmi les projets, les rumeurs font état d'un Gardien de la Galaxie 3.


Même si les délais entre chaque film semblent courts, le temps d’attente est d’au moins six mois. C’est alors que l’exécutif vint avec une solution : combler les espaces vides avec la création de séries télévisées. C'est pourquoi, les séries Agents du S.H.I.E.L.D., Agent Carter… lient d'une certaine façon les films entre eux.


Une des stratégies de Marvel consiste à rester en permanence dans l’esprit des fans, une stratégie qu’il est difficile de mettre en place avec les longs-métrages, puisque l’intervalle de temps entre deux films peut être de plusieurs mois. Le partenariat avec la souris de Walt Disney offre de nombreux bénéfices au groupe qui peut tirer parti de son arsenal médiatique.

En effet, Disney est propriétaire d'une chaîne de télévision qui connaît un fort succès : ABC. C’est pourquoi Marvel peut, sans contrainte, créer des séries puisqu'elles bénéficient ainsi d’un réseau de diffusion prêt à les accueillir. Avec ce nouvel apport à l'univers Marvel, il existe dorénavant un lien entre les films qui permet de faire "patienter" le public, toujours dans une optique de ne jamais perdre son interlocuteur.


La première série Marvel : Les Agents du S.H.I.E.L.D., qui débuta en 2013, va commencer sa quatrième saison en septembre 2016. Elle remplit tout à fait l’objectif premier à savoir combler l’espace laissé par l’absence de long-métrage.

Au niveau de l’histoire, un des attraits de la série fut de faire renaître le personnage de l’Agent Coulson interprété par Clark Gregg qui était laissé pour mort à la fin du premier opus d’Avengers. Comme nous l’avions évoqué précédemment, ce personnage tient une place centrale au sein du MCU. Ainsi, il n’est pas surprenant de voir ce personnage, très apprécié par les fans, revenir pour conduire une équipe d’agents de la société secrète du S.H.I.E.L.D. Cependant, il n'a toujours pas "réapparu" dans les films. Ce qui devrait être bientôt le cas.

De multiples cross-over ont eu lieu laissant l’opportunité de faire apparaître de nombreux acteurs présents dans les films comme Jaimie Alexander qui reprit pour deux épisodes son rôle de Lady Sif qu’elle interprète dans les films Thor.

Suite au succès des Agents du S.H.I.E.L.D., Marvel commanda une mini-série : Agent Carter. La série explique les événements qui aboutissent à la création du S.H.I.E.L.D. La saison 2 s'acheva en février 2016 et ne fut pas renouvelée par la chaîne ABC pour une troisième saison. Mais cette décision ne ravit pas les nombreux fans qui demandent actuellement le rapatriement de la série sur la chaîne Netflix grâce à une pétition qui a déjà recueilli plus de 120 000 signatures[23].

Netflix qui depuis 2013 a lié un partenariat avec Marvel pour développer quatre séries : Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist [24]. La première saison de Daredevil vient de s’achever et Jessica Jones est enfin disponible sur le réseau payant. Dès les premiers épisodes, on constate que ces programmes sont totalement différents des films Marvel même s’ils sont supervisés par la même entreprise, tant au niveau de l’histoire, qu'au niveau esthétique. Le ton est destiné à un public beaucoup plus mûr et l’image est bien plus noire que celle des longs-métrages comme nous le verrons un peu plus bas.

Même si aucune annonce n’a été faite, il n’est pas impossible que ces personnages soient rassemblés dans une création de la Phase 4. En effet, Daredevil, Iron Fist, Luke Cage et Jessica Jones sont membres de la même équipe dans les comics, Les Défenseurs, ils seront d'ailleurs rassemblés dans la série The Defenders, toujours sur le même réseau. Verrons-nous un jour ces quatre héros se battre au côté des Avengers ? Si oui, la question sera de savoir si Marvel gardera l’esthétique noire des séries ou si la société adoucira le ton pour l’adapter au grand public.

Une chose est sûre, Kevin Feige a émis le souhait de pouvoir faire interagir, encore plus qu'actuellement, les séries et les films[25] mais cela entraîne beaucoup de difficultés car il est très compliqué de prévoir un créneau commun entre un tournage de série et de film. En effet, il faut réussir à faire coïncider la sortie du film qui peut toujours être repoussée pour des raisons diverses avec la diffusion à la télévision de l'épisode. Une tâche ardue mais qui a été déjà effectuée notamment avec Agents du S.H.I.E.L.D. où l'on a assisté à de multiples crossover, comme nous l'avons vu plus haut, et ce qui est, par ailleurs, un procédé couramment employé dans le milieu des séries.

Ce qui nous amène au contenu du MCU qui, comme pour la forme, remplit tous les critères de la sérialité.

… et sur le fond

Au fur et à mesure que l’univers Marvel avance, l'histoire, et donc l’image, s’obscurcit. Ainsi, si on part du principe que le MCU peut être assimilé à une série télévisée, alors la Phase 1 serait la situation initiale.

En effet tous les personnages nous sont présentés à travers les films solos mais également grâce à Avengers. Chaque film, nous a raconté l'histoire de chaque protagoniste et a défini leur place au sein du MCU.

Si la Phase 1 remplit le rôle de situation initiale, la Phase 2 serait l’acte dans lequel surviennent les péripéties. En effet, on constate que Iron Man 3, Thor 2, Captain America 2 et Avengers 2 sont tous bien plus sombres que les premiers opus.

Si l'on examine le film de Shane Black, Iron Man 3, on remarque qu'un filtre bleu vient assombrir l’image pendant presque tout l’épisode. De plus, comme nous l'avons vu plus haut, cet opus est un film noir qui traite à ce titre de sujets sombres.

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C’est le cas également avec Thor 2 dont le sous-titre, Le Monde des ténèbres, est très révélateur du contenu de la production. Les couleurs y sont également sombres comme dans Avengers 2 et Captain America 2.

Et finalement, la Phase 3 pourra être assimilée à la situation finale. En effet, en 2018, sortira sur les écrans le film Avengers : Infinity War partie 1 qui se conclura un an plus tard, en 2019, avec la sortie de la partie 2. Ces deux films marqueront l'apogée du studio et concluront l'univers cinématographique Marvel tel qu'on le connaît actuellement.


Pour conclure sur l'aspect esthétique, on peut sans aucun doute affirmer qu'il y a une esthétique propre à Marvel Studios.

Humour, scène post-générique, retour des acteurs d'épisode en épisode, genre cinématographique propre aux super-héros... tout autant de paramètres qui rendent le MCU particulier et donc reconnaissable.

De plus, le fait qu'ils soient les écrivains des oeuvres de base leur confère une légitimité auprès des fans mais également auprès de la critique.

Sur la forme comme sur le fond, le MCU recèle plus d'attraits que certains critiques pourraient le penser. Certes, ces films resteront du divertissement et des films à grand spectacle. A ce titre, ils continueront d'être décriés mais il est important de noter que c'est également le cas de la BD comparée aux livres.

Malgré tout, une production comme celle des Gardiens de la galaxie peut difficilement être classée en blockbuster. En effet, un blockbuster est une production à gros budget destinée à engranger des profits record. Or, outre le budget mis à sa réalisation, le succès de ce film était loin d'être garanti puisque le choix du comics, des personnages presque inconnus, mais également le choix de son réalisateur étaient plus qu'audacieux.


Le MCU possède une grande force celle de ne pas être une entité spécifique mais de receler un peu de chaque genre. Ce style a l'avantage de créer un renouveau à chaque épisode créant ainsi chez les spectateurs un sentiment d'inédit. Ainsi, les gens ne se lassent pas. Le renouveau passe par l'esthétique mais également par les thèmes abordés qui évoluent en même temps que notre société.

Partie II : Les dimensions psychologique, morale et sociale dans les ?lms Marvel

Le public, qui n’est pas familiarisé aux films de super-héros, a pour habitude de classer chaque film dans la même catégorie. Cependant, comme nous l’avons vu précédemment, l’esthétique diffère selon les univers. Mais le visuel n’est pas le seul paramètre qui change.

Les personnages Marvel seraient plus de 8 000[26]. Par conséquent, leur milieu social, 26 leur caractère, leur genre ou encore leur origine varient donnant à l'univers Marvel des justiciers aussi éclectiques qu'unis vers un même but : la paix.

Récemment, Marvel a introduit des personnages novateurs dans ses comics comme Ms. Marvel, la première super-héroïne musulmane, mais également une femme qui a pris le rôle de Thor, ou encore Iceman, un des membres des X-Men, qui a fait son coming-out. La maison d'édition est donc très en lien avec les phénomènes de société et est connue pour ses nombreuses idées progressistes.

En outre, si "la S-F est par excellence le lieu de la critique sociale et politique[27]", il en va de même pour les films de super-héros qui découlent eux aussi de la science-fiction. Ces derniers oeuvrent pour le bien de la société. Ils agissent au coeur des villes et sont, en prenant part aux conflits, amenés à donner leur point de vue sur le monde et ses habitants.

Même si, à travers ce mémoire, j'ai choisi de me concentrer sur les films, je pense qu’il est nécessaire de faire un bref aparté sur le partenariat Netflix / Marvel qui s’opère sur le petit écran depuis le lancement de Jessica Jones en novembre 2015.

En effet, grâce à Netflix, Marvel peut prendre une plus grande liberté au niveau créatif car le public visé n'est pas le même que sur le grand écran. Ainsi, la Maison des Idées se concentre sur des thèmes plus réalistes et plus matures.

De facto, la série Jessica Jones met en scène une héroïne au caractère morose et sombre aux antipodes des super-héros traditionnels. La série Daredevil n’a, quant à elle, pas lésiné sur l'hémoglobine. Drew Goddard, responsable de cette dernière, a d'ailleurs déclaré que "l’on aurait plus de liberté en portant l’histoire sur le petit écran et qu’elle pourrait être plus adulte. Si on prend une série Netflix et qu’on en fait un film, celui-ci devient automatiquement interdit au moins de 17 ans. Et les studios Marvel ne font pas de films Rated-R[28]". Finalement, 28 Marvel a réussi à retourner cet inconvénient en avantage puisque grâce à ce format, ils ont eu "l’occasion de vraiment développer le personnage[29]", poursuit Goddard.

Cependant, au mois de février, la 20th Century Fox, sortit son film très attendu mettant en scène, Deadpool, un anti-héros très violent. Deadpool est un personnage Marvel, mais comme pour l'équipe des Quatre Fantastiques, les droits n'appartiennent pas à Marvel Studios. Le long-métrage fut logiquement Rated-R aux USA et interdit au moins de 12 ans en France. Malgré tout, les aventures de Wade Wilson ont plus que séduit les spectateurs puisqu'il est devenu le film Rated-R le plus prolifique de l'histoire du cinéma. [30]

Il y a donc visiblement une demande accrue pour ce type de film de super-héros. Malgré tout, Marvel n'a pas besoin de se pencher sur ce marché puisqu'il domine déjà le box-office mondial avec des films tout public.

Dans tous les cas, Netflix offre des productions qui s'apparentent plus aux comics que Marvel a l'habitude d’offrir chaque mois dans les kiosques.

Alors, est-ce le cas avec les films de l'univers cinématographique Marvel ? Ont-ils cette même soif de transmission d'idées dans leurs longs-métrages que dans les comics ou est-ce une simple illusion ? Répondre à cette question est le but de cette partie, à savoir étudier la psychologie des personnages, leur morale et les positions sociales dans les films de Marvel Studios.

Avant tout, commençons par voir ce qu'on entend par un super-héros.

Qu’est-ce qu’un super-héros ?

Il est difficile de définir un super-héros tant ils sont différents. Historiquement, on peut dater le début des super-héros à l'Antiquité. Certes, à cette époque, ces personnages étaient classés comme des héros. Malgré tout, lorsque l'on compare les exploits d'Hercule avec son homonyme des comics Hercules, les aventures sont sensiblement les mêmes puisque les justiciers de nos jours sont inspirés de ceux d'antan. C'est pourquoi, on peut dire que les super-héros sont la suite moderne des récits mythologiques de l'Antiquité.

Si ces lectures écrites par Homère ou encore Virgile nous ont donné des oeuvres considérées aujourd'hui comme classiques, c'est loin d'être le cas pour nos super-héros. Cette partie de la littérature, la bande dessinée et les comics, est le plus souvent classée, et assimilée, à de la littérature jeunesse. Cependant, les mentalités semblent changer.

La hiérarchie des arts, cette distinction entre arts nobles (peinture, sculpture, musique, littérature) et arts mineurs (BD, cinéma, street art), est un sujet de débat qui ne date pas d'hier mais qui commence à s'estomper à mesure que les arts, disons moins reconnus, acquièrent une exposition médiatique, une renommée mais surtout un public pour les défendre.

Par ailleurs, ce n'est peut-être qu'un problème de temps : ce qui dure est noble; pour ce qui est nouveau on ne sait pas si ça durera donc on ne classe pas en Art avec un grand A.

Le cinéma avec ses plus de 150 ans d'existence semble enfin reconnu comme art majeur, sauf pour les blockbusters qui sont toujours considérés comme des productions commerciales et qui ne mériteraient donc pas d'être considéré comme de l'art... C'est d'ailleurs le but de ce mémoire, de démontrer que malgré leur aspect blockbuster, les films Marvel ont des intérêts esthétiques certains.

Récemment, la bande dessinée a elle aussi acquis un nouveau statut, ou plutôt un statut différent, notamment grâce aux nombreuses adaptations cinématographiques. Ainsi, en 2011, Spielberg adapta Tintin au cinéma. Astérix et Obélix, Largo Winch, le Transperceneige... tous connaissent depuis le début des années 2000 leur heure de gloire sur grand écran.

Grâce à cette nouvelle exposition, ce qui est considéré par certains comme le neuvième art a connu ses dernières années un regain d'attrait et de considération.

Par ailleurs, le festival d'Angoulême réservé exclusivement à ces créations était, lors de sa deuxième édition, en 1975, fréquenté par 10 000 amateurs[31]. En 2015, 40 ans plus tard, 200 000 personnes se sont pressées pour découvrir les dernières nouveautés.

Même le salon du livre de Paris 2016 a consacré une place plus conséquente à la BD et aux comics que les autres années dans l'espoir d'attirer une audience plus large.

Ce phénomène est encore plus prononcé pour les comics. En France, la demande pour les BD américaines n'était pas aussi conséquente qu'elle ne l'est aujourd'hui. Si Panini Comics, distributeur des comics Marvel en France, n'a pas voulu nous divulguer le nombre de numéros vendus chaque année, ils nous ont néanmoins confirmé une "augmentation significative" de leur vente. Cette augmentation est due aux films de super-héros mais aussi à la reconnaissance et la notoriété qu'on eut les comics en France. Si les comics est un art apprécié aux USA car faisant partie de leur Histoire et de leur culture, ce n'est pas le cas en France.

En effet, les comics ont la plupart du temps été destinés aux enfants dont les parents avaient eux-mêmes lu des comics dans leur jeunesse ou à des adultes qui n'avaient jamais arrêté d'en lire. Pour ces derniers, cette passion a été mal vue pendant des années jusqu'à ce que les comics et les super-héros deviennent à la mode et donc "cool". De plus, l'adaptation de ses comics en film a légitimé cet art. Le public tend donc à changer et à s'élargir.

Aujourd'hui, le public présent dans les salles est varié. Hommes, femmes, jeunes et moins jeunes... les super-héros font le plein. Quelle en est la raison ? Qu'ont les super-héros qui les rendent si attrayants ?

Définition

Qu'entend-on quand on parle de super-héros ?

Étymologiquement, le super-héros est une personne dotée de pouvoir surhumain. Ces aptitudes hors du commun peuvent se traduire soit par une force physique très importante ou un pouvoir quelconque (invisibilité, télékinésie, rapidité... de nombreux pouvoirs dont sont dotés les super-héros). Certains héros comme Tony Stark ou Batman sont connus pour ne pas posséder de pouvoir mais ils peuvent cependant se fier sur leur intellect hors du commun.

Le trait commun à tous se trouve dans le courage dont ils font preuve pour faire face au danger. Ces personnes oeuvrent souvent sous couvert d'un alter-ego.

Cette définition reste cependant bien incomplète car le super-héros recèle beaucoup d'autres aspects.

Tout d'abord, il s'oppose toujours à un super-vilain. Ce dernier est l'ennemi du superhéros. Si tout comme lui, il est doté de pouvoirs extraordinaires, il n'a néanmoins pas les mêmes objectifs de paix et de protection de la vie humaine. Ainsi, il va mettre tout en oeuvre pour détruire la race humaine ou le monde tandis que le super-héros va mettre ses pouvoirs au service de la communauté et du bien. Le bien étant incarné par l'ordre établi c’est-à-dire les autorités, les lois et, plus généralement, la puissance publique incarnée par l’État. Ainsi, tous ceux qui vont à l'encontre de l'intérêt général sont les ennemis des justiciers.


Il est intéressant de voir que le super-vilain a été représenté pendant longtemps comme une figure affreuse et foncièrement antipathique. C'est pourquoi, en rétrospective, les premiers comics de Captain America mettant en scène entre autres les Japonais sont profondément racistes car ils représentent l'ennemi avec des traits grossiers et dégradants.

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De nos jours, les super-vilains ont un charisme beaucoup plus fort et sont même paradoxalement grandement appréciés par les fans. C'est d'ailleurs pourquoi, le couple Warner/DC Comics, va sortir en août 2016, le film Suicide Squad qui se concentrera entièrement sur les aventures d'une bande de super-vilains. Dans le cas de Marvel Studios, la frontière entre super-héros et super-vilains est parfois bien ténue.

Les deux meilleurs exemples se reflètent en la présence de Loki (ci-dessous à gauche) et de Bucky (ci-dessous à droite). Comme on peut le voir, les super-vilains sont aussi charismatiques que leurs ennemis.

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Loki, dieu de la tromperie, est le demi-frère de Thor. Ce faisant, il entretient une relation assez ambiguë avec le spectateur car on ne sait jamais où il se tient.

C'est également le cas de Bucky qui, suite à sa capture par des agents soviétiques, va se trouver conditionné en arme de guerre et va tuer de nombreuses personnes, dont les parents de Tony Stark.

Même les super-héros eux-mêmes peuvent devenir des super-vilains. Quand Hawkeye se fait contrôler mentalement par Loki, il commet des crimes contre ses propres amis. Lorsque Bruce Banner se transforme en Hulk, il est très difficile de canalisé ce dernier et des accidents arrivent comme dans Avengers 2 lorsqu'il détruit une partie de Johannesburg.

Ainsi, le MCU met en scène soit des êtres déshumanisés (comme les Chitauris venus d'une autre galaxie) pour lesquels le spectateur n'a pas d'attaches, soit des méchants établis (comme les nazis), soit des personnages où les spectateurs ne savent pas comment réagir face à ceux-ci (personnel politique, Loki, Bucky ou les super-héros).


Dans tous les cas, le super-héros est censé représenter un modèle pour les citoyens et la société qu'il défend. C'est peut-être l'un des rôles les plus importants pour ces derniers car ils doivent montrer l'exemple aux jeunes mais aussi, grâce à leurs exploits, les inspirer à devenir eux-mêmes des défenseurs d'un modèle idéal et pacifique de la société. C'est pourquoi ces films ont un rôle important car la morale qui en découle est que le bien triomphe toujours. Et même si le chemin pour arriver à cette victoire est long et ardu, il y a toujours une issue positive. Le cinéma hollywoodien a toujours eu à coeur de faire prévaloir le bien par toutes les façons possibles. Aussi, on se souvient du code Hayes, du nom du sénateur William Hayes qui en tant que président de la Motion Pictures Producers and Distributors Association, décréta une série de principe que les scénaristes devaient respecter pour voir leur film sortir en salle. Ce code qui eut effet entre 1934 et 1968 avait notamment trois règles majeures qui étaient de "ne pas rabaisser le niveau moral des spectateurs", "que la loi, naturelle ou humaine, ne doit jamais être ridiculisée" et que "sa violation ne doit pas susciter la sympathie"[32].

Par la suite, le code Hayes fut abandonné au profit de la classification que l'on connaît actuellement (Rated G, Rated PG, Rated PG-13, Rated R, Rated NC-17). Avec cette nouvelle classification, tous les scénarios sont désormais possibles (même si une comédie romantique à toujours de très grandes chances de se terminer par un mariage).

C'est d'ailleurs un point intéressant chez Marvel : leurs films, contrairement aux autres films de super-héros, se réfèrent moins à une vision manichéenne. Ils reflètent la vie telle que nous la connaissons, c'est à dire, malheureusement, bien plus compliquée qu'une distinction bien définie entre le bien et le mal.

Un symbole

Les éditeurs l'ont bien compris et ont donc à maintes reprises introduit de jeunes personnages pour permettre aux enfants de s'y identifier. L'exemple le plus flagrant reste le duo de Batman et Robin chez DC Comics (ci-dessous à gauche). Marvel n'est pas en reste avec Captain America et son jeune compère Bucky (ci-dessous à droite).

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Dans Captain America : First Avenger, James "Bucky" Barnes n'est plus un enfant puisque ce dernier est le meilleur ami d'enfance de Cap' et a donc le même âge que lui.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le MCU se veut résolument orienté vers un public plus mûr. Comme nous l'avons vu plus haut dans la partie esthétique, nombre de ses films sont assez sombres et traitent de sujets pas forcément destinés à un public juvénile.

Malgré tout, Marvel a quand même voulu inclure quelques figuration de cette relation adulte/jeune. C'est pourquoi, quelques adolescents ne vont pas, malgré leur jeune âge, hésiter à prendre une stature et des responsabilités d'adulte.

On retrouve ce cas dans le troisième épisode d' Iron Man avec le personnage de Harley Keener, un jeune de 12 ans qui va aider Tony Stark tout au long de l'opus. Il n'y aura jamais de remise en question de son statut d'enfant. Dès le début de leur rencontre, Tony se sert de Harley comme de son apprenti. Il lui demande d'aller lui chercher des objets pour l'aider dans sa quête, après avoir noué avec lui une sorte de pacte.

A de nombreuses reprises, le jeune garçon va se mettre en danger pour secourir le héros. Avant qu'Iron Man aille confronter son ennemi juré, le Mandarin, Harley supplie Tony Stark pour qu'il reste à ses côtés, ce dernier part laissant son nouveau coéquipier sur le bord de la route. On retrouve Harley quelques instants plus tard en train de manger des bonbons, lorsque le super-héros demande des nouvelles au garçon :

Tony : Harley, dis-moi ce qui se passe. Fais-moi un rapport. Harley : Bah ! Là je mange des bonbons. Alors, tu veux que je continue ? Tony : Tu en es à combien ? Harley : Deux ou trois bols. Tony : Tu vois toujours clair ? Harley : Oui, je crois. Tony : Tu vas très bien.

Le rapport à l'enfant est surprenant et intéressant. N'étant pas le responsable du jeune garçon, Tony Stark ne s'attarde pas à une quelconque répression de sa gourmandise et met plutôt en avant le rôle que le jeune garçon a eu pour l'aider en lui confiant de nouvelles responsabilités.

L'introduction du personnage de Spider-Man est aussi dans cette lignée avec un personnage lycéen qui doit jumeler sa vie de jeune adolescent, et les problèmes qui en découlent, avec celle de super-héros. Dans Civil War, c'est encore Iron Man qui va jouer un rôle dans la vie du jeune homme. Leur rencontre est assez déstabilisante pour Peter Parker qui n'ose pas avouer son côté surnaturel. Finalement, convaincu par le milliardaire, il va momentanément laisser sa vie paisible pour se retrouver au milieu d'une bataille assez dangereuse, malgré son âge et son statut de super-héros, bataille durant laquelle il va d'ailleurs se retrouver blessé.

Même si ces deux jeunes héros prennent part au MCU, la place qu'ils occupent n'en reste pas moins minime. Ainsi, peut-on encore dire que ces films sont destinés aux enfants quand ces derniers n'occupent pas une position aussi conséquente que les adultes et leurs soucis.

Avant de faire un point sur la part des femmes, des minorités et des LGBT, il semble important de s'arrêter un instant sur la morale et l'état d'esprit des personnages essentiels.

Les positions morales et la psychologie des super-héros

Tout d’abord, il est amusant de noter qu’il y a plus de super-héros notables chez DC Comics que chez Marvel[33]. Ce qui dénote toujours cette volonté de Marvel d'être proche des 33 questions sociales et du monde actuel.

Penchons-nous à présent sur les différents sujets en lien avec la psychologie de nos sauveurs. Tout d’abord, étudions la lutte des classes au sein du MCU. Pour ce faire, il est intéressant de voir l’interaction et les rapports de force qui s’opèrent entre les personnages.

Les interactions entre les super-héros

Lorsque l'on étudie les relations entre les personnages, on s’aperçoit d’une rivalité permanente notamment dans les films Avengers et Civil War. Et, paradoxalement, ce n'est pas la place de leader qui cause toutes ces discordes.

Divisés, nous tomberons...

Évidemment, lorsque l'on se penche sur les films du MCU, il est difficile de ne pas commencer par évoquer la rivalité opposant les deux enfants de New York aux destins diamétralement opposés.

Iron Man et Captain America, Tony Stark et Steve Rodgers, ces deux super-héros sont tous deux nés à New York mais leur point commun s'arrête ici.

Steve Rogers est né en 1918 à Brooklyn d’une mère infirmière et d’un père soldat. Suite à la mort de ses parents, il se retrouve orphelin contraint d'errer seul dans le Lower East Side, un quartier à la réputation peu flatteuse du temps du héros. Occupé majoritairement par des ouvriers, la pauvreté y régnait ainsi que la criminalité. On y retrouve d'ailleurs cette ambiance dans le premier opus lorsque Steve Rogers se fait tabasser dans une allée lugubre. Cependant, son meilleur ami Bucky l'aide à traverser ces épreuves.

Tony Stark a eu un tout autre destin. Ce dernier est le fils de Maria et Howard Stark, né à Manhattan en 1970. Il grandit dans l’ombre de son père et évolue dans un univers fortuné. Se faisant, le "génie, millionnaire, playboy, philanthrope" comme il se plaît à se définir, incarne la quintessence du capitalisme. Cependant, il reste seul, sans famille, ni ami. D'ailleurs, lors du premier épisode, le Dr. Yinsen, l'homme qui va lui sauver la vie, déclare : "Vous êtes un homme qui a tout... et rien à la fois."

Leur éducation et leur caractère sont donc aux antipodes l’un de l’autre. Ce qui se retranscrit nécessairement à l’écran par des divergences d’opinion.

Cette différence de convictions se traduit surtout dans le nouveau film Civil War. Cependant, comme ces questions concernent avant tout un point de vue politique, nous nous pencherons sur ce cas plus tard.


Comme nous le mentionnions plus haut, le statut de leader des Avengers ne semble pas poser de problème. Dans Avengers : L'Ere d'Ultron, lorsque Maria Hill déclare : "Le laboratoire est prêt patron", Tony Star répond : "[montrant Steve] Oh! En fait c'est lui le patron. Je me contente de tout payer, de tout concevoir et de rendre tout plus cool[34]". Techniquement donc, Captain America commande les Avengers d'un point de vue stratégique et Iron Man fait le reste. La raison réside surtout dans le fait que Tony Stark n'a pas besoin de s'imposer comme un leader car il n'est simplement le subalterne de personne. Dans Iron Man 2, on le voit se jouer des sénateurs devant lesquels il est auditionné. Il montre ainsi qu'il n'obéit pas au pouvoir. Dans ce même film, on apprend qu'il est censé être un simple consultant du S.H.I.E.L.D mais se révèle finalement être un membre essentiel des Avengers. Et malgré ce statut de membre d'une équipe, il ne juge pas nécessaire d'avertir ni de consulter ses compagnons et en secret il crée Ultron "par inadvertance".


Ainsi, il y a constamment une divergence d'opinions due à leurs caractères et à leurs éducations mais il n'y a jamais de dominateur. Chacun de ces deux super-héros est le reflet d'une certaine Amérique, reflet mais pas incarnation car chaque Américain peut se projeter dans un des deux personnages sans partager sa réussite sociale, son courage et son destin.

C'est sans doute le rôle des super-héros de permettre à ceux qui n'en sont pas de s'imaginer pour un moment ou durablement dans la peau du personnage en ayant pour but d'atteindre un jour cet "idéal". Steve Rogers, un nom assez commun porté par de nombreux Américains, aide sans doute à cette identification.


Donc, malgré les discordes décrites, les protagonistes du MCU n'en restent pas moins, paradoxalement, très unis. C'est d'ailleurs, l'un des principes de ces surhommes, outre incarner le symbole d'un idéal à atteindre, le super-héros est également un symbole d'unité.

… unis, nous nous relèverons

On constate que les héros sont partout surtout dans les mythologies. La mythologie dépasse le cadre des religions en intégrant également la civilisation et la culture du peuple qu'elle représente.

De nos jours, les héros sont absents des grandes religions (chrétienne, musulmane et juive) car elles se doivent d'être plus "moderne". Ainsi les héros ont laissé place à des saints et des dieux. Pour pallier ce manque, ce sont les arts (cinéma, littérature...) qui ont pris le relais dans la transmission des récits de héros.

Au sein de notre société, les gens agissant en héros sont récompensés, à juste titre. Cette médaille, en plus de récompenser leur bravoure, est généralement remise lors d'une grande cérémonie médiatisée pour pouvoir inspirer de la reconnaissance et de l'admiration à l'audience.

Ainsi, qu'il s'agisse d'Hercule dans la mythologie grec, de Sigurd dans la mythologie nordique, d'Arjuna dans la mythologie hindoue, de Kintaro dans le folklore japonais, de héros réel ou de fiction, peu importe les époques ou les continents, ces êtres courageux sont presque indispensables à la société comme symboles de rassemblement. Le but étant de faire en sorte que les citoyens se regroupent derrière un Homme qui va agir pour le bien d'un peuple.


Malgré les différences d'éducation et de milieu social, Clint Barton, un enfant élevé dans un cirque en Amérique peut tout à fait être le meilleur ami de Natasha Roumanoff, une espionne russe élevée dans une sorte de camp d'entraînement.

Tout comme, Bruce Banner, un médecin timide et ne cherchant pas la gloire, peut être le partenaire de Tony Stark, qui incarne l'excentricité et le narcissisme poussés à son paroxysme.

De plus, même entre galaxies différentes l'entente se fait, puisque Thor, un dieu de plusieurs centaines d'année, se bat au côté du soldat qui lui a perdu 70 ans et qui finalement reste l'un des plus jeunes membres de l'équipe.

L'unité chez les Avengers est représentée par deux plans séquences[35] qui constituent les deux plans les plus célèbres de la franchise. Dans les deux longs-métrages, ces plans séquences servent non seulement à nous montrer le rôle de chaque héros, et leurs interactions les uns envers les autres, mais aussi à nous montrer qu'ils oeuvrent tous pour un but commun. En effet, grâce au plan séquence, on a un lien qui se crée puisqu'il n'y a pas de coupure, ni de raccord. Ainsi, le spectateur peut apprécier l'équipe dans son ensemble et a donc le sentiment qu'ils fonctionnent comme une même entité. Tout autre type de plan n'aurait pas transmis le même message.

La meilleure preuve de cette union réside dans la lettre que Captain America fait parvenir à Iron Man à la fin de Civil War : "Si tu as besoin de moi, je serai là." Malgré leur désaccord, qui les mène jusqu'à l'affrontement, le bien commun l'emporte sur les petites querelles.

Les Avengers ne sont pas les seuls à être soudés. Malgré tous leurs déboires, les Gardiens de la galaxie, que tout sépare, se rassemblent pour la bonne cause. Gamora, kidnappée par le plus grand des tyrans, aurait pu vivre une vie de pouvoir auprès de son "père adoptif". Elle appartient en quelque sorte à l'aristocratie.

Drax, quant à lui, représente la classe populaire. Issu d'une race primitive, le grand guerrier a du mal à s'intégrer ne comprenant pas les métaphores, ni les expressions.

Pour ce qui est de Groot et de Rocket, le duo se complète dès le début. Même si ces deux "individus" sont des êtres intelligents ils n'en restent pas moins un arbre (Groot) et un raton laveur (Rocket). Outre la représentation du monde animal et végétal, ces deux personnages vivent en symbiose. Le raton laveur est d'ailleurs connu pour résider dans les forêts de l'Amérique du Nord. Ce n'est donc pas surprenant de voir Rocket souvent soutenu par Groot. De plus, Groot ne prononçant que trois mots ("Je s'appelle Groot"), Rocket fait le traducteur entre lui -avec son vocabulaire limité- et le reste de l'équipe.

Quant à Peter Quill, sa vie au sein du groupe des ravageurs, des pirates voleurs, fait de lui un homme sans attaches.

Et pourtant, tous ces personnages éclectiques arrivent à se rassembler et outrepasser leurs différences physiques, morales et affectives.

L'unité est donc le message premier de l'univers Marvel qui se retrouve jusque dans la forme de ce dernier puisque tous les films s'interconnectent.

Le double visage des justiciers

Les super-héros connaissent la pleine valeur de la vie puisque tous ont eu des expériences qui leur ont montré ce qu'il peut y avoir de plus cruel dans celle-ci. Ainsi, les justiciers nous offrent souvent deux visages : le visage public et celui privé.

L'un de leur devoir est de nous montrer comment l'on peut surmonter ces épreuves mais également donner des conseils sur la façon de gérer un drame.

Ils nous rappellent aussi qu'il n'existe pas de personnes infaillibles. En effet, aucun super-héros n'est épargné par le malheur puisque c'est généralement lors de cette épreuve que son alter-ego se construit. Marvel s’attache ainsi à faire devenir ses personnages plus humains.

Il est intéressant cependant de remarquer que les femmes ont souvent eu plus d'épreuves à surmonter que les hommes comme nous le détaillerons plus loin. A contrario, les hommes du MCU ont tous plus ou moins provoqué le sort qu'il leur a fait connaître les heures les plus sombres de leur vie.

Ainsi, Tony Stark, vendeur d'armes, égocentrique et narcissique, n'avait que faire d'être appelé "le marchand de mort" jusqu'à ce que son kidnapping lui ouvre les yeux sur les destructions qu'occasionnaient ses créations. Cette évolution est rare et se veut exemplaire. Elle a également une vertu pédagogique. En effet, il est utopique d'attendre des industries et des industriels un véritable sens moral (écologie, vente de produits nuisibles, d'armes, etc.) s'il est contraire à leurs intérêts économiques. Seuls le pouvoir politique et l'opinion publique peuvent pousser à cette prise de conscience de la production dans la moralité.

Bruce Banner s'engagea avec l'armée pour essayer de recréer le sérum dont a bénéficié Captain America. Après une multitude de test, il s'injecta la formule qui le transforma en Hulk.

Steve Rogers rêvait de rentrer dans l'armée, il essaya tous les moyens possibles quitte à tricher sur sa condition physique. Ainsi, il saisit sans hésiter l'opportunité de participer à une expérimentation secrète.

Scott Lang découvre que la société pour laquelle il travaille surfacturait ses clients. En rétribution, il dévoile l'affaire et détourne une partie de la fortune du P.-D.G. pour réparer les clients lésés. Pour ce fait, il passera trois ans en prison. Ce délit vient s'ajouter à d'autres cambriolages perpétrés par le passé. Ainsi, à sa sortie, en raison de son casier judiciaire chargé, il n'arrive pas à acquérir la rédemption au sein de la société où il est toujours perçu comme un ex-détenu. Lorsque l'opportunité de devenir Ant-Man se présente à lui, il la saisit pour retrouver un peu de crédit auprès de son ex-femme et gagner le droit de visite à sa fille. Nous aborderons plus largement cet aspect comparé entre morale individuelle et morale collective dans notre troisième partie.

Ainsi, même si son combat est juste, et que les erreurs arrivent, la justice existe pour que les citoyens ne se fassent pas vengeance eux-mêmes. C'est pourquoi il doit, même si ses actions sont louables, en assumer les conséquences.

Ces hommes ont donc tous plus ou moins choisi leur sort. Néanmoins, peu d'entre eux aurait pu prévoir les conséquences d'une telle vie. En effet, le fait de mettre un costume ne détermine pas une vie de laquelle on se sépare lorsque qu'on ôte cet attirail.

Il est vrai que les costumes intégraux, comme par exemple celui d'Iron Man ou de Spider-Man ont toujours eu l'avantage de régler les problèmes de diversité, de genre et d'orientation sexuelle. Puisque sous un masque, impossible de déterminer la vraie nature d'un super-héros.

Cependant, il est intéressant de voir que pour les héros du MCU, leur identité n'est pas un secret. Tout le monde connaît l'identité des Avengers. Ils n'ont pas peur de leur statut, ils l'assument. Cependant, si leurs identités, celle de leur alter-ego et leur propre identité, sont dévoilées, ce n'est pas pour autant qu'ils laissent paraître leur faiblesse aux yeux du monde.

C'est sans doute pourquoi, la dépression est un sujet récurrent qui touche beaucoup d'entre eux. On apprend, entre autre, que Bruce Banner a déjà essayé de se suicider pour se débarrasser de Hulk. Le monstre vert impose beaucoup de contrainte au docteur. Ce dernier est obligé de suivre des règles de vie strictes. Ainsi, il se contraint à se couper du monde pour ne pas risquer la vie d'autres personnes. Il ne peut pas non plus avoir de relations sexuelles (l'accélération du coeur faisant apparaître Hulk), ni d'enfants (son sang étant contaminé par la radioactivité). Il se retrouve donc privé d'une partie de son existence.

Tony Stark, "l'homme qui a tout et rien à la fois" se laisse submerger par les crises d'angoisse et par la dépression comme on le découvre tout au long du troisième opus d'Iron Man. Dans Civil War, ses décisions sont basées sur l'émotion causée par un moral affecté par l'accumulation d'événements. Ainsi, après ses crises de panique, la création du robot destructeur Ultron (Avengers 2) et la rupture avec Pepper Potts, sa petite amie (Civil War), c'est sans grande surprise que la confrontation avec une mère l'accusant de la mort de son fils déclenche en lui la prise d'une position qui ne lui ressemble pas.

Au vu des différents films, il n'est pas incongru de diagnostiquer chez Tony Stark une dépression bipolaire, une maladie psychologique qui alterne entre deux phases : une phase d'épisode dépressif profond (tristesse, abattement, autoaccusation...) et une phase d'agitation maniaque (idées de grandeur, multiplication des projets, très grande agitation, mégalomanie...)[36].

Ce type de dépression reste peu commun mais la maladie (toutes formes confondues) touche 350 millions de personnes dans le monde selon un rapport de l'OMS datant de 2016[37]. La dépression est donc un phénomène très répandu de nos jours, surtout dans les pays les plus riches. Si les spectateurs ne s'identifient pas à Tony Stark lorsqu'il se confronte à un supervilain qui tente de le tuer, ils peuvent peut être plus facilement comprendre les angoisses qui le submergent et voir les solutions qui s'offrent à lui pour essayer de s'en sortir.


On voit donc que Marvel n'hésite pas à évoquer le passé troublé des personnages grâce à une profonde introspection dans leur psyché. A travers ces problèmes, on assiste à un reflet des troubles qui rongent la société.

Après avoir étudié l'aspect psychologique et moral, nous allons ajouter un sujet à notre analyse : l'aspect social. Qu'en est-il pour la représentation des genres au sein de la société ? La femme a-t-elle une place dans ce monde dominé par les hommes.

La place de la femme

Les femmes s'intéressent de plus en plus au monde des super-héros. Ce changement intervient après la démocratisation du milieu geek. En effet, cette tendance, un temps réservé à un public à majorité masculine, attire de plus en plus de femmes qui n'ont plus peur d'admettre leur attrait pour cette culture.

Même si aucun sondage précis et officiel n’a été réalisé sur le pourcentage de femmes intéressées par le milieu des super-héros, une étude réalisée par le site Graphic Policy avance le chiffre de 46% de femmes fans de comics aux USA[38]. Ce chiffre fut obtenu après analyse 38 du profil des personnes ayant "aimé" les pages Facebook relatives aux comics. Ainsi, parmi les plus de 24 millions d'utilisateurs recensés, 11,2 millions sont des femmes. Et même si on peut considérer cette méthode comme peu fiable, le résultat reste tout de même révélateur d'une tendance. Il est incontestable que le nombre de femmes présentes aux conventions a augmenté. En effet, près de 40% du public présent aux deux plus grandes conventions de comics du monde (San Diego Comic-Con[39] et de New York Comic-Con[40]) étaient des femmes.

Par ailleurs, certains chiffres avancent le nombre de 30 à 50% de femmes qui lisent des comics. Cette tendance semble croître puisque selon une enquête publiée en juin 2015 par Publishers Weekly, les femmes âgées de 17 à 33 ans représentent le public de comics qui augmente le plus[41]. C'est pourquoi, on peut donc extrapoler que ces mêmes 30 à 50% de femmes se retrouvent dans les salles de cinéma. En outre, de nombreuses femmes ne lisent pas les comics mais peuvent vouer une passion aux super-héros sur le grand écran.

Qu'en est-il pour les super-héroïnes sur le papier ?


Comme nous l'avons vu plus haut, le recensement des super-héros et des personnages annexes est rendu difficile en raison du nombre d'univers présents chez chaque éditeur. Un même protagoniste peut avoir plusieurs vies narratives et donc peut être compté comme un individu différent. Néanmoins, on recenserait près de 8 000 super-héros chez Marvel.

Pour avoir une idée précise du pourcentage de personnage féminin au sein de la Maison des Idées, nous avons pris la liste des personnages disponibles sur le site officiel de Marvel[42]. Cette liste, loin d'être exhaustive, compte 1118 noms de personnages différents (en excluant les doublons dus aux différents univers). Il en ressort que 805 sont des hommes et 313 sont des femmes soit 28%. Un chiffre qui semble rejoindre celui trouvé par Walt Hickey du site fivethirtyeight.com. Ce dernier a dénombré plus de 16 376 personnages (super-héros, supervilains et autres) chez Marvel. Pour arriver à ce chiffre, il n'a pris qu'un seul univers, Earth 616, le plus vaste, et a répertorié chaque être. Ainsi d'après le résultat obtenu[43], 24,7% seraient des femmes. Si le chiffre peut sembler faible, le graphique ci-dessous semble néanmoins beaucoup plus optimiste car depuis les années 80, le pourcentage de femmes dans les comics ne cesse de croître.

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Les super-héros sont donc de plus en plus une affaire de femmes et cela se ressent dans les films.

L’évolution de la femme dans les films Marvel

Le super-héros est le rêve de tous les petits garçons, mais qu’on le veuille ou non, grâce aux films Marvel, ils sont en passe d’être le rêve de nombreuses petites filles. De plus en plus de justicières voient le jour sur le grand écran reléguant les hommes au rôle d’acolyte ou de petit ami de la protagoniste.

Les super-héroïnes

La première femme à avoir marqué de son empreinte les films Marvel a été Scarlett Johansson. Une femme habituée d'Hollywood depuis son enfance. De plus, elle a prouvé depuis son plus jeune âge qu'elle avait le talent d'incarner des rôles principaux d'importance (Lost in Translation, Lucy, L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux). Au fil des ans, l'actrice qui n'apparaissait qu'en tant que personnage secondaire a su se démarquer pour incarner des femmes fortes. Dans Avengers, elle joue certes une super-héroïne qui reste un peu plus en retrait qu'Iron Man ou Captain America mais néanmoins elle est la seule femme à faire équipe avec cinq hommes.

La première apparition du personnage a été dans Iron Man 2. Elle y incarne une séductrice avant de révéler sa vraie nature d'agent du S.H.I.E.L.D. C'est avec le film Avengers que Black Widow (La Veuve Noire) a pris une dimension plus importante. Tout d'abord, on a découvert beaucoup plus d'aspects de sa personnalité et on a pu voir l'étendue de ses talents.

Le personnage a grandement contribué à amener un public féminin dans l'univers Marvel. En effet, sa prestation a inspiré de nombreuses jeunes filles qui pouvaient enfin avoir une idole extraordinaire comme on peut le voir avec ces femmes qui se déguisent comme leur personnage préféré.

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La Veuve Noire a également ouvert la voie à d'autres personnages féminins. En 2014, Gamora, incarnée par Zoe Saldana, se fait connaître du grand public en tant que membre des Gardiens de la galaxie. L'actrice qui incarne le lieutenant Nyota Uhura dans Star Trek a également l'habitude des personnages à fort caractère. On remarque d'ailleurs que le personnage est au premier plan sur l'affiche, signalant ainsi son importance Annexe 2.

Ces deux personnages ont reçu un très bon accueil et ont donc montré à Marvel que le public était friand de personnages féminins. Cela a donc déclenché une vague de personnages féminins comme l'introduction de Waps dans Ant-Man ou de Scarlet Witch dans Avengers 2. Cependant, les femmes du MCU ne se comptent pas que parmi ses quatre femmes sinon la domination masculine serait très conséquente.

Des rôles pas si secondaires que cela

Chaque franchise implique un super-héros mais ce n'est pas tout. En effet, ce dernier ne serait rien sans un ou une partenaire pour le soutenir. Dans le MCU, de nombreuses femmes tiennent ce rôle décisif dans la vie du justicier.

La première fut Pepper Potts, assistante de Tony Stark, elle va, au fil des trois longsmétrages, imposer son caractère. Elle est ainsi la seule à pouvoir tenir tête à son excentrique patron.

Le playboy l'a nommée pour lui succéder à la direction de Stark Industries, une des entreprises les plus prolifiques du pays. Et, finalement, dans le dernier opus de l'homme de fer, Pepper est celle qui sauve la vie de Iron Man et qui élimine le méchant.

Dans Captain America, Peggy Carter est celle qui va tout changer pour le héros. Son caractère bien trempé est encore une fois nécessaire pour s'imposer face à la carrure du soldat au bouclier. Elle n'hésite pas à lui mener la vie dure et même à lui tirer dessus. Le plus extraordinaire est de voir qu'à la suite de ce film, le personnage ayant tellement séduit le public qu'elle décrocha une série pour raconter ses exploits. Dans Agent Carter, l'espionne doit ainsi lutter contre le sexisme dont étaient victimes les femmes dans les années 40.

Dans Thor, Jane Foster est celle qui introduit le dieu au monde terrien. Même si elle demeure la femme la plus en retrait de la franchise, elle reste une des astrophysiciennes les plus respectée au monde. L'astrophysique étant un domaine de la science qui reste très masculin, en s'imposant dans ce milieu, elle montre sa force de caractère.

Tandis que Maria Hill vient compléter ce panel. En assumant le rôle de sous-directeur du S.H.I.E.L.D., auprès de Nick Fury, elle est, par extension, la deuxième personne la plus puissante de l'organisation.

Et, finalement, après toutes ces incursions féminines dans un milieu à dominante masculine, la plus importante des présences d’une super-héroïne interviendra en 2019 avec la sortie du film Captain Marvel qui sera la première super-héroïne à avoir son film solo. Ce long métrage sera l'indicateur le plus sérieux pour savoir si la Maison des Idées a su, ou non, développer un personnage fort de la trempe de Gamora ou de Black Widow. Si Captain Marvel réalise un bon score alors la firme sera dans l’obligation de poursuivre dans ce sens.

D'ailleurs Adam McKay, co-scénariste d’Ant-Man, a déclaré "il y a énormément de super-héroïnes chez Marvel, et vous les verrez certainement devenir bientôt beaucoup plus présentes[44]".

D’ores et déjà, Kevin Feige a annoncé avoir comme projet, dans la Phase 4, de faire un film solo pour Black Widow. En effet, ce dernier a déclaré lors d'une interview : "Des personnages que vous avez mentionnés, je dirais sans hésitation que créativement et émotionnellement, le personnage que nous sommes les plus enclins à faire est Black Widow.[45]"

On voit que cet engouement semble déjà avoir lieu sur le petit écran avec le succès de Jessica Jones qui va avoir une deuxième saison tout comme Agent Carter qui a également eu droit à une deuxième saison alors que cette série ne devait comporter au départ que huit épisodes.


On constate donc une évolution progressive des mentalités dans les films Marvel qui reste malgré tout un peu lente. Ce retard est dû à un homme, et pas des moindres, le P.-D.G. de Marvel Entertainment : Ike Perlmutter qui n’est pas le meilleur ami des femmes comme le prouve ce mail révélé pendant l’affaire du SonyLeaks intitulé "Female Movies"[46] dans lequel il détaille chaque film fait sur une super-héroïne en les qualifiant de "très très mauvais". Certes ces films étaient loin d'atteindre de haut standard mais ce n'est pas une raison pour condamner tous les personnages féminins. De plus, il est également responsable de la noncommercialisation de jouets à l'effigie de Black Widow[47].

Cependant, ce dernier s'est vu coupé tout lien avec Marvel Studios lorsque le studio fut transféré sous l'autorité de Walt Disney Studios. Ainsi, Kevin Feige agit désormais en toute liberté.

Étudions à présent les dames qui rendent ces films un peu moins "testostéronnés".

L'aspect physique

Tandis que de nombreux acteurs et actrices saluent la présence croissante de superhéroïnes, Jessica Chastain a déclaré avoir un problème avec la façon dont elle voit les superhéroïnes. Notamment sur le fait qu’elles soient "des femmes qui déchirent, à l'allure très sexuelle[48]". Mais a contrario, les super-héros ne sont-ils pas aussi de beaux hommes à l'allure de mannequin ? Lorsque l'on observe le rôle de Chris Hemworth (Thor) dans ses deux films, on se rend compte que l'acteur, élu l'homme le plus sexy au monde en 2014, est dans chaque long-métrage torse nu. On peut donc examiner cette question dans le sens inverse. Tout comme on peut supposer que l'homme se fait également rabaisser au statut d'objet sexuel.

Les super-héroïnes ne sont pas que de simples stéréotypes de belles femmes. Il est vrai que pour un non-amateur de comics, c'est évidemment la première impression que l'on peut avoir. Par exemple, si l'on se cantonne à observer Black Widow, la première super-héroïne chez Marvel Studios, on se retrouve face à Scarlett Johansson, loin d'être la plus disgracieuse des actrices. Néanmoins, son jeu et son physique se prête à son rôle, celui d’une séductrice, qui ne l'oublions pas, est le fondement même de son personnage. En effet, cette dernière, comme son nom le suggère, est inspirée de l'araignée, la veuve noire. Le nom de l'animal est dû au fait que la femelle mange le mâle après l’accouplement. D'où le parallèle avec la femme fatale, qui attire les hommes. C'est pourquoi, il est nécessaire que la personne soit physiquement plaisante.

En tout état de cause, il faut bien reconnaître qu'il n'y a pas d'actrice au physique disgracieux à Hollywood, ou du moins, c'est rare.

C'est d'ailleurs, un phénomène qu'on trouve de plus en plus dans notre société. En effet, si le sexisme peut être considéré en retrait comparé aux années 40, la beauté reste toujours un facteur important dans notre culture et la plastique des femmes est souvent privilégiée à leur intelligence.

Pour en revenir aux actrices du MCU, il est important d'ajouter que toutes les justicières ne se ressemblent pas car leur aspect et leur origine varient.

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Le cas le plus flagrant est représenté par Gamora. Il y eut une petite particularité pour ce rôle puisque la super-héroïne impose à Zoe Saldana de se recouvrir de peinture verte cachant ainsi sa peau mulâtresse, faisant ainsi prévaloir son rôle de femme avant celui de personne de couleur. Et, finalement, en étant la seule personne de couleur verte dans Les Gardiens de la galaxie, on peut y aussi voir un signe de représentation de diversité.

En ce qui concerne la tenue des super-héroïnes, elle est plus ou moins adaptée de la représentation faite dans les comics. On constate globalement que la tenue a évolué pour être en adéquation à notre époque et à notre mode.

Le personnage de Scarlet Witch arbore un costume abandonnant toute l'esthétique du personnage des comics. On y découvre alors une héroïne avec un style, rock chic, très ancré dans la mode de nos jours et qui ressemble à une ado normale.

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Black Widow a également vu son costume actualisé pour atténuer le côté aguichant. Ainsi, le décolleté plongeant et la combinaison en vinyle ont laissé place à un décolleté plus modéré et une matière de combinaison plus épaisse et robuste qui correspond plus au style espion.

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Le deuxième cas intéressant intervient dans Ant-Man. La mère de Hope, Janet Van Dyne, la "Wasp" originelle, est vue avec son mari dans le même costume. Un fait surprenant car le personnage est censé avoir sa propre tenue, celui d'une guêpe, que l'on voit d'ailleurs à la fin du long-métrage. Grâce à cette scène, on a l'impression que les deux personnages sont sur un pied d'égalité. Un fait qui semble se confirmer quand on sait que le deuxième opus sera intitulé Ant-Man and The Wasp. On peut donc imaginer que dans cette suite, les deux héros auront un rôle tout aussi important et pourquoi pas, le même temps à l'écran.

On constate également des changements au niveau de la mise en scène. Les réalisateurs n'ont pas donné le même rendu au personnage surtout dans le cas de Black Widow qui n'a jamais eu le même réalisateur. Ainsi les metteurs en scène d’Iron Man 2, d’Avengers et de Civil War n’ont pas eu la même vision de la Veuve Noire. Dans Iron Man 2, la chorégraphie de la bataille nous fait penser à une danse. On a de nombreux plans pris en plongée totale, qui offrent une vue sur un mouvement qui ressemble à une pirouette. De plus, lors de cette bataille, l'espionne se sert pratiquement que d'objets pour neutraliser ses ennemis. Or, dans la scène d'introduction de Black Widow dans Avengers, elle parvient à éliminer trois ennemis tout en étant attachée à une chaise et juste grâce à ses performances en arts martiaux. Cette bataille a un côté beaucoup plus rude et plus masculin que ce qu'on a découvert dans Iron Man 2. De plus, l’héroïne n'oublie pas de reprendre ses talons hauts juste après, comme si elle reprenait sa féminité, mise de côté pendant la confrontation.

Le réalisateur des deux épisodes Avengers, Joss Whedon, qui comme nous l'avons vu est féministe, est pour beaucoup dans la présence accrue de Black Widow.

Jon Favreau, réalisateur d' Iron Man 2 a choisi de mettre en avant le côté vulnérable de Black Widow alors qu'on la découvre en réalité plus que performante. Ainsi, dans de nombreuses scènes, les hommes et en particulier le garde du corps, Happy (incarné par Jon Favreau), agit d'une façon machiste. Lors de la première scène, Tony demande à Happy de donner à Natasha un cours de boxe. Sur le ring, il la prend de haut en lui demandant si elle a de l'expérience dans les sports de fitness et non de combat. Ce dernier ne la voit que comme une assistante sans défenses. L'espionne va alors lui faire une prise et emmener le grand gaillard au sol. Il répond alors : "j'ai glissé". Plus tard, bien qu'ayant vu ses talents, Happy prend le volant et rentre en premier dans un immeuble pour la protéger.

Joss Whedon, lui, préfère montrer une femme dont on ne questionne ni la féminité, ni ses aptitudes, apportant ainsi une avancée notable pour Black Widow.

A contrario, sur le personnage de Pepper Potts, interprété par Gwyneth Paltrow, Jon Favreau n'hésite pas à en faire une femme au caractère fort qui repoussera à de nombreuses occasions les avances du milliardaire. Tandis que Shane Black, en fait une femme plus maquillée, plus séductrice pour coller à l'image de femme fatale du film noir.

Bien sûr, le physique n’est qu’une façade. On reconnaît un vrai héros à son comportement. C'est pourquoi, outre leur force physique, qu'elles prouvent à maintes reprises, elles possèdent également une force intellectuelle et morale.

L'aspect moral

Les traumatismes subis

Black Widow n’est pas seulement une super-héroïne grâce à ses pouvoirs mais également par les traumatismes qu’elle a dû surmonter dans son enfance. Ce trait est commun à tous les héros mais aussi à toutes les héroïnes Marvel. En effet, elles ont toutes rencontré des difficultés qui les ont rendues plus fortes. Comme si, outre leurs pouvoirs, elles avaient aussi prouvé être des héroïnes dans la vie courante grâce aux épreuves surmontées.

On peut sans aucun doute dire que ces traumatismes sont bien plus grands chez les femmes que chez les hommes. Elles ont déjà toutes le point commun d'avoir perdu un ou leurs deux parents à un très jeune âge.

Commençons par Black Widow dont la première épreuve arriva très tôt dans sa vie lorsqu'elle fut kidnappée pour être destinée à devenir une tueuse. Au sein de la Chambre Rouge, l'entraînement qu'elle subit ressemble à de la torture. Comme on l'apprend dans Avengers : L’Ère d'Ultron, la cérémonie clôturant l'entraînement consiste à stériliser les jeunes filles. On lui a donc retiré une part de sa féminité.

Par la suite, pendant de nombreuses années, elle joua de ses atouts et de son entraînement pour tuer les cibles qu'on lui ordonnait d'éliminer. Ce n'est que lorsqu'elle fut secourue par le S.H.I.E.L.D. que la tueuse retrouva un semblant d'existence.

Gamora connut un destin similaire quand elle fut elle aussi kidnappée par Thanos après que ce dernier eut tué ses parents et tout son peuple. Son ravisseur la garda et l'éleva comme sa fille. Au fil des années, il la modifia cybernétiquement pour qu'elle devienne une arme mortelle. Cependant la rancoeur ne la quitta pas et c'est pour cette raison qu'elle rejoignit les Gardiens avec la mission de tuer son bourreau.

L'histoire de Wanda Maximoff, Scarlet Witch, diffère des comics. Ainsi, cette dernière a une histoire personnelle plus moderne car elle est une victime de guerre. Alors qu'elle était à table avec ses parents et son frère jumeau, un obus vint détruire leur immeuble. Leurs parents moururent dans l'effondrement. Les jumeaux se cachèrent alors qu'un autre obus s'abattit sur eux. Ce dernier, provenant de Stark Industries, n'explosa pas et ils durent attendre deux jours sans bouger que les démineurs arrivent.

Suite à cet incident, elle voua une haine à l'homme de fer qu'elle tint pour responsable de la mort de ses parents. Elle accepta donc d'être modifiée génétiquement pour acquérir ses pouvoirs.

Enfin Hope n'eut "que" le malheur de perdre sa mère qui entraîna une rupture avec son père. Malgré tout, nous ne connaissons pas encore bien le personnage qui devrait se développer plus dans Ant-Man et la guêpe.


Ces femmes furent forgées par non pas un mais plusieurs événements jalonnant la vie de ces super-héroïnes qui, finalement, outre Scarlet Witch, n'ont pas tant de pouvoirs que ça puisque dans le cas de la Veuve Noire et de Gamora il ne s'agit simplement que d'agilité et du maniement des armes. Hope, quant à elle, n'a aucune formation.

Si l'on compare aux épreuves subies par les hommes, sujet que nous avons abordé plus haut, ces messieurs ont plus ou moins choisi leur destin. Tony Stark choisit de devenir Iron Man. Steve Rogers choisit de faire partie de l'expérimentation. Bruce Banner décida d'expérimenter le fruit de ses recherches sur lui-même. Or, aucune des filles n'a choisi son destin. Pour deux d'entre elles, elles se font kidnapper car elles étaient jeunes et faibles.

Et finalement de tous ces traumatismes naquit une force qui firent d'elles les femmes qu'elles sont aujourd'hui. Des femmes qui, outre de choisir désormais leur vie, ont le désir d'affirmer leurs rôles social et moral.

Ce qui ne tue pas rend plus fort[49]

Sherrie Inness trouve que dans les longs-métrages "même les femmes les plus fortes sont représentées moins fortes et efficaces que les hommes forts[50]". Une déclaration qui n'est pas tout à fait vrai pour le MCU. En effet, Black Widow et Gamora jouent un rôle majeur et même déterminant dans les films où elles sont présentes. Ainsi, lorsque Black Widow se retrouve face à face avec Loki, l'ennemi des Avengers, l'espionne se joue de leur adversaire. Loki se permet d'insulter et de sous-estimer la jeune femme, qui lui fait croire que ses paroles l'ont atteinte. Ce dernier en voulant asséner un dernier coup verbal à la jeune femme va par la même occasion donner la clé de l'intrigue. De plus, dans Avengers, c'est elle qui ferme le portail clôturant ainsi la bataille avec les Chitauris, la race d'aliens qui détruit New York.

Lors du deuxième Avengers, son personnage fit débat car beaucoup la trouvait moins percutante malgré le fait que Joss Whedon restait aux commandes. Néanmoins, ce changement est dû en partie à l'influence d'Ike Perlmutter qui a beaucoup interféré dans le déroulement du film. Suite au long-métrage, Joss Whedon a annoncé qu’il s’écarterait de Marvel après cinq années passées à superviser les films et les séries, pour se consacrer à ses projets.

Dans le dernier Marvel, Civil War, Natasha Romanoff se range du côté d'Iron Man. Néanmoins, elle va aussi contribuer à aider l'équipe de Captain America devenue hors la loi. Normalement, toute personne aidant les fugitifs, se retrouve en prison. C'est pourquoi, tous les membres de l'équipe du soldat se retrouvent enfermés à la fin du film.

Quand Tony Stark lui dit à la fin du film : "Ils vont venir vous arrêter". Elle lui répond : "Si j'étais à leur place, je ne m'y risquerais pas." Elle est la seule qui déroge à cette règle car elle a le pouvoir de l'outrepasser.

Dans les Gardiens de la galaxie, Gamora est plusieurs fois traitée de "salope" mais ça ne choque personne. Drax, qui l'insulte de "salope verte", semble utiliser ce mot sans en comprendre le sens. Gamora ne semble pas affectée et ne réagit pas. Cette insulte comble du sexisme est un juron souvent utilisé par les hommes pour dégrader les femmes qui sont très souvent victimes de harcèlement comme le montre cette étude qui révèle que "100% des utilisatrices de transports en commun y ont subi au moins une fois dans leur vie du harcèlement sexiste ou une agression sexuelle[51]". Ce triste rapport montre à quel point le 51 phénomène est fréquent et ne choque pas. Paradoxalement, c'est plutôt le leader de l'équipe, Peter Quill, qui répondrait à ce qualificatif puisque l'on apprend tout au long du film que le cher héros a amassé une collection importante d'ex petites-amies. Malgré tout, si on ne le traite pas de la sorte, c'est que l'insulte devient beaucoup plus péjorative lorsqu'elle s'adresse à un homme car elle prend également une connotation homophobe.

Par la suite, la jeune femme verte incarne complètement l'opposé car lorsque Star-Lord essaye de l'embrasser, alors qu'il ferme les yeux en pensant que son charme va opérer une fois de plus, elle sort un couteau et le menace.?

Suite aux épreuves qu'elle a subies, elle ne peut plus faire confiance à personne c'est pourquoi elle reste toujours sur ses gardes, du moins jusqu'à ce qu'elle découvre la vraie nature de ses nouveaux amis.

Cette force se manifeste tout au long du film où elle va, au moins une fois, prendre le dessus sur chacun des membres de son équipe.


Sur le plan moral, il n'y a que Wanda Maximoff qui reste en dessous de ses ainées. Son manque de présence ainsi que son âge, une vingtaine d'années, contribuent à la mettre en retrait. L'équipe s'emploie à la former.

Dans Civil War, le pouvoir de Scarlet Witch est tel qu'elle ne le maîtrise pas, détruisant un immeuble et déclenchant la discussion sur le besoin de superviser les super-héros. Son erreur coûtera la vie à des dizaines de victimes et lui valut d'être confinée dans le quartier général des Avengers avant de s'en enfuir pour finalement terminer en prison.

Elle est donc toujours dépendante des hommes quand les autres ont su s'affranchir de ce "joug". Néanmoins, il se peut que le personnage prenne de l'envergure dans les prochains films. En effet, dans le comics Avengers Disassembled, paru en 2004, cette dernière est responsable de la destruction de l'univers et de la mort d’une partie des super-héros Marvel. Or, on imagine difficilement, dans l'état actuel, ce personnage dans ce rôle.

Dans un article[52], cette féministe défend la thèse que le dernier opus de Thor, Thor : Le Monde des ténèbres, fait offense aux femmes car l’antagoniste, Malekith, y tue le seul personnage féminin qui possédait des responsabilités. Or, je pense que la thèse n’est pas juste.

Dans Avengers, l'agent Coulson meurt et donne une raison aux Avengers de se retrouver. Ici, c'est la même configuration, Frigga, la mère de Thor, meurt et, en conséquence, Loki, le demi-frère démoniaque de Thor, accepte de se joindre à lui pour venger leur mère.

Sa mort a donc une importance et un impact fort sur l’histoire. De plus, outre le fait qu’elle motive les deux frères à se battre côte à côte, sa mort va aussi affaiblir le roi qui, taraudé par la tristesse, se verra subtiliser la place par son fils Loki.

A noter également que Thor est la franchise qui met en scène le plus de femmes (Jane, Darcy, Sif).


Les femmes du Marvel Cinematic Universe, en particulier Black Widow et Gamora, ont un rôle prépondérant dans les films où elles apparaissent. Et même, s'il reste incontestablement une domination masculine, il est important de noter que ces dames se font de plus en plus présentes sur le grand écran. Il est d'ailleurs intéressant de noter que Scarlett Johansson est payée autant que ces deux collègues masculins, Chris Evans et Chris Hemsworth[53].

Enfin, il faut noter qu'il n'y a pas de femmes de couleur dans le MCU, du moins, pas encore. Et même si Zoe Saldana, actrice afro-américaine, est présente dans l'univers Marvel, elle ne représente pas les minorités puisque son personnage, Gamora, a la peau verte. Seule femme issue des minorités, Claudia Kim, actrice sud-coréenne, qui interprète le docteur Helen Cho dans Avengers 2. Cependant, son rôle se cantonne à celui d'un second rôle. Ce statut fut pendant de nombreuses années la "chasse gardée" des minorités.

La place des minorités dans le MCU

Hollywood est bien connu pour son manque de diversité. La part des acteurs d'ethnies différentes est cruellement sous représentée dans l'industrie cinématographique. Dans les séries télévisées, on constate qu'il y a souvent des quotas pour inclure au moins une femme et un membre issue d'une minorité dans la production (exemples non exhaustifs : Ziva dans NCIS, Javier Esposito dans Castle, Teal'c dans Stargate SG-1).

D'ailleurs, cette question n'épargne pas la France qui n'est pas un modèle dans ce domaine.

L'émergence d'un changement : la fin de l’acolyte ?

Pendant des années, le MCU a souffert cruellement d’égalité au sein de leur film. Les acteurs issus des minorités n’ayant qu’un rôle d’acolyte.

Le premier acteur noir apparut dans le premier long-métrage Marvel. Terrence Howard y incarnait le lieutenant James "Rhodey" Rhodes connu pour être également le super-héros War Machine. Cependant, sa présence fut minime et ne joua pas un rôle décisif dans l'histoire. Il n'assuma d'ailleurs pas le rôle de War Machine dans le premier opus. L'acteur quitta l'aventure et fut remplacé par Don Cheadle jusqu'à aujourd'hui.

A noter qu'Ike Perlmutter, toujours le même, a fait remarquer à l'ancien directeur des produits de consommation Disney, Andy Mooney, à propos du changement d'acteur, que personne ne verrait la différence car les personnes noires "se ressemblent toutes[54]". A cause du manque de preuves, aucunes poursuites ne furent engagées envers Ike Perlmutter pour cette insulte raciste. Cependant, outre cette déclaration, le départ d'Andy Mooney et de trois femmes afro-américaines du même département montre l'état de la situation chez Marvel à cette époque.

Ci-dessous, on peut voir War Machine (photo de gauche) derrière Iron Man, tout comme Falcon (photo de droite) qui se place en retrait de Captain America. L'illustration typique de l'acolyte qui assure les arrières du héros sans lui voler la vedette.

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Au fil de ces épisodes, ces personnages ont pris de l'ampleur sur le grand écran mais aussi dans le coeur des fans. Ces derniers ont commencé à avoir leurs propres produits dérivés affirmant ainsi leur place en se détachant de leurs compagnons.

C'est à partir d' Avengers : L'Ère d'Ultron, et notamment à la conclusion du film, que ces deux héros prennent leur envol. On les voit prendre une part essentielle de ce qui constitue une nouvelle grande équipe qui sera formée par Black Widow et Captain America.

Outre ces deux personnages, il y a surtout un homme qui a toujours eu une aura particulière sur les films Marvel : Nick Fury.

L'autorité du MCU : Nick Fury

L'histoire de ce personnage est très intéressante. C'est en 1963, que le chef de commando, Nick J. Fury fit son apparition dans Sgt. Fury and his Howling Commandos #1 créé par Jack Kirby et Stan Lee.

A l'époque, le personnage caucasien était représenté cigare aux lèvres avec un bandeau de pirate.

En 2000, Marvel décide de lancer un nouvel univers, baptisé Ultimates, ayant pour but de réactualiser les personnages et leurs histoires. En 2001, ce fut au tour de Nick Fury d'apparaître dans cet univers. Le changement fut radical : Nick Fury devint afro-américain.

Si dans le premier numéro, il apparut comme un homme banal, ce ne fut pas le cas pour sa deuxième apparition en 2002 dans The Ultimates #1. En effet, le dessinateur Bryan Hitch lui donna le physique d'un acteur bien connu : Samuel L. Jackson.

Lorsqu'il fallut lancer l'univers Marvel sur grand écran, le choix pour incarner le directeur du S.H.I.E.L.D. fut tout trouvé. Samuel L. Jackson accepta la proposition et fit sa première apparition dans la scène après générique d' Iron Man en 2008.

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Il apparut dans sept des treize films du MCU. Il incarna dans un premier temps la figure autoritaire, en tant que directeur du S.H.I.E.L.D. mais après la chute de celui-ci, il perdit son rôle et son pouvoir. Néanmoins, il resta toujours proche de l'équipe des Avengers qu'il a luimême mis des années à mettre en place. Ainsi, lors de ses apparitions, il incarne plutôt la figure paternelle. C'est également lui qui soude l'équipe grâce à ses conseils, il remet l'équipe dans le droit chemin face à la menace du robot Ultron.

Nick Fury eut toujours un rôle de médiateur entre les super-héros et le gouvernement. Quand sa présence vint à manquer, l'équipe se dissout comme dans Civil War marquant ainsi son importance dans l'univers.


Outre, les deux super-héros et Nick Fury, le changement de Marvel sur les minorités eut le plus grand impact lorsque la compagnie annonça, comme pour Captain Marvel, que Black Panther aurait son propre film créant ainsi le premier héros principal afro-américain.

Black Panther, la grandeur de l'Afrique

Dans les années 60, les personnages caucasiens peuplaient les arrière-plans des pages de comics. Passants, policiers, docteurs... seuls les figurants blancs trouvaient grâce sur le papier, reléguant les personnes de couleurs à la seule place de disponible : criminels.

Il est logique que Marvel soit celui qui lança l'intégration des minorités sur le papier. En effet, dès les années 1964-1965, ils ajoutèrent dans leurs histoires des figurants de couleur qui ne sont donc, pour une fois, pas des criminels mais des docteurs et des policiers (même s'il faut attendre quelques années avant que ceux-ci prennent une place plus marquante dans l'histoire). Comme Stan Lee le fait remarquer : "il faut être représentatif de la société[55]". Les Etats-Unis essayaient de mettre des années de ségrégation derrière eux et Marvel montrait l'exemple avec un Peter Parker qui allait au lycée avec des personnes de couleur.

Black Panther, premier super-héros noir de l'histoire, fut créé par Jack Kirby et Stan Lee en juillet 1966 soit trois mois avant la création du Black Panther Party. Il est important de noter que ce dernier n'a aucune affiliation avec le super-héros puisque les créateurs ont pendant un temps changé son nom en Black Leopard pour que le protagoniste ne soit pas vu comme s'impliquant dans la politique des États-Unis.

Le film Black Panther a été annoncé le 28 octobre 2014. Ce dernier deviendra, en février 2018, le premier super-héros noir du MCU à avoir son propre film[56].

Cette annonce ravit les fans mais également de nombreuses minorités qui purent enfin se réjouir de voir les aventures d'un super-héros qui, pour une fois, n'a pas le simple rôle d'acolyte. En effet, sur ce point, Marvel est en avance dans la mesure où la polémique du manque d'acteurs issus des minorités fait rage à Hollywood. Certes, il est peu probable que le long-métrage soit nommé pour un oscar (outre peut-être des oscars techniques) dans la mesure où les films de super-héros sont boudés par l'Académie, comme tous les blockbusters (Star Wars, Jurassic Park,...), ces derniers étant vus comme des produits commerciaux fait pour plaire à la majeure partie du public et qui ne possèdent pas d'âme propre.


En attendant de découvrir son film solo, Black Panther fit sa première apparition dans Civil War. Ainsi, les spectateurs purent se familiariser avec T'Challa, prince, puis roi du Wakanda.

Le Wakanda est un pays imaginaire situé sur le continent africain. Comme tout bon dirigeant, il a l'intérêt de son pays comme première priorité. Ainsi, il lutte pour faire prévaloir les droits de ses citoyens et de son pays mais il lutte avant tout pour protéger la ressource la plus précieuse du pays, et du monde, le vibranium. La même matière qui compose le bouclier de Captain America. Son pays s'est isolé pendant de nombreuses années dans l'espoir d'éviter les pillages et l'exploitation du vibranium.

Dans Civil War, le père de T'Challa, tient un discours devant les Nations Unies avant de mourir : "Lorsque le vibranium volé au Wakanda fut utilisé pour construire une arme terriblement meurtrière, nous les Wakandians nous avons été amenés à remettre en question notre héritage. Les hommes et les femmes qui ont perdu la vie au Nigeria étaient les émissaires de bonne volonté d'un pays demeuré trop longtemps dans l'ombre. Mais nous ne nous laisserons pas ramener en arrière par les fantômes du passé. Bien au contraire, nous nous battrons pour rendre meilleur ce monde que nous voulons rejoindre.[...] Le Wakanda est fier de tendre la main à la paix[57]".

Cette déclaration montre l'impact et le poids que le pays joue désormais dans l'ordre mondial.

Les premières images du Wakanda nous montre un pays à la fois respectueux de la nature mais également à la pointe de la technologie grâce à des installations des plus avancées. On voit donc une autre vision de l'Afrique que celle normalement montrée.

Il ne faut pas oublier qu'en grandissant en Afrique, T'Challa n'a jamais eu à se soucier des problèmes de ségrégation qu'ont rencontré les super-héros afro-américains. Lui conférant une puissance due à une reconnaissance jamais ébranlée. De plus, son statut de nouveau roi de Wakanda lui confère une double protection, celle du costume de Black Panther et celle de son statut diplomatique.


Les Afro-américains sont la minorité la plus représenté dans le MCU.

Un fait intéressant est par ailleurs à noter en ce qui concerne la bande dessinée. En effet, en novembre 2014, pour la première fois dans l'histoire de ce personnage, Steve Rogers, le mâle blanc de Brooklyn, a donné son costume à un étonnant nouveau Captain America : Sam Wilson, un jeune homme noir de Harlem qui est aussi connu comme étant Le Faucon.

Ce changement fit écho à la même chose qui est arrivé à la présidence des États-Unis, autrement dit, l'élection de Barack Obama. Cette action a été considérée comme une bonne direction à prendre pour s'adapter à notre époque. L'Amérique a été construite par des hommes blancs, mais aussi grâce à des gens de couleur, tels que Martin Luther King. En conséquence, il était tout à fait logique de donner le costume de Captain America à Sam Wilson.

En ce qui concerne le reste des minorités, dans Ant-Man, le meilleur ami de Scott Lang, Luis, incarné par Michael Peña est latino-américain.

Pour l'instant, seul les Asiatiques, à l'exception du petit rôle d'Helen Cho, font défaut créant d'ailleurs une polémique récente au sujet d'un des personnages du prochain film de Scott Derrickson, Dr. Strange. En effet, Marvel fut accusé de WhiteWashing[58] suite à un personnage asiatique devenu une femme blanche.

Ces accusations sont paradoxales dans la mesure où dans le même film, un héros blanc, Baron Mordo, sera incarné par Chiwetel Ejiofor un acteur britannique d'origine nigériane.

La réponse de Marvel fut de dire que l'Ancient, le personnage au coeur de la controverse, n'est qu'un titre et peut donc être incarné par n'importe qui. La polémique n'a d'autant pas lieu d'être que les femmes seront représentées grâce à ce rôle. On peut même y voir une sorte d'ouverture plus grande encore puisque l'actrice en question, Tilda Swinton, est bien connue pour son look androgyne et ne sait pas encore si elle jouera le personnage comme un homme ou une femme.

Si le cas se confirmait ce serait bien évidemment une première pour le studio et également un fait rare dans les blockbusters hollywoodiens qui ne sont pas les plus ouverts sur les questions sociales comme le rôle des LGBT.

La place des LGBT

Lorsqu’on évoque les dimensions sociales et sociétales, il faut s’intéresser aux genres, aux races mais aussi aux différentes orientations sexuelles. Ainsi, à travers cette partie, nous allons nous intéresser au sort réservé aux lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels dans le MCU.

Des films arc-en-ciel ?

Après l’annonce du congrès américain sur la légalisation du mariage homosexuel, la demande est plus forte que jamais pour qu’un super-héros gay, ou une super-héroïne lesbienne, fasse son apparition dans les films Marvel. Si certains personnages ont clairement avoué leur homosexualité dans les séries Marvel, notamment dans Agents of S.H.I.E.L.D. ou dans Jessica Jones, il n’en est rien pour l’instant dans les films. Pourtant, Marvel possède un grand nombre de super-héros LGBT dans ses comics.

D'ailleurs, c'est même une polémique qui émergea suite à la fameuse affaire du SonyLeaks. Parmi les emails piratés celui concernant le cas de Spider-Man fit grand bruit. En effet, dans le contrat confidentiel révélé, on constate une liste d'impératifs concernant le personnage. Ainsi, outre le fait que Peter Parker ne doit pas boire trop d'alcool, dire des injures ou consommer des drogues, il doit avant tout être un jeune homme caucasien hétérosexuel qui n'aura pas eu de relations sexuelles avant ses 16 ans Annexe 3. Cela dit, il s'agit de Sony et non de Marvel qui, malgré la réalisation du prochain film du jeune homme araignée[59], n'a pas récupéré les pleins droits du personnage. Spider-Man appartenant légalement toujours à Sony, il faudra attendre 2017 pour voir si ces critères quelque peu sectaires seront appliqués à la lettre ou si Marvel saura s'en émanciper.

Car même si le nouveau Spider-Man de Sony/Marvel est apparu pour la première fois pendant le dernier film du MCU, Civil War, le peu de temps d'écran (et d'informations) alloué au personnage, nous empêche de connaître ses préférences sexuelles. Le seul fait connu réside dans son origine ethnique, c'est à dire un jeune homme de type caucasien. Miles Morales, le Spider-Man noir, officiant dans les comics ne sera donc pas celui qui oeuvrera à l'écran.

Il est important également de souligner que cet échange d'email date de 2011. Or, depuis, bien des choses ont changé chez Marvel au niveau de la direction. Ike Perlmutter, qui dirige Marvel Entertainment, supervisait également Marvel Studios au plus grand dam du P.D.G. de ce dernier, Kevin Feige. Mais, en août 2015, Hollywood Reporter annonça que Kevin Feige répondrait désormais à Alan Horn, président de Walt Disney Studios après des "années de frustration[60]". Or comme Philippe Guedj nous le confirmait dans notre interview : "la stratégie créatrice est décidée à 100% chez Marvel sans intervention des cadres de Disney qui de toute façon ne maîtrisent pas le sujet aussi bien que Marvel". Ce qui n'était pas le cas lorsque Ike Perlmutter interférait avec les affaires de Kevin Feige.

Malgré tout, l'avenir semble optimiste pour que ces super-héros et super-héroïnes trouvent une place dans l'univers puisque le P.-D.G. semble avoir des positions différentes sur la possibilité de faire entrer des personnages gays ou lesbiens dans le MCU. Lors d'une interview pour le site Slashfilm, le président de Marvel Studios a déclaré : "Il n'y a pas de raison pour que ça n'arrive pas bientôt. Vous savez, nous prenons les personnages issus des comics, pour la plupart, et pendant des années, ils ont établi de nouvelles fondations. Ils ont été très progressistes dans les comics et plus encore récemment. Nous gardons une trace de toutes ces choses et nous sommes inspirés par toutes ces choses, donc j’adorerais trouver une façon logique, naturelle et significative pour que ça se produise dans un avenir pas si lointain.[61]"

En mars 2016, Disney a d'ailleurs menacé l'État de Géorgie d'y retirer ses tournages si la loi anti-LGBT (loi HB 757) était votée[62]. Ce texte, se veut respecter les convictions religieuses de chacun. Cependant, en ce faisant, si la loi passe il sera désormais légal de clamer son homophobie. Les élus pourront ne pas célébrer les mariages homosexuels. De même, il serait possible d'embaucher ou de renvoyer une personne en fonction de son orientation sexuelle. Marvel tourne un grand nombre de ses longs-métrages au Pinewood Studios situé à Atlanta dans ce même État. Les Gardiens de la galaxie 2 sont actuellement en cours de réalisation dans ces locaux tout comme le prochain Avengers dont le tournage devrait commencer à l'automne 2016. Au vu de la quantité d'emplois en jeu (près de 3 500 pour un film comme Ant-Man), la pression mise sur le gouverneur l'a contraint à apposer son veto et à rejeter l'adoption de la loi.

La créativité des fans

Outre les dirigeants, le public, et surtout les nombreux fans, sont plus que demandeurs. Ces derniers, représentant une partie importante du public, n'hésitent pas à laisser libre cours à leur imagination pour pallier le manque de super-héros gays. Ainsi, sur internet, la science-fiction (comme Star Wars), le fantastique (comme Harry Potter) ou les super-héros et le fandom Marvel en général, génèrent un incroyable élan de créativité. Deux domaines sont principalement concernés, les fanarts, dessins réalisés par les fans, et les fanfictions, histoires écrites par les fans.

Ces fans ont créé eux-mêmes des couples homosexuels à partir des moindres moments présents dans les films où ces dits personnages étaient proches les uns des autres. Ainsi, le slash, nom désignant une relation entre deux hommes, est un phénomène de plus en plus populaire sur le net. Pour trouver les "couples", deux méthodes sont utilisées. Prenons un exemple avec le duo le plus connu chez Marvel, Tony Stark et Steve Rogers. Leur "relation" est soit répertoriée à l'aide de mot tiroir, Stony, mélange de Steve et Tony, soit avec Steve/ Tony d'où le nom slash en référence au caractère "/" utilisé pour séparer les deux personnages en question.

Concernant les fanfictions, lorsque l'on lance une recherche sur ce duo, sur l'un des plus célèbres sites qui compilent les fanfictions, on arrive à 14 852 histoires sur Steve Rogers/Tony Stark[63].


Pour le cas des fanarts, ces derniers sont disséminés un peu partout sur le net. Néanmoins, nous avons cherché sur un site hébergeant beaucoup de ces créations, Deviantart.com. Sur ce site, on trouve donc 24 404 fanarts sur notre fameux couple[64].

Mais cette association est loin d'être la seule ainsi on trouve aussi, le Thorki (Thor et Loki), le Stucky (Steve Rogers et Bucky Barnes), le Phlint (Phil Coulson et Clint Barton), etc.

Ce phénomène a tellement pris d'ampleur au fil des années que les stars elles-mêmes en jouent. C'est pourquoi, il est fréquent que Robert Downey Jr. poste certains de ces fanarts comme celui ci-dessous mettant en scène son personnage et Loki avec le message : "HA ! Les enfants, c'est ce qui se passe quand on fait une recherche sur soi sur Google...".

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Lors de la promotion du film Avengers : L’Ère d'Ultron, l'équipe présente chez Jimmy Fallon s'est même vue exposer le phénomène[65]. En l'occurrence, Robert Downey Jr. et Mark Ruffalo, les deux plus concernés, que les fans surnomment les Science Bros (leurs personnages étant tous les deux scientifiques) semblaient bien au courant et se sont même prêtés au jeu. L'acteur a d'ailleurs repris la photo quelques mois plus tard avec la mention : "Tout le monde soutient les ScienceBros."

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Cette tendance s'applique aussi avec les transgenres. Ainsi, dans de nombreuses histoires, Tony Stark devient Toni Stark, une femme. Mais ce cas reste encore minoritaire.


L’entreprise a donc toujours un grand pas à faire dans ce domaine comme ils sont en train de le faire pour la visibilité des femmes avec Captain Marvel ou pour la représentation des minorités avec Black Panther. Malgré tout, on voit d'après les séries TV, Kevin Feige et les fans, que la présence d'un personnage LGBT devrait se faire d'ici peu. D'ailleurs, les frères Russo, réalisateurs du troisième Avengers, ont déjà annoncé la probabilité "forte[66]" d'un personnage lesbien ou gay dans Avengers 3.


Le départ de Ike Perlmutter, un soutien important de Donald Trump, a été plus que positif pour cette évolution puisque depuis ce changement de tutelle les films Marvel avancent plus vite vers la voie de l'égalité des sexes, des races et des genres.

A travers cette partie, nous avons vu qu'il y avait de grandes choses à dire sur la dimension sociologique dans le MCU.

Partie III : Le contexte politique dans l’univers cinématographique Marvel

La politique tient un rôle majeur dans la vie de tout citoyen. Certes, de nos jours, les clivages droite/gauche, ou républicains/démocrates pour les USA, ainsi que les problèmes non résolus font que les gens se désintéressent de plus en plus de ces enjeux pourtant si cruciaux. Malgré tout, la politique se manifeste avant tout par la création d'idéaux, certains diamétralement opposés, mais ayant tous le même but, créer un système permettant de générer une société meilleure.

Tout d’abord, il est important de souligner que les rapports politiques aux USA ne sont pas les mêmes qu’en France. En effet, l'affrontement pendant la guerre froide entre le bloc de l'URSS et les USA, a donné naissance au maccarthysme, qui eut pour but d'anéantir un mouvement politique mais également une façon de penser : le communisme. En conséquence, le rapport entre les citoyens américains et le communisme, ainsi que le socialisme, a été considérablement altéré. Et même si depuis 2009, et la crise économique, ces deux courants de pensée ont trouvé de nouveaux adeptes, ils restent néanmoins plus que boudés car ils représentent l’inverse du modèle américain "idéal".

Les studios de cinéma américains et leurs dirigeants, ne sont pas différents des autres. Ils sont la quintessence du système capitalisme. Il est donc difficile d’imaginer une critique du modèle économique car celui-ci sert à les faire fonctionner. Néanmoins, Marvel semblent exprimer des critiques, certes minimes, mais notables dans un pays où l'on pourrait observer un paysage politique qui s’étend simplement de l’extrême droite à la droite centriste. Il suffit de regarder le contenu de la campagne électorale de Donald Trump pour l'élection présidentielle de 2016, pour se rendre compte de la gravité de la situation aux USA.

La société Disney, et par extension Marvel Studios, sont-ils l'incarnation du système néolibéral ou simplement acteurs d'un système économique capitaliste, difficile à dire... Le modèle capitaliste prône la déréglementation de l'économie, le désengagement de l'État et la domination de l'économie de marché et du profit. Il est aussi respectueux de la démocratie et des droits de l'homme. Le néolibéralisme, lui, oublie toute notion morale (droit des travailleurs, respect de l'écologie, collaboration avec des régimes contestables, etc.) au seul profit maximal. Pour autant la société mère (Disney) comme la société créatrice (Marvel Studios) ont-ils eu comme objectif de militer pour leur comportement économique à travers leurs personnages ? Pas sûr !

Dans le cas de Marvel Studios, nous étudierons tout d'abord les principes fondamentaux qui régissent nos super-héros en commençant par le plus emblématique des États-Unis : Captain America.

Le super-héros politique : Captain America

"Hitler et le troisième Reich est le plus grand des fléaux et il est temps pour tous les hommes bons de se rassemble et combattre"[67]

Cette citation résume parfaitement le personnage qu'incarne Captain America : un homme qui dédie sa vie au service de son pays. Peu de personnes auraient pu prédire que ce soldat deviendrait l'une des plus grandes icônes de tous les temps. Ce qui a rendu Cap’ si populaire c’est qu’il a été créé par les bonnes personnes au bon moment comme nous le verrons plus tard. Captain America représente ce qu'il y a de "mieux" dans l'Amérique.

En effet, derrière le masque du super-héros, il y a simplement un frêle garçon de Brooklyn qui voulait à tout prix s'enrôler dans l'armée mais qui s'en ai vu plusieurs fois refuser l'opportunité à cause de sa frêle condition physique.

Pour contourner les règles d'entrée, il accepte de rejoindre un programme secret qui va faire de Steve Rogers, Captain America, le super soldat.

Il est par essence le plus patriotique des super-héros. Tout d'abord, à cause de sa loyauté envers son pays mais également grâce à son costume qui met l'accent sur son patriotisme.

Son nom, son uniforme et son comportement ont fait de lui la propriété du peuple américain. Il a été recruté et recrute à son tour des jeunes pour soutenir le pays. C'est pourquoi, il n'y a pas que l'Amérique qui a joué un rôle dans la vie de Captain America, mais Captain America a joué un rôle dans la vie de son pays et de ses citoyens.

L’histoire de Captain America : un héros porteur d'espoir

La naissance d'un symbole

L'histoire de notre super-héros a commencé en 1941 quand deux artistes et scénaristes de comics juifs, Joe Simon et Jack Kirby, ont dessiné pour la première fois l'homme à la bannière étoilé plus connu du grand public sous le nom de Captain America. Peu auraient pu prévoir que ce dernier deviendrait un emblème américain aussi important et connu que peut l’être l'Oncle Sam. Ainsi, le 1er mars 1941 parut, aux Etats-Unis, le premier numéro du comics, Captain America #1.

Ce qui a rendu ce premier numéro historique, tient au fait que Steve Rogers, sur la couverture, assène un coup de poing à Adolf Hitler. A cette époque, l’Europe était en proie à la menace nazie. Et même si les USA n’avaient pas encore pris parti dans le conflit, ça n'a pas empêché les éditeurs de comics de partager leur point de vue sur le sujet. Comme Stan Lee, le célèbre écrivain de chez Marvel, l’a souligné : "Nous combattions Hitler avant que notre gouvernement ne le fasse[68]".

Les tout premiers artistes à déclencher ce mouvement ont été : Jerry Siegel et Joe Shuster, les deux créateurs du célèbre personnage : Superman.

En effet, en février 1940, le magazine Look consacra deux pages au plus connu des super-héros pour une intrigue spéciale. L’histoire courte intitulée How Superman Would Win the War Annexe 4 montre Superman capturant Hitler et Staline. Avec ces derniers, le héros s'envole pour la Suisse pour que les deux dictateurs soient jugés.

L'écho de ce récit arriva jusqu'aux oreilles de Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande sous Hitler. Après avoir pris connaissance de l'histoire, ce dernier rédigea un article dans Das schwarze Korps dans lequel il qualifie Jerry Siegel de "type circoncis" et de "Israélien créatif"[69]. Ce faisant, les éditeurs de comics décidèrent de réagir face à ces odieux 69 propos. C'est ainsi que Captain America vint à la rescousse.

Simon et Kirby ont tiré Captain America #1 à un million de copies. La publication est devenue tellement populaire qu’elle fut vite en rupture de stock. Ce fut le début de la vie de Steve Rogers. Jack Kirby déclara d'ailleurs : "Nous n’étions pas encore en guerre mais tout le monde savait que ça allait arriver, c’est pour cela que Captain America est né : l’Amérique avait besoin d’un super-patriote. Il symbolise le Rêve américain[70]".

Captain America entre en guerre

Les États-Unis ne sont entrés en guerre qu’en août 1941, après l’attaque de Pearl Harbor.

Comme on peut le voir sur la couverture de Captain America #2 d’avril 1941, soit quatre mois avant l'attaque, Simon et Kirby prédisait déjà le déroulement du conflit puisque l'on peut y voir un petit drapeau nazi placé sur les USA sur une mappemonde, impliquant ainsi, une possible menace d'Hitler directement sur le territoire américain.

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Par ailleurs, un mois plus tard, le 27 mai 1941, Franklin D. Roosevelt, Président des USA, déclara dans un discours radiodiffusé : "Ce qui a commencé comme une guerre européenne, s'est transformée, comme les nazis en ont toujours eu l'intention, en une guerre pour la domination du monde[71]".

Dans le numéro 5, Cap’ et Bucky empêchent une puissance asiatique, sous-entendu les Japonais, de capturer et de détruire des vaisseaux de la flotte américaine. Les auteurs ont donc en quelque sorte prédit l’attaque de Pearl Harbor puisque cette publication parut quatre mois avant l’attaque perpétrée par les soldats du Pays du soleil levant, au printemps 1941, Annexe 5.

Suite à cet assaut, les USA sont entrés dans la Seconde Guerre mondiale. C'est pourquoi, la cible de Captain America changea et il se battit désormais contre les Nippons en même temps que les troupes américaines dans le Pacifique.

Ainsi, pendant la guerre, l'industrie de la bande dessinée a travaillé, en quelque sorte, avec le gouvernement, créant ainsi une arme puissante pour stimuler l'esprit des citoyens. En 1942, 15 millions de bandes dessinées ont été vendues chaque mois et, à la fin de 1943, le nombre est passé à 25 millions par mois[72]. Ces années furent si prospère pour les éditeurs de bandes dessinées que cette période est connue comme l'âge d'or.

De plus, Captain America a aidé à la propagande chez les jeunes qui en étaient la cible principale. En 1941, des annonces ont été lancées dans les bandes dessinées pour promouvoir les Sentinels Of Liberty Fan Club Annexe 6. Ce fan club voulait que les enfants s’abonnent pour montrer qu'ils étaient "fidèles croyant en l'américanisme" Annexe 7.

Les Américains, restés à l'arrière, ne sont pas les seuls à qui les super-héros ont insufflé une bouffée d’optimisme. En effet, par décision de l'armée, les bandes dessinées ont été incluses dans le paquet envoyé aux GI. Ils ont jugé son importance aussi grande que le chocolat ou les cigarettes qui étaient également donnés aux soldats[73].

Nous pouvons donc affirmer que les super-héros contribuaient en partie à l'effort de guerre.

Quand on regarde le personnage de Captain America, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer le fait que Steve Rogers ressemble à l'arien tel qu'Hitler le rêvait : blond, fort, yeux bleus. Il est ironique qu'il ait été créé par deux Juifs ! Comme si ce personnage était un moyen de prouver que l'idéologie d'Hitler était une hérésie. Si Captain America a aidé son pays sur le papier et dans la vie quotidienne des Américains, ce sera moins le cas après le 8 mai 1945.

Captain America dans l’ère post Seconde Guerre mondiale

Après la guerre, Captain America s'attaqua à la nouvelle cible du pays : les communistes. Dès lors, en 1947, tandis que le plan Marshall sonnait les prémices du début de la Guerre Froide, Steve Rogers reprit son combat contre le nouvel ennemi de l'Amérique comme on peut le voir avec la couverture de Captain America #76 qui comporte également le sur-titre : "Captain America... l'écraseur de coco".

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De plus, on voit bien l'opinion de l'époque avec le sous-titre : "Captain America passe à l'offensive contre les traites." Malgré tout, le personnage n'eut pas la même aura que pendant la Seconde Guerre mondiale puisque cet arc narratif ne dura que trois numéros. Cependant, malgré la brièveté de son intervention, on se servit une fois de plus de cette icône pour la propagande du gouvernement.

Après cela, le soldat au bouclier essaya de survivre, mais son succès diminua considérablement jusqu'à sa fin en septembre 1954, avec le troisième numéro "Commie Smasher". Pendant près de 10 ans, le super soldat a disparu des étagères et des mémoires.

Malgré tout, un personnage comme lui ne pouvait pas disparaître pour toujours. Le symbole d'un pays et de son unité, peut-il mourir pour toujours ? C’est pourquoi, Jack Kirby et George Roussos ont fait du Captain, l'un des leaders d’un nouveau groupe de super-héros : Les Avengers. Il fit ainsi son retour en 1964.

Outre les Avengers, Cap' fait également équipe avec Falcon, son ami et acolyte. Ensemble, ils s'attellent à lutter contre les problèmes qui touchent l'Amérique. Plus question pour le soldat de se mêler des conflits internationaux, ce qui lui permet de ne pas prendre parti pour ou contre la Guerre du Viêt Nam, une guerre qui fut très contestée au sein de la population. Une prise de position aurait coûté au soldat une partie de ses lecteurs.

Globalement, sa vie éditoriale des années 60 aux années 90 fut sans intérêts particuliers. Il y eut cependant, un numéro assez intéressant paru en décembre 1974, Captain America #180.

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En effet, suite au scandale du Watergate, Steve Rogers, comme ses lecteurs, perd foi en l'État. C'est pourquoi, Cap' change son identité pour Nomad, l’homme sans pays. Un paradoxe que ce super-héros reposant sur la fierté d'être américain, renie son pays. Une contradiction qui montre bien à quel point cette partie de l'histoire a ébranlé les USA. D'ailleurs, le méchant de cette histoire est Viper aussi connu sous le nom de Jordan Dixon. Un nom qui n'est pas sans rappeler celui du président impliqué dans l'affaire du Watergate, Richard Nixon, qui démissionna suite à ce scandale.

Outre cet épisode, il fallut attendre les années 2000 pour retrouver un Captain America digne de ce nom.

Si la Seconde Guerre mondiale touche directement les éditeurs de comics car le conflit s'attaquait à leurs croyances, l'attaque terroriste qui eut lieu le 11 septembre 2001 mobilisa les artistes car cet attentat toucha le cœur de leur ville : New York.

La Big Apple abrite la plupart des maisons d'édition et, en tout cas, les plus importantes. Par conséquent, de nombreux super-héros oeuvrent dans les rues de cette mégalopole. Avec DC Comics, la ville prend différents noms : Gotham chez Batman, Metropolis pour Superman. Tandis que Marvel préfère la réalité en mentionnant directement New York. C'est pourquoi la tragédie a eu un impact sur tous les super-héros. Pour Captain America, l'enfant de Brooklyn, sa réaction à cet événement a été transcrit dans Captain America : The New Deal. Dans ce numéro, le soldat cherche à savoir si le gouvernement a fourni des armes aux terroristes. Comme Axel Alonso, rédacteur en chef chez Marvel, l'a déclaré : "Cap' n'est pas pro-gouvernement, il est pro-américains[74]". Plus tard dans l'histoire, nous apprendrons que le secrétaire américain de la Défense était en fait Red Skull, l'ennemi juré Nazi de Cap'. Steve Rogers a donc une nouvelle guerre à combattre, une guerre qui lui rappelle la Seconde Guerre mondiale. On le voit d'ailleurs hanté par des parallèles comme celui du 9/11 et le bombardement de Dresde Annexe 8. Cet événement conduit à la publication de l'un des plus célèbres arcs des histoires de Marvel Comics : Civil War.

Après l'attaque contre le World Trade Center, de nombreuses mesures ont été prises aux États-Unis pour renforcer la sécurité. De nombreuses contraintes ont été imposées dans la vie des Américains. Comme Axel Alonso le déclare : "une grande partie du débat public à cette époque était de savoir, « combien de vos libertés civiles êtes-vous prêts à abandonner pour votre sécurité ? » "[75]. Ces restrictions ont conduit les auteurs de bandes dessinées à mettre en conflit deux personnages phares de Marvel : Iron Man et Captain America. Dans cette histoire, Iron Man défend l'enregistrement de l’identité des super-héros et leur mise sous contrôle gouvernemental, Captain America va à l'encontre et, ce faisant, devient un fugitif. Une lutte se produit entre les deux parties. La bande dessinée a d'ailleurs été publiée avec la phrase "De quel côté êtes-vous ?" qui était presque la même question qui a été posée aux Américains durant la guerre en Irak.

À la suite de Civil War, Steve Rodgers a été tué dans Captain America # 25 (vol.5) en 2007. A propos de sa mort, son co-créateur Joe Simon a déclaré: "C'est un mauvais moment pour s’en aller. Nous avons vraiment besoin de lui en ce moment[76]". Quelle citation pourrait être la mieux pour prouver que Cap ' a eu un effet sur l'histoire de son pays ? En influençant l'esprit de la jeunesse pendant plusieurs décennies, il a imposé son style et surtout ses valeurs. Comme nous l'avons vu aussi, contrairement à de nombreux autres super-héros, Captain America est uniquement destiné à vivre quand l'histoire de son pays traverse une énorme perturbation. À cet égard, que pourrait être une période plus appropriée que la nôtre pour relancer l'aventure du célèbre soldat à l'écran ? Avec toutes les guerres que notre monde occidental mène contre le terrorisme, sa présence était plus logique que jamais.

Captain America à l'écran

Comme nous l’avons vu, Captain America est donc un héros fortement ancré dans l’histoire et par conséquent au cœur de la politique. Il va sans dire que la majeure partie des décisions prises par le pouvoir ont un impact direct sur nos vies et régissent l'Histoire. Il n'est donc pas incongru de lier les deux. Nous allons donc maintenant nous pencher sur le retour de Captain America sur le grand écran et voir si son influence y est aussi forte que sur le papier.

Comme nous l'avons mentionné plus haut, le soldat était déjà apparu sur le petit écran en 1944 dans le serial Captain America, en en faisant l'un des premiers super-héros à débuter à la télévision. Si Tony Stark a été préféré à Steve Rogers pour commencer la grande aventure du Marvel Cinematic Universe, c'est pour une raison simple : sa nationalité. En raison de son regard très américain, Captain America n'aurait pas été le plus adapté, pour lancer le MCU à ce moment-là. Lorsque le premier film Iron Man a été montré en 2008, les États-Unis étaient en plein milieu de la guerre en Irak, une guerre comportant un interventionnisme américain très controversé par de nombreux pays dans le monde, notamment la France. Il était donc plus approprié de choisir un personnage moins américanisé. Ainsi, ce n'est seulement qu'en 2011, que Cap' revient dans les plans de Marvel. Captain America : The First Avenger est sorti la même année que le retrait des troupes américaines d'Irak. Inconsciemment, ce fut sûrement un moyen de prouver que l'Amérique avait évolué et était prête à rebondir avec sa grande icône.

A travers cette partie, nous nous concentrerons évidemment sur les films de Marvel Studios dédiés à Steve Rogers : Captain America : First Avenger, Captain America : Le Soldat de l'hiver et sur le dernier opus, un peu particulier, Captain America : Civil War qui vient de sortir le 27 avril 2016.

Nous analyserons ainsi les différents points de vue politiques exprimés grâce à Cap’ mais également à travers l’organisation Hydra.

Concentrons-nous tout d'abord sur le costume du personnage.

Le costume : le garant de son identité

Le costume est l'emblème du super-héros, cependant il tient une place spéciale pour Captain America. Son costume reflète tous les symboles de son pays, celui pour lequel il se bat.

Il est important de noter que Cap’ fait partie des quelques super-héros qui n’ont pas d’arme à proprement parler, puisque son moyen de défense est un bouclier. Or, la fonction du bouclier est principalement de protéger son porteur, ce qui est paradoxal quand on sait que Steve Rogers est un soldat.

Cependant, ce paradoxe nous aide à mieux comprendre la personnalité du personnage. Steve Rogers ne blessera pas quelqu’un délibérément. Le bouclier est seulement là pour le défendre ainsi que la nation. Il ne soustraira la vie de quelqu’un que si c’est nécessaire pour le pays. S’il le doit, le bouclier agira comme une preuve qu’il voulait simplement se défendre et qu’il n’a pas été le premier à frapper.

On le vérifie d'ailleurs lorsque l'on examine la couverture de Captain America #13 sur laquelle on peut lire : "Vous avez commencé ! Maintenant, on va finir".

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Dans les longs-métrages, le bouclier est un élément central. Tout commence par une apparition furtive d'un prototype du bouclier dans Iron Man 2.

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Dans cette scène, Tony Stark s’en sert pour équilibrer un accélérateur de particules. Un affront pour l'agent Coulson (photo de gauche), qui tient Captain America en haute estime. Il faut savoir qu'à ce moment dans l'histoire Marvel, Captain America est toujours prisonnier des glaces. Il ne vit plus que dans l'imaginaire lointain. Les jeunes ne connaissent plus le soldat. Seuls quelques individus, comme Coulson, connaissent le symbole. Ce dernier va même jusqu'à collectionner les cartes d'époque éditées à l'effigie du héros.

Le bouclier permettra d'aligner l'accélérateur de particules. Grâce à ce support, Iron Man pourra créer le nouvel élément chimique lui permettant de survivre. Donc d'une certaine façon, Captain America a sauvé, même en étant mort, la vie de Tony Stark.


Dans la bande annonce d' Avengers : L’Ère d'Ultron, le bouclier brisé est la dernière image du trailer. Cette image fut choquante puisque le bouclier, composé de vibranium, est censé être incassable. On nous informe que la menace va être tellement violente qu'elle va réussir à briser l'essence même de Captain America et donc celle des Avengers puisque ce dernier est leur chef.

Ce qui se passe pour le bouclier se passe également pour le costume.

Dans Avengers, premiers pas de Cap' au 21e siècle, l'agent Coulson dit au soldat que le S.H.I.E.L.D. a fait des modifications à son costume. Ce à quoi Steve Rogers répond : "la bannière étoilée c'est pas un peu démodé ?". Coulson y répond : "quand on voit tout ce qui se passe et tout ce qu'on va bientôt dévoiler, il me semble que les gens ont bien besoin d'une dose de nostalgie[77]". L'inconnu fait peur. En faisant appel à l'Histoire, Captain America donne de l'espoir. Grâce à lui, la guerre a été gagnée et donc celle-ci le sera aussi.

Toutes ces émotions passent simplement avec l'uniforme.

Le costume a été sujet à un profond changement dans le second opus. Premièrement, la couleur du drapeau américain a disparu laissant place à un bleu foncé similaire à la couleur utilisée par les services de renseignements.

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Cette couleur correspond au fait que Rogers est passé de l'armée au S.H.I.E.L.D. Plus tard dans le film, quand Cap’ quitte le S.H.I.E.L.D., il vole son ancien costume qui avait été exposé dans un musée. Le vol représente déjà un changement de comportement radical pour le soldat. De plus, ce geste s'apparente à une envie de renouer avec les anciennes méthodes. Comme s'il renouvelait son allégeance au peuple américain via son ancien costume.

Le héros est dorénavant un criminel recherché. Il va à l'encontre de l'ordre établi et fait ce qu'il pense être juste. Il agit pour la première fois de son propre chef à l'inverse des années 40 où il suivait aveuglement les ordres. Nous faisons la connaissance d'un "nouveau Captain", un Captain changé.

L'exemple le plus flagrant survient dans Civil War. A la fin du film, après la confrontation avec Iron Man, ce dernier somme Steve Rogers de laisser le bouclier. En effet, l'intrigue nous apprend que Bucky, le meilleur ami du soldat, est celui qui a assassiné les parents de Tony Stark. Steve Rogers, ne le considérant pas responsable de ses actes, protège son ami de toujours. Furieux, Iron Man exige que le bouclier lui soit rendu, l'objet ayant été créé par son père. A la plus grande surprise, Cap' laisse tomber le bouclier à terre et s'en va.

Pour la première fois, le soldat Captain America laisse place au civil Steve Rogers, ce dernier faisant prévaloir ses intérêts personnels. Il avoue n'être à sa place nulle part; le dernier plan le montre comme étant simplement Steve Rogers, dans ses habits civils.

Grâce à l'évolution de son costume, on peut suivre le parcours de Captain America au 21e siècle mais pas seulement.

D'un personnage inspirant les jeunes, à un outil pour critiquer le gouvernement

Le premier film, Captain America : First Avenger, ne présente pas beaucoup d'intérêt pour notre analyse dans la mesure où le long-métrage est une simple répétition de l'histoire de la bande dessinée, montrant l'origine du personnage et le début de son parcours. Ce fut une façon de présenter Captain America à la jeune génération pour qui le super-héros ne représente rien, mais aussi, plus largement, à tous les spectateurs qui n'avait jamais lu ou entendu parler du personnage.

Le film s'ouvre sur une équipe de chercheurs, travaillant pour une organisation secrète connue sous le nom de S.H.I.E.L.D. (Strategic Homeland Intervention, Enforcement and Logistics Division), qui trouve le bouclier du soldat. L'organisation agit comme une agence secrète indépendante de tout gouvernement oeuvrant à une échelle mondiale mais ne cachant pas une certaine proximité avec l'Amérique. S'ensuit un long flashback qui nous narre l'histoire du protagoniste. A la fin du film, le soldat est gelé dans la glace de l'Antarctique.

Nous revenons au présent au moment où Cap' se réveille soixante-dix ans plus tard. Le film se finit sur Steve Rogers au milieu de Times Square, le centre de New York. Nous le quittons donc entouré d'écrans, de voiture et de personnes le prenant en photo avec leur smartphone. L'adaptation au 21e siècle est une nouvelle épreuve que le super-héros devra surmonter.


Avengers explore les premiers temps de Steve dans l'ère moderne. Venant juste de retrouver "la vie", il doit se réadapter au monde. N'étant pas encore en adéquation avec l'époque, on retrouve un Cap' qui ne conteste pas l'autorité dans la mesure où il n'est pas encore à sa place.

On le voit tout le temps en train d'essayer de suivre les différentes conversations et de comprendre des références culturelles. Il est devenu une sorte d'anachronisme et un fardeau, sauf pour l'agent Coulson pour lequel il reste un modèle. Ce dernier va jusqu'à imiter ses mouvements comme dans le film Avengers.

En combat, le soldat retrouve son efficacité. Ainsi, quand Iron Man pirate le S.H.I.E.L.D. et conteste l'autorité, il se range derrière les ordres : "on a des ordres, on devrait les suivre". Il est plus facile pour lui de se ranger derrière ceux-ci car Cap' joue, en quelque sorte, la carte de la sécurité. Cependant, c'est à partir de cette discussion qu'il va changer et, en découvrant le secret du S.H.I.E.L.D. avant Tony Stark, s'imposer comme le vrai leader des Avengers.

A la mort de Phil Coulson, Steve Rogers montre encore un peu plus sa position de leader en restant détaché, contrairement à Iron Man qui laisse ses émotions prendre le dessus.

Et, finalement, lors de la dernière confrontation du film, l'équipe agit sans l'autorité du S.H.I.E.L.D. Dorénavant, Cap' donne clairement les ordres.


Avengers nous montre donc les premiers pas du soldat dans l'ère moderne. Malgré tout, nous ne le voyons pas dans la vie quotidienne car il ne s'agit pas d'un film solo. Steve Rogers n'étant pas le seul super-héros à l'écran, il n'y a quasiment aucun aspect personnel évoqué ce qui n'est pas le cas dans le deuxième film consacré au héros, Captain America : Le Soldat de l'hiver.

L'histoire se concentre sur le rôle de Cap' au 21e siècle et sur son intégration dans la vie de tous les jours. Steve Rogers travaille maintenant officiellement pour le S.H.I.E.L.D. qui l'a rejoint après le film Avengers.

Joe et Anthony Russo, les réalisateurs des deux derniers épisodes solo du soldat, ont déclaré dans une interview, pour Mother Jones, que Marvel "voulait faire un thriller politique[78]" pour le deuxième épisode de Captain America.

Or, on sait que les questions politiques sont étroitement liées à l'histoire. Les deux guerres mondiales ont eu lieu suite à des décisions politiques. A l'inverse, en contribuant à la politique, vous avez un impact sur l'histoire.

Afin de faire un thriller politique, les frères Russo, qui sont très intéressés par la politique, "ont examiné les problèmes qui sont à l'origine de notre anxiété". Il en ressort que les thèmes ont un lien avec "les libertés civiles, les frappes de drones, la kill-list du président[79] et les technologies préventives".

Ainsi, dans ce film, on peut faire le parallèle entre l'agence du S.H.I.E.L.D. et la National Security Agency (NSA) dans notre réalité. En effet, même si elles n'ont pas la même fonction de base, la similitude est là car on constate que dans les deux cas, les agences ont développé un moyen pour surveiller chaque citoyen américain et même du monde. Dans le film, il s'avérera que S.H.I.E.L.D. se trouve être gangrené par de nombreux nazis espions qui ont agi en tant que cellule dormante pendant des années. Comme toujours le bon l'emporte sur le mal, ainsi le S.H.I.E.L.D est démantelé. Autre fait important : à la fin, Natasha Romanoff dévoile devant une commission qu'elle a mis en ligne tous les dossiers du S.H.I.E.L.D. Ce parallèle avec les lanceurs d'alerte n'est pas sans rappeler également les nombreuses affaires en lien avec Wikileaks et notamment les affaires Snowden et Assange.

Peut-être un signe que la NSA doit être démantelée comme le S.H.I.E.L.D. l'a été. En effet, depuis l'affaire Snowden beaucoup de gens demandent cette issue.

Et même le film n'a pas conduit à la dissolution de la NSA, il avait cependant l'avantage de critiquer ouvertement ses pratiques déviantes et d'informer les spectateurs. Ils y ont d'ailleurs bien répondu et ont donné 89% de reviews positives sur le site de critique RottenTomatoes.com.


Dans l'univers Marvel, et tout particulièrement dans Captain America : First Avenger, la majeure partie des antagonistes sont issus du système dictatorial s’inspirant du nazisme, connu sous le nom de Hydra.

Hydra et le S.H.I.E.L.D.

Dès le début, on constate une grande ressemblance entre les deux groupes Hydra et les nazis. En effet, l’iconographie d’Hydra est le calque de celle des nazis.

Son nom vient du mythe de l'Hydre de Lerne. En concordance, le leitmotiv de l'organisation fasciste est : "coupez une tête et deux prendront sa place". Il ne faut pas oublier qu'à l'origine, l'Hydre de Lerne est une créature que doit éliminer Hercule pour l'empêcher d'accomplir ses douze travaux. Ce qui en fait encore une fois une référence à la mythologie.

Le logo est composé du même code couleur que celui de l'armée de Hitler. De plus, à la place de têtes de l'Hydre de Lerne, on y distingue une tête de mort ce qui accentue le côté mortel de l'organisation.

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Red Skull, le leader d'Hydra, est d’ailleurs assimilé à un proche d’Hitler et même par la suite à son remplaçant. On peut voir aussi ses soldats le saluer d'une façon proche de ceux d'Hitler, à la différence qu'ils lèvent les deux bras au lieu d'un seul.

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Outre l'iconographie, Hydra occupe une place très importante de l'histoire puisque l'organisation va jusqu'à infiltrer le gouvernement américain lui-même. Il nous est révélé au cours des différents épisodes que de nombreux responsables dont un sénateur américain sont membres d'Hydra.

Le S.H.I.E.L.D. est également une victime de cette infiltration. Eux qui étaient jusqu'à présent les garants de la sécurité de la Terre sont devenus les ennemis publics numéro un. On voit dans Avengers le conseil dirigeant du S.H.I.E.L.D. plongé dans l'ombre.

On constate que les ennemis des films où apparaît Captain America sont de plus en plus ambiguës. L'ennemi change de visage comme dans notre société.

Dans Captain America : First Avenger, le mal est clairement défini grâce à sa représentation sous la forme d'Hydra, avec l'uniforme et un leader reconnaissable. De plus, l'ennemi s'apparentant aux Nazis, le spectateur les voit obligatoirement comme des personnes à emprisonner.

Cependant, de plus en plus, il est impossible de discerner les ennemis comme de nos jours avec les nombreux scandales qui éclaboussent souvent le milieu politique et celui des affaires.

Dans Avengers, les ennemis sont les aliens. Leur côté peu vraisemblable rend leur mort moins problématique pour le spectateur. Dans Captain America : Le Soldat de l'hiver, les ennemis sont les politiques et dirigeants corrompus. Dans Captain America : Civil War, les amis s'opposent. C'est d'ailleurs dans ce film que la politique joue un rôle central et nous définit le point de vue de chaque personnage.

Civil War

En 2012, avec Avengers, on constate que le débat sur la place des super-héros émergent avec deux camps, ceux approuvant l'intervention des héros et ceux qui sont contre. La scène de fin exprime ces divergences d'opinions avec différents extraits de journaux télévisés montrant des interviews notamment des habitants de New York secourus par les justiciers. Certains, comme une serveuse sauvée par Captain America qui déclare "vous pensez que tout ça c'est leur faute ? Captain America m'a réellement sauvé la vie, peut importe qui il est et peu importe qui ils sont vraiment je voudrais les remercier tous". Tandis que d'autres, comme le sénateur de New York, remettent en doute les vengeurs : "ces soi-disant héros seront tenus pour responsables des destructions causées à cette ville. C'était leur combat ? Où se cachent-ils ?[80]". Ce débat était une sorte de prélude pour ce qui allait être l'aboutissement politique du MCU avec la sortie de Captain America : Civil War en 2016.

Nous avons vu plus haut que Captain America avait beaucoup de relations avec la politique de son pays. C'est pourquoi, il était naturel que les points de vue politique de l'univers Marvel soient abordés dans ce qui sera le dernier film solo du super-héros au bouclier.

Si les idées politiques contenues dans MCU avant Civil War relèvent souvent de la recherche fine voir de l’interprétation, ce n'est pas le cas avec le dernier opus. En effet, le contenu politique paraît clair et constitue même le corps du film. On peut sans aucun doute le rapprocher avec la situation politique actuelle de notre société.

Tout d'abord, au niveau des institutions, on retrouve un gouvernement américain très présent avec son secrétaire d’État à la Défense, le général Ross, essayant de reprendre la main par rapport aux Avengers. Grâce également à des institutions internationales comme l’ONU (la conférence devant ratifier les accords de Sokovie pour passer les Avengers sous leur contrôle se déroule à Vienne, un des sièges de l’ONU). Et enfin avec une agence de renseignements citée comme étant la CIA.

Mais surtout par le message officiel : il faut désormais moraliser les interventions des Avengers pour mettre fin aux "dommages collatéraux".

Ainsi, tout l’argumentaire du film repose sur "la fin ne justifie pas les moyens", quitte à perdre l’efficacité y compris contre des menaces extraterrestres de grandes dimensions.

Or, depuis 2008 et l’élection d’Obama le comportement des autorités américaines, et de l’armée, montre que ce soucis de préserver les populations civiles lors des conflits ou lors des opérations spéciales anti-terroristes est devenu une priorité.

Bien entendu, il y a une différence entre la réalité du terrain et la volonté politique qui, aussi sincère soit-elle, reste difficile d'appliquer comme l’Histoire a pu nous le montrer.

Ainsi, le 13 janvier 2016, une opération très importante contre une banque de Daesh fit entre sept et trente morts civils, le 13 mars 2015, quatre civils décèdent sous les bombes américaines qui visaient un check point de Daesh et, d’une manière générale, certaines enquêtes journalistiques font état de plusieurs centaines de victimes civiles cumulées dans la lutte contre l’État islamique. Le niveau d’horreur et de cruauté de ce mouvement justifie sans doute une intervention forte de la part des grandes puissances occidentales. De même, leur volonté de préserver la vie des populations civiles est certainement plus importante que celle de la coalition Bachar el-Assad/Russie[81].

Cependant, le passé américain (Seconde Guerre mondiale, guerre du Viêt Nam, de Corée, du Koweit, etc.) a laissé de nombreuses séquelles. Dorénavant, chaque accident fait l’objet d’explications (plus ou moins complètes) et de communications de la part des autorités.

Civil War intègre cette actualité en mettant en scène les tenants des deux thèses. D’une part, un camp défend le fait qu'il est impossible de lutter contre les méchants sans victimes collatérales mais aussi que la prise de décision doit échapper aux États au profit de l’autonomie des Avengers. D'autre part, le camp adverse exige de placer les interventions des Avengers sous contrôle des organismes internationaux et limiter les pertes collatérales.

Tony Stark adhère à la supervision de son équipe. Sa prise de conscience est symbolisée par la rencontre, dans les coulisses d’un amphithéâtre, avec une fonctionnaire de l’Etat qui a perdu son fils. Une photo de ce dernier donnée au milliardaire le plonge dans une grande perplexité et semble l’ébranler.

Captain America adopte la position opposée et souhaite garder l’autonomie de décision des Avengers par rapport au pouvoir politique. Ce dernier est peut-être plus loin des réalités de la vie quotidienne puisque, après tout, le monde dans lequel il vit n’est plus tout à fait le sien. On a par ailleurs du mal à cerner sa position. En effet, à plusieurs moments du film, il s'apprête à se ranger de l'autre côté (il va jusqu'à prendre un stylo pour aller signer les accords) mais dans le même temps, il semble se plaire dans cette opposition car cette position lui permet de réaliser son objectif premier : sauver son meilleur ami Bucky, le seul lien qui lui reste avec son passé. Ce dernier est accusé d'avoir participé à l'explosion du siège de l'ONU où se tenait la signature des accords de Sokovie. Cette chasse à l'homme constitue l'autre histoire parallèle du film.

Il n’en reste pas moins que l’essentiel de la trame narrative repose surtout sur le thème politique avec comme point de départ, l’explosion de Lagos (Nigeria) et ses victimes innocentes.

Puisque nous venons d’évoquer la mère de Charles Spencer, ce jeune étudiant tué en Sokovie, il est bon d’aborder les deux manières dont le film traite le thème de la vengeance.

Tout en pudeur et colère retenue chez la mère du jeune étudiant face à la folie meurtrière aveugle chez Helmut Zemo qui a vu sa femme et son fils mourir en Sokovie suite à l’action des Avengers contre Hydra. On retrouve donc à travers ces deux personnages la même structure à savoir : légaliste d’un côté (l’action pacifique d'une mère désespérée) et autonome de l’autre (l'action violente d'une entreprise terroriste).

Cet opus donne l'occasion de découvrir les deux visions qui opposent les Avengers. Et même si à première vue, on n'en décèle pas de bon ou mauvais côté, on constate que les idées soutenues par Tony Stark ont plus de fondement que celles de Captain America, puisque par ailleurs, les accords de Sokovie sont approuvés par 117 pays. Le but reste de montrer que l'interventionnisme américain est en voie de disparaître.

Il n'est pas surprenant de voir le milliardaire se ranger du côté du gouvernement puisque les industriels sont souvent très proche de la vie politique.

Iron Man : le P.-D.G. qui fait recette
Tony Stark et sa conscience

Après avoir analysé le super-héros incarnant les valeurs américaines, il est indispensable de se pencher sur le cas de Tony Stark (Iron Man) qui, pour sa part, fut créé aux antipodes de Cap.

En effet, si Captain America a été créé pour aller dans le sens des citoyens américains et pour participer à l'effort de guerre, Iron Man, lui, fut créé pour être haï.

En 1963, les jeunes étaient très favorables à l'idéologie pacifiste. Ils méprisaient l'armée, les armes et les industriels. Avec Iron Man, Stan Lee avait pour objectif de créer "un industriel milliardaire, la quintessence du capitalisme, et d'essayer de trouver un moyen pour que les lecteurs l'apprécie[82]". C'est en 1964, que les lecteurs purent découvrir les premières aventures de l'homme de fer.


Dans les films, on découvre que Tony Stark hérita à la mort de son père de la compagnie de ce dernier, Stark Industries. L’entreprise est spécialisée dans la vente d’arme. Suite à sa blessure causée par ses propres armes, Tony Stark décida d’arrêter toutes ses activités liées à la création et la vente d’arme pour se consacrer aux énergies vertes, aux innovations médicales et agricoles.

Tout le premier opus est consacré à explorer cette relation entre le profit et la morale. En effet, le principal client de Stark Industries étant l'armée américaine, il faut arriver à définir où se situe le bien et le mal car même si sa mission est de défendre le peuple américain, via l'armée américaine, la production d'armes est aussi montrée comme une industrie meurtrière. Comme le souligne le terroriste qui le prend en otage, le héros est "le plus célèbre meurtrier de masse de toute l'histoire de l'Amérique[83]".

Le film réussit bien à montrer les deux perspectives de ce dilemme, d'un côté l'aspect positif et de l'autre, l'aspect négatif.

Pour le côté positif, ce long-métrage montre que cette industrie est nécessaire pour protéger les soldats américains qui, en retour, protégeront la population et le pays. Ainsi, quand Tony rend visite aux soldats basés à l'étranger ces derniers montrent le respect qu'ils ont pour lui en le sollicitant pour des photos et en lui posant des questions. De retour à la maison, il demande à la même journaliste : "allez-vous écrire que nous avons économisé des millions avec nos progrès médicaux et technologiques ou aboli la famine grâce à nos récoltes propres ? Ce sont là des innovations financées par l'armée[84]". Donc, outre la défense, cette affaire contribue à l'avancée médicale et à faire des progrès dans le milieu agricole.

De plus, cette industrie est définitivement montrée comme glamour. Le train de vie de Tony est caractérisé par sa fantastique propriété, ses voitures de luxe et ses dépenses rocambolesques aux jeux d'argent. La deuxième scène du film prend place au Caesars Palace de Las Vegas où le héros se voit remettre un trophée "apogée". Ce prix témoigne d'une reconnaissance mais aussi d'une bénédiction de son travail. Par cette récompense, on valide son travail et donc on lui pardonne ainsi ses nombreuses "victimes".

En ce qui concerne l'aspect négatif, il s'agit comme nous l'avons vu, d'une industrie qui entraîne la mort de nombreuses personnes (coupables ou innocentes).

De plus, cela pose de nombreux problèmes éthiques, tout d'abord celui de la relation qu'entretient Tony Stark envers sa société. En effet, dans la première partie du film, le milliardaire n'a aucun problème de morale. Il pense que les armes qu'il crée sont faites pour protéger et défendre les soldats américains. Il consomme femme après femme, boit et joue. Sa vie est une fête permanente.

Quand il arrive en Afghanistan, il fait la démonstration de son nouveau missile puis son véhicule est bombardé par des terroristes. Avant qu'il ne soit touché, son regard rencontre le missile qui va causer sa blessure. Sur le projectile, il voit inscrit le logo de son entreprise "Stark Industries". Le missile explose et le milliardaire termine transpercé par du shrapnel. Survient ensuite sa capture par les terroristes; il restera prisonnier dans une grotte pendant trois mois et devra sa survie au docteur, otage à ses côtés.

L'exigence des terroristes est que Tony Stark leur construise un missile, ce à quoi le héros est formellement opposé. Lorsque ce dernier s'échappe grâce à sa première armure Iron Man, il commence à se poser des questions sur le devenir de sa compagnie. Malgré les autres projets de l'entreprise, la majeure partie des fonds est issue de la vente d'armes et sert donc à financer le reste. Il déclare pendant la conférence de presse : "Je n'ai pas eu le temps de dire adieu à mon père. Il y a des questions que j'aurais voulu lui poser. Est-ce qu'il aimait ce que faisait son entreprise ? Est-ce qu'il avait des conflits ? Est-ce qu'il avait des doutes ?[85]". Maintenant que le playboy a appris que les terroristes ont saisi ses armes pour les utiliser contre des Américains, la question morale devient : que faire de la compagnie ? Tony trouve réponse à sa question dans la suite de la conférence de presse au cours de laquelle il déclare : "J'ai vu de jeunes Américains se faire tuer par ces mêmes armes que j'ai créées pour les défendre et les protéger. Et j'ai vu aussi que je faisais parti d'un système qui n'estime pas à avoir à se justifier." On voit donc qu'il n'excuse plus le système et le condamne. Il poursuit : "J'ai enfin compris que j'avais mieux à offrir à ce monde que des objets qui explosent. Voilà pourquoi à partir d'aujourd'hui, je décide de fermer la manufacture d'armement de Stark Industries. Je ne fabriquerai plus d'armes". Avec cette utilisation du pronom "je", il prend enfin ses responsabilités.

Il est clair qu'à ce stade l'homme d'affaire a décidé que son enrichissement ne vaut pas le mal que ses armes causent. Il déclarera d'ailleurs par la suite : "Je ne veux pas que des pierres tombales deviennent notre seul héritage[86]".

Suite à cette prise de conscience, il engage non seulement sa réputation mais aussi celle de son entreprise puisque le cours des actions de celle-ci perd 56,5 points suite à l'annonce de l'arrêt de la fabrication d'armes. Il faut également penser au nombre de personnes se retrouvant au chômage suite à une telle restructuration. Le changement engendré crée un grand bouleversement puisqu'en allant contre les actionnaires, il va également contre le fondement du capitalisme : la bourse. On voit donc que sa détermination est immense.

La seule façon de se sauver lui-même, et son entreprise, est de mettre ses talents d'innovateurs à créer autre chose. L'industrie de la défense dans son ensemble est très controversée, ainsi, en passant au secteur des énergies vertes, il produit une ressource faisant le bien et générant la vie (ou du moins, la préservant).

Il a choisi de prendre des décisions moralement éthiques qui servent à rendre le monde meilleur qu'il n'est. Cependant, ce n'est pas le cas de son partenaire, et mentor, Obadiah Stane.

La vision du néo-libéralisme

Obadiah était le bras droit de Howard Stark. A la mort de ce dernier, le businessman prit Tony sous son aile et géra Stark Industries en attendant que le jeune homme atteigne l'âge de 21 ans et soit légalement capable de prendre la relève.

Pour Obadiah, l'entreprise devait lui revenir car il en est, soi-disant, le créateur : "J'ai construit cette entreprise à partir de rien. Rien ne se mettra en travers de ma route[87]".

Au-delà du titre, il veut également le plus d'argent possible. Pour atteindre ces deux objectifs, on découvre qu'il est le commanditaire du kidnapping du héros mais aussi qu'il est derrière la vente des armes aux terroristes. Pour lui, il semble que la méthode importe peu, seuls les résultats comptent.


Tony et Howard Stark ont eu le mérite d'être les créateurs des produits de l'entreprise. Ainsi, leur salaire est mérité. C'est d'ailleurs, la base du point de vue américain, à savoir que le succès et la richesse arrivent par le travail. Or, on ne voit jamais Obadiah au travail. Il ordonne à des scientifiques de lui recréer l'armure car il ne peut pas le faire lui-même n'ayant pas les connaissances.

Ce personnage incarne toutes les critiques faites au néo-libéralisme. Contrairement au capitalisme, il n'a aucune morale dans la conduite de ses affaires. On le voit mener des négociations de vente d'armes avec des pays démocratiquement douteux. Si Tony Stark, capitaliste, vendait des armes, il avait au moins toujours le mérite de refuser de le faire à n'importe qui et de respecter les lois des pays en question. Il rappelle d'ailleurs à Stane qu'ils avaient convenu un marché avec les actionnaires : "Quand ils ont dit : Il y a une ligne que l'on ne franchit pas. C'est comme ça qu'on voit le commerce[88]". Stane, lui, s'en moque tant que l'argent arrive.


On retrouve les mêmes critiques du néo-libéralisme dans le deuxième opus. Elles sont même encore amplifiées avec le personnage de Justin Hammer.

Justin Hammer, P.-D.G. de Hammer Industries, est le leader dans la vente d’arme suite au retrait de Stark Industries. Là encore, le dirigeant est prêt à tout pour amasser de l’argent, quitte à s’allier avec des personnes douteuses.

A la différence du méchant du premier opus, Justin Hammer est à la tête de son entreprise et de ses créations. Cependant, on constate qu'il fournit du matériel de mauvaise qualité. Il n'a donc aucune conscience professionnelle. De plus, le businessman se croit dangereux, proférant des menaces, agissant comme un esclavagiste sur Ivan Vanko (le "méchant Russe" de l'histoire).

En intervenant comme témoin devant le comité sénatorial des forces armées, on découvre les liens étroits qu'il entretient avec le sénateur Stern (qu'on découvrira membre de Hydra dans Captain America : Le Soldat de l'hiver). De plus, Justin Hammer déclare "il y a bien trop longtemps que le gouvernement met en péril la vie des citoyens de ce pays[89]". Comme nous n'avons pas d'information sur le parti au pouvoir dans le MCU, nous pouvons penser que la tirade est adressée au gouvernement en place à cette époque à savoir les démocrates sous l'égide de Barack Obama. On peut en déduire donc que Justin Hammer est républicain, comme d'ailleurs la majeure partie des néo-libéraux.

Finalement, l'homme d'affaire se fait doubler par le Russe et l'on découvre alors qu'il passe plus pour un idiot que pour un dangereux criminel. Encore une fois, le néo-libéralisme et les industriels véreux sont dépeints d'une façon ridicule.

Ainsi, Tony Stark a évolué là où Justin Hammer a stagné. L'un est devenu une inspiration pour le monde, tandis que l'autre est oublié dans un recoin d'une prison. Cette évolution sert d'exemple et tient donc un rôle pédagogique, celui d'instruire les spectateurs sur les dangers du néo-libéralisme.

Ainsi, Marvel Studios ne s'affiche pas contre le capitalisme, puisque l'entreprise se sert de ce modèle de gestion dans leurs affaires, mais milite pour une moralisation du capitalisme et contre une certaine dérive de ce système.


On souligne à la fin du deuxième Iron Man que Tony Stark n'est pas recommandé pour le projet Avengers mais Iron Man oui. Nick Fury lui propose le statut de consultant, ce à quoi il répond : "je suis hors de prix". Même le S.H.I.E.L.D., institution très puissante, ne peut pas s'octroyer ses services. Finalement, le milliardaire conclut "je peux envisager un rabais sur mes tarifs habituels en échange d'un petit service". Ainsi, même avec ce statut spécial et sans être recommandé, il va participer à la préservation de la Terre au sein des Avengers. Son statut ne sera jamais rediscuté. Il est donc à part entière dans cette équipe notamment en raison de son influence mais également de son argent. Malgré tout, il est montré vulnérable et susceptible de faire des erreurs (comme la création d'Ultron). Le message semble être que le pouvoir et l'argent ne rendent pas une personne irréprochable et ne prive pas de l'obligation d'assumer ses responsabilités. C'est d'ailleurs à cause de cet incident, entre autres, qu'il se rangera du côté du gouvernement dans le film Civil War.


Une autre réflexion présente dans les films porte sur l'utilisation de l'arme nucléaire. En effet, Howard Stark est, dans l'univers Marvel, un des créateurs de la bombe atomique pendant la Seconde Guerre mondiale, comme il est mentionné dans le premier épisode.

Dans Avengers, l'armée ordonne l'envoi d'un missile nucléaire pour éradiquer la menace alien. Nick Fury, opposé à cet ordre à cause des risques pour la population, essaye d'abattre l'avion transportant l'arme. N'y arrivant pas, c'est Tony Stark, qui va empêcher la destruction de Manhattan, en emportant l'ogive dans une autre galaxie.

Du temps de Howard Stark, l'arme nucléaire était considérée comme nécessaire pour lutter contre les menaces extérieures (fin de la Seconde Guerre mondiale et guerre froide). Cependant, du temps du fils, Tony Stark, la nouvelle politique encourage la réduction voir la disparition des armes nucléaires. C'est en outre, la voie prônée par Barack Obama qui fut, par ailleurs, le premier président américain à se rendre à Hiroshima, le 27 mai 2016.

L'évocation de ce problème montre également la proximité de l'univers avec les questions écologiques.

Les autres aspects politiques
L'écologie dans le MCU

La Californie, État qui abrite Hollywood, est connue pour être sensible aux problèmes écologiques. En effet, cet état est souvent en proie aux flammes, à la sécheresse, à la pollution, notamment à Los Angeles. Mais le territoire compte aussi de nombreux parcs nationaux qui sont parmi les plus beaux du pays, comme la Vallée de la mort, Yosemite ou Séquoia Park. La Californie est donc très préoccupée par les problèmes environnementaux.

A travers le MCU, on remarque que le studio semble avoir un certain intérêt pour l'écologie faisant écho aux préoccupations californiennes.


Tout d'abord, comme nous l'avons vu plus haut, Tony Stark arrête la fabrication d'armements pour se consacrer aux énergies vertes. Ce changement n'est pas anodin car il est synonyme d'une rédemption. En choisissant ce mode d'énergie, vue comme étant "propre" pour la planète, on insiste sur la volonté du super-héros de vouloir sauver la Terre et ses habitants après avoir contribué, indirectement, à en tuer. On constate d'ailleurs que les P.-D.G. d'entreprises technologiques ou écologiques sont bien vus par rapport à ceux du milieu de la finance, des affaires qui, par le caractère fictif et immatériel de leurs activités, sèment le doute. Il n'est donc pas surprenant que Obadiah Stane déclare : "nous l'avons construit que pour calmer cette bande de hippies[90]". Ce à quoi Tony Stark répond "il fonctionne". Ne voyant que la rentabilité, l'homme d'affaire corrompu ne veut pas se lancer dans cette voie. Celle choisie par Tony Stark montre qu'il est bénéfique d'exploiter ces ressources.

Dans Avengers 2, on apprend que Hawkeye garde sa famille en secret à la campagne. Ainsi, si les villes sont synonymes du chaos où ont lieu les batailles, ce n'est pas le cas de la campagne vue comme un endroit paisible et sûr.

Il est d'ailleurs important de constater que le nom de Hawkeye fait allusion au Hawk (faucon). Ainsi, de nombreux super-héros ont pour alter-ego des animaux : Ant-Man (l'homme fourmi), Black Widow (veuve noire), Wasp (la guêpe), Black Panther (panthère noire), etc. Constituant l'essence même de leur être, ils deviennent respectueux du milieu qu'ils représentent. On voit notamment Ant-Man qui cohabite avec les fourmis, se servant de ces dernières comme alliés. A la mort d'Antoinette, une fourmi ayant aidé le héros, les spectateurs, et notamment les plus jeunes, semblaient très affectés, tout comme le protagoniste. Le réalisateur a d'ailleurs reçu plusieurs lettres de parents dont les enfants étaient très touchés[91]. Or, la fourmi est un être vu comme insignifiant, qu'on écrase facilement. Ici, le film leur donne une autre dimension contribuant à faire prendre conscience aux enfants (mais peut-être aussi aux adultes) que chaque vie compte.


Les animaux sont mêmes personnifiés comme avec le personnage de Rocket Racoon dans les Gardiens de la galaxie. C'est également le cas de son compagnon, un arbre du nom de Groot. Si l'on applique un syllogisme, on constate que Groot se sacrifie pour ses coéquipiers. Or, ces derniers sauvent la galaxie. Donc Groot sauve la galaxie. De plus, il ne meurt pas vraiment puisqu'une de ses branches germe de nouveau et le fait revivre. Prouvant donc que les bonnes causes ne meurent jamais.

Un autre arbre tient une importance cruciale, puisque dans Thor, Yggdrasil, l'arbre du monde, relie les neufs royaumes entre eux. Il sert à l'équilibre entre les mondes et est donc crucial dans la mythologie nordique.

La Californie (comme l'État de New York ou la ville de Washington D.C.) est un État à part entière des États-Unis. Le tout Hollywood, ne jure que par les modes, qu'elles soient diététiques, vestimentaires, etc. Cela crée un environnement particulier où la diversité est privilégiée et rend donc plus tolérants les habitants. Étant moins conservateur, l'État est majoritairement démocrate. De plus, de nombreux acteurs s'engagent pour des causes diverses et ceux du MCU sont particulièrement actifs. Si beaucoup d'entre eux supportent diverses associations affiliées à la médecine ou venant en aide aux enfants, Mark Ruffalo, fervent supporter du candidat Bernie Sanders, est également parrain de nombreuses associations notamment pour l'eau (Water Defense) mais oeuvre également pour l'écologie. Il a d'ailleurs montré sa ferme opposition à l'extraction du gaz de schiste.


On voit grâce à ces exemples que l'écologie tient une place non négligeable dans l'univers cinématographique Marvel. On ne s'attendait pas forcément à voir aborder un tel thème dans des films de super-héros et pourtant d'autres sujets tout aussi surprenants sont aussi présents.

La vision de l'Afrique

Dans le MCU, on remarque que les films nous offrent une vision plutôt positive de l'Afrique. En effet, à maintes reprises, le continent est représenté de façon valorisante.

La plus grosse apparition survient dans Avengers 2 où une bataille a lieu au centre de Johannesburg. On constate qu'il y a de nombreux buildings à l'allure moderne et cela change de la vision primitive souvent exposée lorsque l'industrie cinématographique s'empare de la représentation du continent africain.

Il y a d'ailleurs un plan montrant les Africains recouverts de poussière suite à l'effondrement d'un building. Ces visages font écho à ceux des victimes sorties du World Trade Center et des secouristes et survivants. De plus, comme à New York, on montre un centre urbain détruit. Ainsi, les Africains sont montrés comme confrontés aux mêmes problèmes que les Européens et Américains. Pire, Hulk est celui qui détruit le centre ville comme s'il incarnait le reflet des siècles de colonisation où les étrangers arrivèrent, pillaient les ressources sans jamais faire face à d'éventuelles conséquences.


Pour rebondir sur la partie écologique, on constate que dans Civil War, le pays du Wakanda, où oeuvre Black Panther, est représenté de manière technologique où la nature et les habitants ne font qu'un. De plus, dans le même long-métrage, le dirigeant africain T'Chaka tient la position centrale dans les négociations sur la supervision des super-héros.

Il est d'ailleurs à noter que le tournage du film Black Panther aura lieu, selon les dires de Kevin Feige, exclusivement en Afrique et avec au moins 90% d'acteurs africains et afro-américains[92]. Montrant la volonté de Marvel d'entretenir des relations positives avec les autres puissances.

Marvel et ses relations avec les autres puissances

La géopolitique est un sujet crucial de nos jours car l'équilibre mondial, après une embellie sensible, est à nouveau fragile et des relations politiques dégradées entre certains pays du monde peuvent se révéler porteuses de graves conséquences. De la manière dont cet aspect des choses sera traité, découle le succès du film dans certains pays étrangers. C'est pourquoi, il était important d'analyser et de terminer sur les relations qu'entretient Marvel, c'est à dire les Américains, avec les autres pays par le biais de leurs films.

La parade de Marvel

Comme nous l'avons analysé plus haut avec l'exemple de Captain America, les ennemis ont changé en fonction de l'époque et du cours de l'Histoire. Ainsi, si du temps des comics, les Soviétiques, les nazis, les communistes, etc., étaient les ennemis des justiciers, ce n’est plus le cas 75 ans plus tard.

Aujourd'hui, avec l'exposition médiatique de ses films, Marvel Studios, tout comme Disney a intérêt à entretenir et décrire des bonnes relations avec toutes les puissances (ou la plupart) pour pouvoir continuer l'exportation de ses films. Des millions de dollars sont en jeu.

Prenons l'exemple du troisième opus de l'homme de fer, Iron Man 3.

Marvel conclut un accord en 2012 avec DMG Entertainment, la première société de production cinématographique de Chine, pour le co-produire. Grâce à cet accord, le film pouvait être considéré, en Chine, comme un long-métrage "Made in China" et il aurait pu ainsi contourner la politique du gouvernement qui impose un nombre limité de copies des films étrangers distribués dans les salles du pays. Malheureusement pour la firme, cette partie de l’accord échoua. Néanmoins, ce partenariat mena à la création de deux versions d’Iron Man 3, la première destinée au public international et la seconde, qui comporte des scènes spécialement conçues avec les acteurs chinois présents dans le film, destinée uniquement au public sinophone. Avec cette technique, Marvel a pu s’implanter dans un pays qui n’a pas de lien fort avec les États-Unis. Ils ont donc réussi à pénétrer le marché chinois par un autre biais. Une tactique payante puisque Iron Man 3 reste actuellement le dixième succès du boxoffice mondial avec 1,2 milliard de dollars dont 121 millions rien que pour la Chine. Lorsque l’on compare ce chiffre avec celui du deuxième opus, Iron Man 2, on constate que le montant rapporté tombe à 7,9 millions pour la Chine. Le tournage du film en Chine a donc permis à Marvel d'accroître considérablement sa portée dans l'Empire du milieu.

Concernant l'histoire en elle-même, Tales of Suspense #50 (1964), qui a en partie inspiré le film, marque le début du Mandarin. Comme son nom le suggère, ce personnage est d'origine chinoise. Ce dernier est considéré comme l'ennemi juré d'Iron Man. Il était donc impératif pour les scénaristes de faire figurer ce personnage dans l'un des films. Malgré tout, il fallait le faire de façon à ne pas froisser la plus grande communauté asiatique des États-Unis (près de 3 millions de sino-américains [93]) ainsi qu'un partenaire économique de poids. En effet, 93 en 2005, les exports vers la Chine s'élevait à un montant de 42 milliards de dollars. En 2015, ce chiffre s'était s'envolé pour atteindre près de 116 milliards de dollars[94].

C'est la raison pour laquelle dans Iron Man 3, le super-vilain passe de terroriste dans les comics, à acteur américain se faisant passer pour un terroriste du Moyen-Orient.

Aujourd'hui, les terroristes sont les ennemis du monde et en particulier des Américains, qui sont, par ailleurs depuis des années, en conflit avec certains pays du Moyen-Orient. Ainsi, lorsque dans les comics, l’alter ego de Tony Stark, Iron Man, prenait vie en 1964 dans une jungle Viet Cong, en 2008, la naissance du héros se fait dans une cave en Afghanistan.


Outre le fait de le faire passer pour un terroriste, les scénaristes ont joué sur sa nationalité. En effet, l'acteur Ben Kingsley, qui interprète le super-vilain, est anglais. Il a transmis son accent britannique à son personnage Trevor Slattery. Ce dernier, lorsqu'il incarne le Mandarin, modifie sa voix au profit d'une voix plus grave avec un accent américain. De plus, on voit souvent le terroriste porter des lunettes Ray-Ban, symbole américain s'il en est. Au point de vue physique, le Mandarin ressemble plus à Ben Laden qu'à un chinois.

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De même, le décor du repère du Mandarin imite un peu ce melting pot de culture. C'est pourquoi, une télévision dernier cri côtoie un meuble antique. De même, si l'on observe les murs, l'un est orné de motifs indéfinissables semblant ressembler à des dragons tandis que sur un autre on voit un point levé avec le drapeau américain.

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A ce niveau de l'analyse il est intéressant de dresser un tableau recensant les ennemis dans l'univers cinématographique du MCU.

Les différents ennemis

Comme on peut le voir, tous les antagonistes de l'univers Marvel tombent dans l'une, ou plusieurs, de ces cinq catégories.

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Les Nazis sont les ennemis de toujours, et quiconque oserait nier leur tyrannie et leurs atrocités, serait automatiquement mis en défaut et condamné pour négationnisme, comme l'impose la loi française. Dorénavant, quasiment tous les peuples à travers le monde condamnent les actions des terroristes.

Les aliens/robots, qui ne risquent pas de s'offusquer car n'existant pas sont les vilains les plus facilement utilisés, avec les Américains. Ces derniers sont prisés car les super-héros étant eux-mêmes, en majeure partie, d'Outre-Atlantique, les Américains ne se vexent pas de voir un de leur concitoyen être l'antagoniste puisqu'un autre Américain viendra sauver le pays/monde/ galaxie.

Quant aux autres personnages, notamment ceux semblant être issus de l'ancienne Europe de l'Est (la Sokovie en est l'exemple le plus concret car ce nom reprend jusqu'à la consonance de ces pays : Slovaquie, Slovénie, etc.) ils ne risquent pas de vexer les habitants de ces pays qui ont eux-mêmes rompu avec leurs anciens systèmes politiques, allant jusqu'à remanier leurs territoires (Tchécoslovaquie et Yougoslavie par exemple).

C'est donc avec un système diplomatique basé sur de forts intérêts économiques que Marvel figure les ennemis de ses super-héros, mélangeant habilement la nationalité de ses personnages et de ses acteurs.

Les bases idéologiques de Marvel se sont bâties sur une lutte contre le nazisme en parallèle à l'engagement des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. Certes cet engagement fut tardif et avait peut-être plus une motivation de protection des intérêts américains dans le Pacifique qu'une opposition à une idéologie dévastatrice. Mais une fois rentrée en guerre, honorant ainsi les alliances avec ses amis européens, l'Amérique se dota d'un visage de combattante de la liberté. Quoi de mieux pour une maison d'édition que d'adopter ce même profil ? Par la suite, les positions de Marvel furent plus troubles, affichant finalement un suivisme quasi parfait avec la politique américaine : guerre froide, chasse aux communisme, lutte anti-terrorisme. Avec ce dernier aspect qui fait plus facilement l'unanimité, le MCU semble retrouver un terrain favorable et hélas pour l'instant inépuisable.

En semblant critiquer un système néo-libéral trop dur pour les classes défavorisées, en étant sensible aux aspects écologiques, en semblant choisir en matière de politique internationale les positions des États démocratiques, le MCU se place dans une position neutre par rapport aux positions des deux grands partis politiques américains, entre démocrates et républicains modérés. Quoi de plus normal finalement que d'adopter cette position standard ou moyenne, celle qui garantit en quelque sorte l'audience maximale. Malgré tout, Marvel et ses héros restent fidèles aux principes de la démocratie en combattant les extrêmes. D'ailleurs, grâce à Steve Rogers et à Tony Stark, toutes les facettes de l'échantillon politique américain traditionnel sont représentées.

Conclusion

Nous avons vu plusieurs éléments à travers ce mémoire qui nous permettent maintenant d'affirmer que les créations de Marvel Studios représentent un intérêt esthétique certain. Mais ont peut aussi percevoir sur les problèmes de notre temps aussi bien sociétaux que sociaux ou politiques un timide progressisme.

Au niveau esthétique, le mélange des genres contribue à rendre les films intéressants d'opus en opus. De plus, il ne s'agit pas de faire des films avec des codes visuels attirants, plaisant au plus grand nombre de spectateurs puisque les films sont tous différents les uns des autres. Un spectateur ayant aimé Iron Man sera peut-être déçu par Les Gardiens de la galaxie.

Ainsi, il est certain qu'il y a une marque de fabrique Marvel à laquelle les réalisateurs doivent se plier. Il y a un cahier des charges permettant que chaque film rentre dans la continuité Marvel (le MCU). Ce sont ces contraintes qui font que certains réalisateurs renoncent à produire un projet de la firme. Cependant, une fois le projet en route, les réalisateurs, comme nous l'avons vu avec James Gunn ou Jon Favreau, ont une grande liberté. Bien sûr, comme toutes les entreprises, Marvel peut avoir des secrets cachés. Cependant, au vu des différentes analyses menées, nous pouvons en déduire que le MCU est un plan bien huilé qui suit des codes très précis qu'il est facile pour le réalisateur de suivre. Beaucoup de ces derniers restent au sein de l'entreprise. Tout comme les spectateurs restent fidèles grâce à ce procédé innovant d'interconnexion des univers, qui n'est pas si éloigné des séries télévisées.

Certes au niveau des idées transmises, on pourrait toujours attendre des positions encore plus avant gardiste de la part de l'entreprise. Mais quand on replace les longs-métrages Marvel dans le contexte des autres blockbusters hollywoodiens, on se rend compte qu'ils sont relativement précurseurs notamment sur la place qu'ils donnent aux minorités, surtout pour les afro-américains, et bientôt sans doute aux lesbiennes et/ou aux gays.

Quand au point de vue politique exprimé, il serait intéressant de voir si le studio prendrait des positions différentes dans l'éventualité (problématique) où un homme comme Donald Trump venait à devenir président. Que se passerait-t-il alors ? Ferait-t-il des films militants ? Ou, au contraire, suivrait-il le courant actuel et oublierait de développer ses thèmes précurseurs qui semblent être si chers aux auteurs des comics et par extension, des films.

Par ailleurs, de nombreux thèmes restent encore à explorer comme la religion ou la philosophie. C'est pourquoi, il est quelque peu paradoxal que certaines personnes réduisent ces films à de vulgaires divertissements. Le MCU étant encore jeune, on peut espérer que Marvel saura de plus en plus prouver qu'un blockbuster peut être porteur et véhiculeur d'idées.

Le film de super-héros implique, dans la plupart des cas, de gros budgets. Les effets spéciaux, les tournages dans plusieurs villes, et désormais des acteurs célèbres, sont nécessaires pour doter ces productions d'une dimension mondiale qui traduit encore plus le côté "sauveur de l'humanité" du super-héros.

Par ailleurs, un film de super-héros indépendant reste tout à fait concevable. Ce fut le cas notamment de films comme Vincent n'a pas d'écailles. Cependant, la dimension ne fut pas la même car le film était doté d'un petit budget de 1,6 million d'euros, et le spectateur perd le côté spectaculaire et grandiose propre à ces êtres. D'ailleurs, le film fut classé comme comédie dramatique fantastique.

Dans un avenir proche, je ne vois pas le genre du film de super-héros disparaître comme ce fut le cas pour les westerns. En effet, là où les westerns se rattachaient à une certaine période d'une Histoire uniquement américaine, les films de super-héros ont eux une dimension mondiale. Ces films produits par les Américains ont cette dimension même dans leur production puisque Thor 2 fut tourné à Londres, Avengers 2 à Séoul, Civil War au Nigéria, etc. Et on annonce même deux projets Marvel Studios ici, en France.

De plus, les justiciers ne sont pas rattachés à une époque et sont donc intemporels et peuvent ainsi suivre notre Histoire, ce que nous avons démontré dans la partie politique où plus de soixante dix ans d'Histoire ont été traités.

Lorsque plusieurs comédies, comédies romantiques ou films d'action sortent par mois dans les salles, seulement cinq à six films de super-héros sortent par an (trois au maximum produits et réalisés par Marvel Studios). On peut donc difficilement parler d'une déferlante de film de super-héros. Il s'agit plus d'un genre qui s'affirme progressivement car la période que nous connaissons actuellement les aide à prospérer. Peut-être qu'une fois la situation mondiale stabilisée, ceux-ci disparaîtront. Une chose est sûre, c'est qu'ils reviendront un jour ou l'autre, avec des formes nouvelles réinventées.

En attendant, le jeune studio Marvel continue de prospérer et cela durera encore quelques années. Là aussi, le temps affirmera, ou contredira, certaines des remarques faites tout au long de ses pages. La richesse d'un art vient aussi de sa diversité. Et la meilleure façon pour cet aspect du cinéma d'affirmer sa place est de continuer à faire progresser sa qualité, sa recherche créative, sa place dans la société et de rester fidèle à sa source d'inspiration, les comics.

Annexes

Annexe 1

Tweet de James Gunn en réponse à ma question sur l'élaboration du storyboard.

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Traduction : Utilisez-vous les comics comme des storyboard pour les Gardiens de la galaxie ? Si oui, lesquels ? James Gunn : Non, jamais.

Je me souviens, vous aviez déclaré, il y a quelque temps, que vous n'utilisiez jamais de storyboards. JG : Non. Je dessine les storyboards pour chaque plan du film.

Annexe 2

Poster des Gardiens de la galaxie.

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Annexe 3

Email issu du site Wikileaks.com révélant les critères du nouveau Spider Man.

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Annexe 4

Histoire complète de How Superman Would End The War (1940).

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Annexe 5

Couverture de Captain America : The Gruesome Secret of the Dragon of Death (1941).

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Annexe 6

Kit de bienvenue du fan club "Sentinels Of Liberty".

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Annexe 7

Publicités publiées dans plusieurs numéros de Captain America.

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Annexe 8

Extraits de Captain America, Vol. 1: The New Deal (2002).

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Annexe 9

Interview Philippe Guedj.

Tout d'abord, je voulais savoir si vous aviez des connaissances sur l’influence de Disney dans les productions de Marvel Studios ?

Philippe Guedj : A ma connaissance, Disney n’a pas la moindre espèce d’implication dans les productions Marvel. Marvel Studios était déjà une société parfaitement opérationnelle au moment de son rachat par Disney, qui avait fait ses preuves avec le triomphe planétaire d’Iron Man un an plus tôt. C’est un État dans l’État au sein de Disney et tant que les films cartonnent, ils foutent une paix royale à Marvel. Kevin Feige, le patron de MS, a pour responsable direct Alan Horn (le patron du studio Walt Disney) mais, hormis cela, je suis à peu près convaincu que le choix des films, des phases, des talents, des histoires, bref toute la stratégie créatrice est décidée à 100% chez Marvel sans intervention des cadres de Disney qui, de toute façon, ne maîtrisent pas le sujet aussi bien que Marvel. Leur seule influence est au niveau du marketing et de la distribution mondiale des films Marvel.

Il paraît que les relations entre Ike Perlmutter et Kevin Feige sont à l'origine de la prise de contrôle de Marvel Studios par Mickey. Pensez-vous que ce changement occasionnera une ingérence de Disney dans les films de Marvel (notamment au niveau du scénario) ou Kevin Feige sera capable de garder son "indépendance" ?

PG : Comme dit plus haut, de ce que je sais et sans avoir fait d’enquête préalable récente, tant que les films marchent, Kevin Feige et ses collaborateurs restent à 100% indépendants.

Y’avait-il déjà une influence de Disney sur le MCU depuis le rachat de Marvel Entertainment en 2009 ?

PG : Non.

Pourriez-vous également m'éclairer sur le choix, il me semble, assez "audacieux" de Marvel concernant ses réalisateurs ? Pourquoi s'orientent-ils vers des réalisateurs comme James Gunn (qui s'est longtemps consacré aux séries B) plutôt que vers des valeurs sûres d'Hollywood qui assurerait à Marvel un bénéfice confortable au box-office ?

PG : Le choix de James Gunn pour Les Gardiens de la galaxie est effectivement assez audacieux, mais il est assez atypique au sein des autres choix de Marvel et pour le reste des réalisateurs c’est difficile de taxer "d’audacieux" ces choix. Qu’il s’agisse de Jon Favreau (Iron Man 1 et 2), Shane Black (Iron Man 3), Joe Johnston (Captain America), Joss Whedon (Avengers), Louis Leterrier (Hulk), les frères Russo (Cap America 2 et 3), Kenneth Branagh (Thor) ou le réal de Thor 2 dont je ne me rappelle même plus le nom, ils sont en fait très différents les uns des autres et si on devait retenir un point commun à tous ces mecs, ce serait le fait qu’aucun n’est un réalisateur en position de pouvoir à Hollywood, une "valeur sûre" comme vous dites, avec un univers créatif qui lui est propre et certainement une personnalité qui serait trop affirmée. Ce sont tous, soit des fanboys (Leterrier, Whedon, Gunn, les Russo), soit des vieux en manque de comeback (Brannagh, Johnston, Shane Black)…. Bref des techniciens qui vont faire le job mais aussi des "yes men" à la mise en scène interchangeable. Dans ce cadre-là, le choix de James Gunn était en effet "un peu" audacieux parce que son CV d’avant comme réal est assez rock n roll.

Pensez-vous que la transmission d'idées politiques et sociales dans les films du MCU soit une priorité pour Marvel ?

PG : Absolument pas. Ou alors pour surfer sur l'air du temps - le scénario de Captain America le soldat de l’hiver s’inscrit dans un air du temps particulièrement palpable depuis l’affaire Snowden/wikileaks.

Il semble y avoir un gros changement notamment avec la présence de plus de personnages féminins mais également avec un Captain America plus politique (Captain America : Le Soldat de l'hiver). Croyez-vous que les séries Marvel/Netflix sont un test pour introduire des concepts plus sérieux et adultes dans les films de la phase 4 (par exemple) ?

PG : Encore une fois, non je n’y crois pas une seule seconde, autrement qu’à la marge pour essayer de faire un peu évoluer les films. La priorité des films Marvel, c’est le divertissement du plus large public possible, des films familiaux un peu rock n roll et décalés mais jamais trop pour ne pas choquer la cible familiale. On est chez Disney hein...

Bibliographie

Livres

  • M. Atallah, F. Jaccaud, F. Valéry et F. Maire, Les Collections de la maison d’ailleurs : Les Super-héros, Chambéry, Editions ActuSF , 2014, 92 pages.
  • B. Bell et Dr Vassallo, The Secret History of Marvel Comics, Seattle, Fantagraphics, 2012, 306 pages.
  • O. Delcroix, Les Super-héros au cinéma, Paris, Editions Hoëbeke, 2012, 192 pages.
  • E. Dufour, Le Cinéma de science-fiction, Paris, Armand Colin, 2011, 272 pages.
  • R. Goulart, Great American Comic Books, Morton Grove, Publications International, Ltd., 2001, 344 pages.
  • S. Inness, Action Chicks : New Images of Tough Women in Popular Culture, New York, Palgrave Macmillan, 2004, 293 pages.
  • S. Lee et G. Mair, Excelsior!: The Amazing Life of Stan Lee, New York, Touchstone, 2002, 160 pages.
  • F, Nietzsche, Crépuscule des idoles ou Comment philosopher à coups de marteau, Paris, Gallimard, 1977, 160 pages. Collection Folio essais.
  • J. Quesada, Official Index to the Marvel Universe Volume 1, New York, Marvel Comics, 2009.
  • K. M, Scott, Marvel Comics’ Civil War and the Age of Terror, Jefferson, McFarland, 2015, 240 pages.

Articles

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  • F. Bordat, Le code Hays, l'autocensure du cinéma américain, in Vingtième Siècle, revue d'histoire Vol.15 n°1, Paris, Presses de Science Po, 1987.
  • S. Bukatman, Why I Hate Superhero Movies, in Cinema Journal, Volume 50, n° 3, 2011, Austin, University Texas Press, pp. 118 à 122.
  • J. Goebbel, Jerry Siegel Attacks!, in Das schwarze Korps, 25 avril 1940, p. 8.
  • J.-M., Sabatier, Image et Son - La Revue du Cinéma n° 294, Paris, l'Union française des offices de cinéma éducateur laïques, mars 1975, p.121.

Comics

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  • B. M. Bendis et D. Finch, Avengers Disassembled, New York, Marvel Comics, 22 novembre 2006, 176 pages.
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  • J. Cassaday et J. Whedon, Astonishing X-Men Tome 1, New York, Marvel Comics, 2010, 150 pages.
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  • J. Hickman et J. Opeña, Avengers Vol. 5 #2, New York, Marvel Comics, 19 décembre 2012
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  • J. Morrow, "Simon & Kirby's Kids Go To War" in The Collected Jack Kirby Collector Volume 1, Raleigh, Tomorrow Publishing, 2004. 136 pages.
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  • D. Rico et A. Avison, Captain America #13, New York, Timely Publications, 1941, 32 p.
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  • J. Steranko, Nick Fury : Agents of SH.I.E.L.D. #1, New York, Marvel Comics, 10 juin 1968.
  • G. Willow Wilson et C. Chiang, Miss Marvel #1, New York, Marvel Comics, 18 novembre 2015.

Filmographie

Longs-métrages étudiés

  • Ant-Man (Ant-Man), P. Reed, 2015.
  • Avengers (Marvel’s The Avengers), J. Whedon, 2012.
  • Avengers : L’Ere d’Ultron (Avengers: Age of Ultron), J. Whedon, 2015.
  • Captain America : First Avenger (Captain America: The First Avenger), J. Johnston, 2016.
  • Captain America : Le Soldat de l’hiver (Captain America: The Winter Soldier), A. Russo et J. Russo, 2014.
  • Captain America : Civil War (Captain America: Civil War), A. Russo et J. Russo, 2016.
  • L’Incroyable Hulk (The Incredible Hulk), L. Leterrier, 2008.
  • Iron Man (Iron Man), J. Favreau, 2008.
  • Iron Man 2 (Iron Man 2), J. Favreau, 2010.
  • Iron Man 3 (Iron Man 3), S. Black, 2013.
  • Les Gardiens de la galaxie (Guardians of the Galaxy), J. Gunn, 2014.
  • Thor (Thor), K. Branagh, 2011.
  • Thor : Le Monde des ténèbres (Thor : The Dark World), A. Taylor, 2013.

Longs-métrages cités

  • Ant-Man et la Guêpe (Ant-Man and the Wasp), P. Reed, 2018.
  • Avengers 3 part I (Avengers: Infinity War Part I), A. Russo et J. Russo, 2018.
  • Avengers 3 part II (Avengers: Infinity War Part II), A. Russo et J. Russo, 2019.
  • Batman Begins (Batman Begins), C. Nolan, 2005.
  • Barbarella (Barbarella), R. Vadim, 1968.
  • Beaucoup de bruit pour rien (Much Ado About Nothing), K. Branagh, 1993.
  • Black Panther (Black Panther), R. Coogler, 2018.
  • Bye Bye Love (Down with Love), P. Reed, 2003.
  • Captain Marvel (Captain Marvel), NC, 2018.
  • Chair et fury (Flesh and Fury), J. Pevney, 1952.
  • Deadpool (Deadpool), T. Miller, 2016.
  • Docteur Strange (Doctor Strange), S. Derrickson, 2016.
  • Fast & Furious : Tokyo Drift (The Fast & Furious: Tokyo Drift), J. Lin, 2006.
  • Hamlet (Hamlet), K. Branagh, 1996.
  • Henry V (Henry V), K. Branagh, 1989.
  • Horribilis (Slither), J. Gunn, 2006.
  • Howard... une nouvelle race de héros (Howard the Duck), Willard Huyck, 1986.
  • Il était une fois dans l’Ouest (C'era una volta il West), S. Leone, 1969.
  • Jurassic Park (Jurassic Park), S. Spielberg, 1993.
  • Kiss kiss bang bang (Kiss Kiss Bang Bang), S. Black, 2005.
  • La Guerre des étoiles (Star Wars), G. Lucas, 1977.
  • Largo Winch, J. Salle, 2008.
  • L'Arme fatale 1 (Lethal Weapon 1), R Donner, 1987.
  • L'Arme fatale 2 (Lethal Weapon 2), R Donner, 1989.
  • Le Bon, la brute et le truand (The Good, the Bad and the Ugly), S. Leone, 1966.
  • Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne (The Adventures of Tintin : The Secret of the Unicorn), S. Spielberg, 2011.
  • Les Gardiens de la galaxie vol. 2 (Guardians of the Galaxy vol. 2), J. Gunn, 2017.
  • L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux (The Horse Whisperer), R. Redford, 1998.
  • Le Magicien d’Oz (The Wizard of Oz), V. Fleming, 1939.
  • Lost in Translation (Lost in Translation), S. Coppola, 2003.
  • Lucy, L. Besson, 2014.
  • My Movie Project (Movie 43), S. Brill, P. Farrelly, W. Graham, S. Carr, G. Dunne, J. Duffy, J. Van Tulleken, E. Banks, P. Forsberg, B. Ratner, R. Cundieff, J. Gunn et B. Odenkirk, 2013.
  • Silent Hill, C. Gans, 2006.
  • Snowpiercer, le Transperceneige (????), Bong Joon-ho, 2013.
  • Spider-Man (Spider-Man), S. Raimi, 2002.
  • Spider-Man : Homecoming (Spider-Man: Homecoming), J. Watts, 2017.
  • Star Trek (Star Trek), J. J. Abrams, 2009.
  • Suicide Squad (Suicide Squad), D. Ayer, 2016.
  • Super (Super), J. Gunn, 2011.
  • The Dark Knight (The Dark Knight), C. Nolan, 2008.
  • The Inhumans (The Inhumans), NC.
  • Tromeo et Juliet (Tromeo and Juliet), L. Kaufman, 1996.
  • Vincent n'a pas d'écailles, T. Salvador, 2014.
  • X-Men (X-Men), B. Singer, 2000.
  • Yes Man (Yes Man), P Reed, 2009.

Ensemble de films

  • Saga Astérix et Obélix :
    • Astérix et Obélix contre César, C. Zidi, 1999.
    • Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, A. Chabat, 2002.
    • Astérix aux Jeux olympiques, F. Forestier et T. Langmann, 2008.
    • Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté, L. Tirard, 2012.
  • Harry Potter (Harry Potter), J. K. Rowling, 2001.
  • Le Seigneur des anneaux (The Lord of the Rings), P. Jackson, 2001-2003.
  • Star Wars (Star Wars), G. Lucas, 1977.

Séries télévisées

  • Agent Carter (Marvel’s Agent Carter), C. Markus et S. McFeely, 2015.
  • Castle (Castle), A. W. Marlowe, 2009.
  • Daredevil (Marvel’s Daredevil), D. Goddard, 2015.
  • Game of Thrones : Le Trône de fer (Game of Thrones), D. Benioff, D. B. Weiss et G. R. R. Martin, 2011.
  • Gotham (Gotham), B. Heller, 2014.
  • Iron Fist (Marvel's Iron Fist), S. Buck, NC.
  • Jessica Jones (Marvel's Jessica Jones), M. Rosenberg, 2015.
  • Luke Cage (Marvel's Luke Cage), C. H. Coker, 2016.
  • Marvel : les Agents du S.H.I.E.L.D. (Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D.), Joss Whedon, Jed Whedon et M. Tancharoen, 2013.
  • NCIS : Enquêtes spéciale (NCIS), D. P. Bellisario et D. McGill, 2003.
  • Saturday Night Live (Saturday Night Live), L. Michaels, 1975.
  • Stargate SG-1 (Stargate SG-1), B. Wright et J. Glassner, 1997.
  • The Defenders (Marvel's The Defenders), D. Petrie et M. Ramirez, NC.

Documentaires

  • Comic Book Superheroes Unmasked, S. Kroopnick, 2003.
  • Marvel Renaissance, P. Guedj et P. Roure, 2014.
  • Marvel Univers, P. Guedj et P. Roure, 2015.
  • Super-Héros, l'Eternel Combat, M. Kantor, 2014 (épisode 1, 2 et 3).

Divers

  • Captain America (Captain America), E. Clifton et J. English, 1944 [serial].
  • The Adam and Joe Show (The Adam and Joe Show), A. Buxton et J. Cornish, 1996 [émission télévisée].

Sitographie

Références

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  7. Ce compte rassemble : Tales of Suspense #39-99; Iron Man #1-332; Iron Man vol. 2, #1-13; Iron Man vol. 3, 7 #1-89; Iron Man vol. 4, #1-32; The Invincible Iron Man #1-33, 500-527; Iron Man vol. 5, #1-28; Superior Iron Man, #1-9; Invincible Iron Man Vol. 2 #1-#6 (en cours); International Iron Man #1-#3 (en cours).
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  13. E. Dufour, Le Cinéma de science-fiction, Paris, Armand Colin, 2011, p.8.
  14. Source (Consulté le 14 25/04/2016).
  15. On peut, en retrospective, trouver une émergence de ce genre dès 1935, même si les films n'étaient pas 15 classés comme tel.
  16. E. Dufour, Le Cinéma de science-fiction, Paris, Armand Colin, 2011, p.63
  17. Traduction du terme anglais "heist movie". On pourrait le traduire également par "film de braquage" ou "film de Hold-up". Cependant, le terme "film de casse" est le plus souvent utilisé.
  18. J.-M. Sabatier, Image et Son - La Revue du Cinéma n° 294, Paris, l'Union française des offices de cinéma 18 éducateur laïques, mars 1975, p.121.
  19. Source (Consulté le 12/11/2015).
  20. Source (Consulté le 20 12/11/2015).
  21. Propos fait dans un tweet du 22 janvier 2016 (à 23 h 36) dans lequel il cite "Scorsese, Sturges, Cronenberg, 21 Leone, Spielberg, Tarantino, Greengrass, Kar-wai et Moodysson" comme des réalisateurs l'ayant influencé et inspiré. Source (Consulté le 16/06/2016).
  22. Source (Consulté 17/05/2016).
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  27. E. Dufour, Le Cinéma de science-fiction, Paris, Armand Colin, 2011, p.189
  28. Aux États-Unis, le sigle Rated-R correspond à une interdiction en salle aux moins de 17 ans
  29. Source (Consulté le 4/04/2016).
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  32. F. Bordat, Le code Hays, l'autocensure du cinéma américain, in Vingtième Siècle, revue d'histoire Vol.15 n°1, Paris, Presses de Science Po, 1987, p.9.
  33. Marvel Universe, P. Guedj et P. Roure, 2015 (33 mn 20)
  34. Avengers : L'Ere d'Ultron, J. Whedon, 2015 (15 mn 12).
  35. Avengers, J. Whedon, 2012 (1 h 56 mn 37 s - 1 h 57 mn 18 s) et Avengers : L’Ère d'Ultron, J. Whedon, 2015 (50 s - 1 mn 52).
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  42. Source (Consulté le 15/06/2016).
  43. Source (Consulté le 12/11/2015).
  44. Source (Consulté 44 le 15/06/2016).
  45. Source (Consulté le 15/06/2016)
  46. Source (Consulté le 22/03/2016).
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  48. Source (Consulté le 30/02/2016).
  49. F, Nietzsche, Crépuscule des idoles ou Comment philosopher à coups de marteau, Paris, Gallimard, 1977, 160 p. Collection Folio essais.
  50. S.A, Inness, Action chicks : new images of tough woman in popular culture, New York, Palgrave Macmillan, 2004.
  51. Source (Consulté le 17/04/2016).
  52. Source (Consulté le 52 21/11/2015).
  53. Source (Consulté le 21/11/2015).
  54. Source (Consulté 54 le 28/02/2016).
  55. Super-héros : L'Éternel combat (épisode 2), M. Kantor, 2014
  56. Le film, Blade, sortit en 1998 relate les aventures du super-héros noir, du même nom, issu de chez Marvel. 56 Cependant, le long-métrage fut produit par New Line et ne fait donc pas parti des productions Marvel Studios.
  57. Civil War, A. Russo et J. Russo, 2016.
  58. Le Whitewashing est un procédé courant à Hollywood qui consiste à changer la race ethnique d'un 58 personnage au cinéma. Si dans une adaptation, les personnages de départ ne sont pas clairement défini sur le plan ethnique alors ils deviennent quasiment toujours caucasien. Il peut aussi s'agir de faire jouer par des acteurs blancs un personnage qui ne l'était pas au départ.
  59. Spider-Man : Homecoming qui sortira en juillet 2017
  60. Source (Consulté le 60 29/02/2016).
  61. Source (Consulté le 29/11/2015).
  62. Source (Consulté le 24/03/2016).
  63. Source (Consulté le 63 29/04/2016).
  64. Nous avons compilé les 15 373 résultats de la recherche "Stony" et les 9 031 trouvés pour Steve/Tony
  65. Source (Consulté le 14/03/2016).
  66. Source (Consulté le 4/05/2016).
  67. R. Hudlin et D. Cowan, Black Panther/Captain America: Flags of Our Fathers Vol 1. 2., New York, Marvel Comics, 2010.
  68. Comics Book Superheroes Unmasked, S. Kroopnick, 2003.
  69. J. Goebbels, Jerry Siegel Attacks!, in Das schwarze Korps, 25 avril 1940, p. 8.
  70. R., Goulart, Great American Comic Books, Morton Grove, Publications International, Ltd., 2001, 117 p.
  71. Source (Consulté le 3/02/2016).
  72. Comics Book Superheroes Unmasked, S. Kroopnick, 2003.
  73. Comics Book Superheroes Unmasked, S. Kroopnick, 2003.
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  76. K. M, Scott, Marvel Comics’ Civil War and the Age of Terror, Jefferson, McFarland, 2015, p.150
  77. Avengers, J. Whedon, 2012 (29 mn).
  78. Source (Consulté le 12/03/2016).
  79. Chaque matin, le président des Etats-Unis, Barack Obama, coche des noms sur une liste confirmant les personnes à assassiner. Ce fait fut révélé dans un article du New York Times : 2012/05/29/world/obamas-leadership-in-war-on-al-qaeda.html?_r=0 Source (Consulté le 12/05/2016).
  80. Avengers, J. Whedon, 2012, (2 h 04 mn 58 s).
  81. Les ONG estiment que les Russes ont probablement causé la mort de 1 096 à 1 448 civils entre octobre et 81 décembre 2015 suite à 192 bombardements. Tandis que la coalition internationale, dont les Etats-Unis sont le chef de file, ont probablement tué 1 044 civils en Irak et en Syrie depuis le début de la guerre contre l’EI en 2014. En quelques mois, les Russes ont donc fait beaucoup plus de victimes que la coalition. Source (Consulté le 13/06/2016).
  82. S. Lee et G. Mair, Excelsior!: The Amazing Life of Stan Lee, New York, Touchstone, 2002, p. 160.
  83. Iron Man, J. Favreau, 2008, (19 mn 52 s).
  84. Iron Man, J. Favreau, 2008, (9 mn 10 s).
  85. Iron Man, J. Favreau, 2008, (43 mn 42 s).
  86. Iron Man, J. Favreau, 2008, (45 mn 41 s).
  87. La version française traduit ce dialogue par : "Sans moi, cette entreprise ne serait rien. Rien ne se mettra en 87 travers de ma route". Or, on perd toute la force du texte de départ : "I built this company from nothing!" qui montre son implication dès la construction, à l'inverse de la traduction française.
  88. Iron Man, J. Favreau, 2008, (1 h 10 mn 58 s).
  89. Iron Man 2, J. Favreau, 2011, (1 h 32 mn 48 s).
  90. Iron Man, J. Favreau, 2008, (46 mn 9 s).
  91. Source (Consulté le 14/04/2016).
  92. Source (Consulté 12/06/2016).
  93. Source (Consulté le 93 12/06/2016).
  94. Source (Consulté le 12/06/2016).
Fanny Bonnemayre (Twitter : @FannyWanKenobi) 1532

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